4 Femmes Extraordinaires qui ont Bouleversé l’Histoire (Très Patriarcale) de l’Art

Ajouté le 5 mars 2021 - 15 minutes de lecture

Ce n’est une surprise pour personne : l’Histoire de l’Art est marquée par une intense majorité d’hommes. L’intégration des créatrices dans le microcosme artistique fut le fruit d’un processus long, fastidieux et surtout injustifié : de nombreuses femmes se sont aventurées, déjà très tôt, sur le terrain de l’exaltation artistique, sans qu’aucuns hommes ne les y aient invité. N’ayant que la qualité de leurs réalisations en guise de promotion, ces femmes ont souvent dû s’obstiner pour obtenir la reconnaissance à laquelle elles avaient légitimement le droit de prétendre.  

Revenons ensemble sur 4 parcours d’artistes particulièrement inspirantes à travers différentes époques, et différentes conceptions de l’émancipation féminine.

4. Elisabeth Vigée Le Brun (1755-1842) : Royaliste intrépide

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Elisabeth Vigée Le Brun, Autoportrait au Chapeau de Paille, après 1782

Au 18ème siècle, les femmes devaient redoubler d’efforts pour être acceptées dans les institutions académiques et muséales. Malgré ces difficultés quasi-insurmontables, Elisabeth Vigée Le Brun sera considérée comme l’une des plus grandes portraitistes de son temps, devançant même la majorité de ses homologues masculins. Cette prouesse lui sera possible grâce à une technique et un style inégalable, mêlée à un savant sens des relations humaines.

Très jeune déjà, elle témoigne d’un talent certain pour le dessin. Son père, pastelliste peu connu, soutient les ambitions créatrices de sa fille, et prophétise très vite qu’elle deviendra une artiste incontournable. Malheureusement, celui-ci décède lorsqu’Elisabeth n’a que 12 ans : il meurt d’une septicémie après avoir accidentellement avalé une arête de poisson (bienvenue dans les joies de la médecine du 18ème).

A la suite de ces évènements, l’artiste prodige suit les apprentissages de différents professeurs de dessin, jusqu’à intégrer l’atelier de Gabriel Briard, au Palais du Louvre. Bien que la légitimité des femmes dans l’art académique ne faisait pas encore l’unanimité à l’époque, Elisabeth se retrouve étonnement bien entourée, et rencontre de nombreuses personnalités masculines inspirantes et motivantes dans les couloirs de l’institution reine de la capital.

Graal parmi tous les graals, elle souhaite à tout prix intégrer la très conservatrice Académie Royale de Peinture, qui refuse mécaniquement les femmes. Grâce à un étonnant concours de circonstances, elle y sera finalement admise, notamment grâce à l’appui de puissantes personnalités de la Cour Royale, dont Marie Antoinette, la reine, qui fait d’Elisabeth sa portraitiste attitrée.


Elisabeth Vigée Le Brun, La Paix ramenant l’Abondance, 1780.

Bien que bénéficiant d’une garantie officieuse de son intronisation au sein de l’académie, elle décide tout de même de réaliser une peinture de réception, sorte d’examen d’admission habituellement nécessaire pour intégrer l’institution. Elle le sait : ce ne sont que des regards masculins très conservateurs, des traditionnalistes ayant auparavant refusé son admission, qui se chargeront de commenter son œuvre.
La logique voudrait donc qu’elle opte pour une composition standardisée, un joli portrait, couplé à sa technique impeccable, qui aurait ainsi toutes les chances de convaincre un jury récalcitrant. En dépit du bon sens, et avec une espièglerie certaine, elle décide de réaliser une peinture d’Histoire (La Paix ramenant l’Abondance), et se permet d’y faire figurer un sein découvert, alors que les nus académiques étaient expressément réservés aux hommes. Une manière pour elle de bouleverser les conventions à grands coups de technique implacable et de relations haut-placées.

Durant toute sa vie, elle peint énormément, majoritairement des portraits, et quelques autoportraits. Elle marquera à nouveau l’histoire de l’art en 1786, lorsqu’elle réalise un autoportrait exotique avec sa fille, Julie. Dans cette œuvre, on aperçoit le premier véritable sourire (avec les dents visibles) de l'art occidental. En exhibant ainsi sa dentition, Elisabeth Vigée Le Brun s’attirera de nombreuses foudres critiques, qui l’accuseront alors de séduction outrageante : il en fallait peu pour froisser les réactionnaires de l’époque.


Elisabeth Vigée Le Brun, Autoportrait avec sa fille Julie1786.

Malgré ses succès et ses controverses, une période légèrement conflictuelle mettra à mal la fulgurance de sa carrière : c’est la Révolution en France, et Elisabeth, ses habitudes et ses fréquentations bourgeoises ne sont pas vraiment bien vues par les insurgés. Elle doit donc s’exiler : d’abord en Italie, ensuite en Autriche et enfin en Russie. Au cours de chacun de ses voyages, elle tisse des liens avec les familles impériales bourgeoises, sa réputation et son talent lui servant de passeport européen.

Elle passera sa vie à faire ce qu’il lui plait : peindre, profiter des excès de la mondanité, et briser les conventions poussiéreuses établies par le temps et l’égo masculin. Voilà une trajectoire de vie particulièrement inspirante, n’est-il-pas ?

 

3. Niki de Saint Phalle (1930-2002) : Le refus du schéma traditionnel 

Niki de Saint Phalle dans son atelier, 1961. 

C’est l’artiste la plus contemporaine de ce classement. Elle est essentiellement connue pour ses monumentales Nanas : des sculptures féminines enrobées, voluptueuses et dansantes. Pourtant, réduire son apport artistique à ces seules sculptures serait une erreur. Elle a en effet laissé derrière elle un univers protéiforme et subversif, composé d’œuvres féministes, de tableaux-performances, et de films psychanalytiques.

Elle nait en 1930 à Neuilly-sur-Seine, pendant la grande dépression. Ses parents, qui ont beaucoup souffert du krach boursier de 1929, naviguent entre la France et les Etats-Unis. Jusqu’à ses 4 ans, elle vit chez ses grands-parents dans la campagne française, puis part rejoindre ses parents à New York.  

Alors qu’elle a tout juste 11 ans, elle se fait violer par son père. Profondément traumatisée par cet évènement, elle ne l’avouera qu’en 1994, à l’âge de 64 ans, dans un livre autobiographique intitulé « Mon secret ». Elle expliquera alors que cet incident incestueux a forgé sa volonté de devenir artiste, considérant l’art comme une sorte de thérapie reconstructrice : « Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme et fournissait une structure organique à ma vie […]. ».

Niki de Saint Phalle, Black Standing Nana, 1995. 

En 1953, à la suite d’une profonde dépression suivie d’une convalescence artistique, elle décide de se consacrer pleinement à la peinture pour exorciser ses démons.

3 ans plus tard, elle rencontre Jean Tinguely, artiste plasticien spécialiste des automates et sculptures en mouvement, qui deviendra tour à tour son ami, son amant, son mari, son mentor, son collègue et sa muse. Par son entremise, elle rencontre et intègre les Nouveaux Réalistes, mouvement artistique fondé dans les années 60, composé d’artistes encore très célèbres aujourd’hui, tels qu’Yves Klein et Arman.

A l’époque, le succès n’est pas encore véritablement au rendez-vous. C’est en 1961, alors qu’elle réalise sa première série de Tirs, qu’elle commence à être internationalement reconnue, grâce aux scandales liés à cette nouvelle manière de créer, très contemporaine, voire trop contemporaine pour certains. Cette série se compose de « peinture-performances » : elle prépare d’abord de grands panneaux de plâtre sculptés et agrémentés d’objets en tout genre (poupées, crucifix, bustes antiques, masques de carnaval, petit mobilier…), puis y ajoute des bombes aérosols et des ballons remplis de peinture. Enfin, lorsque cette installation est terminée, elle tire à la carabine sur les panneaux, faisant exploser les ballons de peinture et les bombes aérosols, qui répandent ainsi la couleur arbitrairement sur l’ensemble de la surface initialement immaculée.

Plus qu’une simple technique originale, elle met en scène ses tirs par différents artifices, notamment en faisant participer ses amis célèbres (dont Jasper Johns, Robert Rauschenberg ou Jean Tinguely), et en réalisant ses séances de tirs devant des caméras de télévision, qui populariseront ces performances en attisant la controverse.

Pour Niki, il ne s’agit pas d’une simple expérience artistique, il s’agit encore et toujours d’une manière pour elle d’exorciser ses démons. Elle affirme alors tirer « sur la société et ses injustices », allant même jusqu’à invoquer les responsables de sa violente rancœur avant d’appuyer sur la gâchette : « Papa, tous les hommes, les petits, les grands, mon frère, la société, l'église, le couvent, l'école, ma famille, ma mère, moi-même (…). ».


En utilisant son art comme catalyseur de ses sentiments profonds, elle parvient alors à se transcender elle-même. Elle s’engage en politique et devient rapidement une icône de l’indépendance féminine, de l’abolition des diktats de beauté et de soumission au modèle patriarcal. Elle meurt en 2002 à l’âge de 71 ans, en ayant accompli l’exploit d’être restée intègre, fidèle à ses idéaux, tout en inspirant toute une génération de femmes dans la lutte pour leur émancipation.

Elle résumera ainsi son combat : Nous avons bien le Black Power, alors pourquoi pas le Nana Power ? Le communisme et le capitalisme ont échoué. Je pense que le temps est venu d’une nouvelle société matriarcale.

 

2. Frida Kahlo (1907-1954) : Inclassable et impassible


Frida Kahlo, Les Deux Frida, 1939. 

Vous vous en doutiez : il est impossible d’ériger un classement des artistes les plus audacieuses sans évoquer l’illustre Frida Kahlo. Ici, nous ne reviendrons pas sur sa trajectoire de vie tragique, mais si le sujet vous intéresse, nous vous conseillons la lecture de notre Article sur les Artistes Maudits.

Après avoir traversé une douloureuse maladie, un violent accident, une sévère dépression et survécu à une relation aussi toxique qu’inspirante avec l’artiste Diego Rivera, la vie de Frida Kahlo ne fut pas un long fleuve tranquille. Pourtant, l’artiste mexicaine a réussit à surmonter cette accumulation de malchances pour devenir l’icône de liberté et d’émancipation féminine que l’on connait maintenant.

Pour illustrer son tempérament affuté et affranchi des conventions sociales et artistiques, nous souhaitions ici revenir sur sa relation particulière avec les surréalistes français et européens en général. Cette période de sa vie est l’une des moins connue, mais elle est pourtant très intéressante.

Dans le courant des années 30, les surréalistes et notamment le fondateur du mouvement, André Breton, s’intéressent à l’œuvre de Frida, qu’ils considèrent faussement comme une partisane du mouvement. En 1938, André Breton se rend au Mexique pour animer une série de conférences sur la peinture européenne. Lui et sa femme sont accueillis par le couple Kahlo-Rivera. Très vite, Frida refroidit les ardeurs enthousiastes de Breton, ne se reconnaissant pas dans le courant surréaliste tel qu’il lui est présenté : « On me prenait pour une surréaliste. Ce n’est pas juste. Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que j’ai représenté était ma réalité. ».

Cette différence de conception artistique sera la première pierre d’un édifice de haine construit progressivement par l’artiste mexicaine à l’égard de l’égocentrisme des surréalistes européens.

En 1939, Frida se rend à Paris, à l’occasion d’une exposition mettant à l’honneur l’art mexicain. Elle loge chez André Breton, et rencontre de nombreux artistes influents tels que Picasso ou Kandinsky.
Ce voyage ne lui conviendra absolument pas : elle trouve la capitale grise, sans âme, et très sale. Surtout, elle apprend petit à petit à détester ses contemporains surréalistes, et considère que l’exposition, pour laquelle elle a traversé l’atlantique, est « envahie par cette bande de fils de putes lunatiques que sont les surréalistes ». Les mondanités parisiennes ne sont visiblement pas sa tasse de thé.

Dans une correspondance avec l’un de ses amants, elle ira même jusqu’à prononcer ces mots : « J'aimerais mieux m'asseoir par terre dans le marché de Toluca pour vendre des tortillas que d'avoir quoi que ce soit à voir avec ces connards artistiques de Paris… Je n'ai jamais vu ni Diego ni toi perdre leur temps à ces bavardages stupides et à ces discussions intellectuelles. C'est pour ça que vous êtes de vrais hommes et non des artistes minables — Bon sang ! ça valait la peine de venir jusqu'ici juste pour comprendre pourquoi l'Europe est en train de pourrir, pourquoi tous ces incapables sont la cause de tous les Hitler et les Mussolini. ».

Un tempérament acide pour une femme qui n’avait visiblement que faire de la superficialité et des conventions intellectuelles très européennes. Un caractère bien trempé qui vaut le coup d’être souligné.

 

1.  Artemisia Gentileschi (1593-1652) : La vengeance dans le pinceau


Artemisia Gentileschi, Autoportrait en Allégorie de la peinture, 1638-1639. 

S’il y a bien une artiste de ce classement qui a particulièrement souffert d’un entourage composé de nombreuses masculinités toxiques, c’est bien Artemisia Gentileschi.

L’histoire commençait pourtant bien pour cette jeune femme italienne. Aspirant à devenir artiste dès son plus jeune âge, elle est encouragée par son père, Orazio Gentileschi, lui-même peintre et camarade de beuverie du très célèbre et non moins controversé Caravage. Malgré un climat académique très conservateur et anxiogène pour la création artistique féminine, Orazio se démènera pour que sa fille, qui démontre déjà une grande habileté de composition, puisse s’exercer et accéder aux institutions jusqu’alors réservées aux hommes.

En dépit du bon sens, il recrute un peintre de paysage douteux mais très reconnu à l’époque, Agostino Tassi, afin qu’il partage ses connaissances techniques avec sa fille. Celui-ci est pourtant suspecté de vol, d’inceste et même de meurtre. Ce personnage, aussi charismatique que toxique, pervers narcissique de la Renaissance, va peu à peu consumer la jeune prodige en lui promettant un mariage (à cette époque, seule une femme mariée pouvait s’établir en tant qu’artiste), puis en la violant. Cette mascarade pris fin en 1612, lorsque le père d’Artemisia décida de porter l’affaire devant un tribunal. Son bourreau est condamné, mais la réputation de la jeune peintre est ternie à jamais par les allégations de celui-ci : pendant plusieurs siècles, on parlera d’une femme lubrique aux « mœurs corrompus ». Comme le résume habilement Simone de Beauvoir : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif et méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. »

Débarrassée de cette personnalité nocive, Artemisia en profite pour extérioriser sa haine à travers les pinceaux. En 1615, elle réalise deux allégories de Judith décapitant Holopherne. Cette scène biblique avait déjà fait l’objet de plusieurs représentations scandaleuses, dont une de son maitre spirituel, Le Caravage. Ici, en dehors d’une réalisation technique sans failles et d’une maitrise du clair-obscur époustouflante, on retrouve un message secret, une amertume illustrée : sous les traits du visage décapité d’Holopherne, on reconnait son ancien bourreau, Agostino Tassi. La lumineuse Artemisia décide donc de prendre sa revanche sur l’homme qui lui a causé tant de maux, marquant ainsi à jamais dans l’histoire de l’Art le répugnant faciès de cet ignoble criminel. En dehors de cette rancœur affichée, l’œuvre dénote et fait grincer des dents : elle dépeint une femme séductrice, dangereuse et armée. A l’époque, l’église est encore très rigoriste : le port d’arme est un privilège réservé aux hommes, aux nobles, aux chevaliers héroïques. Ici on expose une femme volontaire, venimeuse et puissante, ce qui avait le don d’effrayer les hommes, les conservateurs en tout genre, et notamment les peintres et contemporains d’Artemisia. Celle-ci sera rapidement comparée à Judith : la peintre comme l’héroïne biblique deviennent alors des marginales, parce qu’elles ont brisé le stéréotype féminin dans une société éminemment patriarcal.  


Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, 1612-1614. 

Après le procès, l’artiste blessée trouve un véritable mari, lui permettant ainsi de continuer à faire ce qu’elle aime : peindre. Ce mariage n’est pas véritablement heureux, mais il sauve l’honneur de son père. Elle tombe enceinte et élève seule sa fille durant quelques années, son époux étant en exil, recherché par la police.

Son style caravagesque, encore novateur à l’époque, lui assure des revenus et un succès modeste mais suffisant pour vivre convenablement. Elle devient ensuite la première femme à intégrer l’Académie de dessin de Florence. Le reste de sa vie est assez peu documenté, manquant crucialement de sources écrites, mais il semblerait qu’elle mène une vie bien plus paisible qu’à ses débuts. Elle tombera dans l’oubli pendant près de 300 ans, jusqu’à sa redécouverte au 20ème siècle. Elle est désormais légitimement érigée au rang de pionnière du féminisme, et l’intégralité de son œuvre est saluée dans le monde entier.


Evidemment, ce classement est loin d’être exhaustif. Nous aurions également pu parler de l’impressionniste Mary Cassatt, qui dédia toute sa vie à son art, sans jamais se laisser séduire par un seul homme pour conserver son indépendance en toutes circonstances, la considérant essentielle dans le maintien de la qualité de son processus créatif. Nous aurions aussi pu évoquer Catharina van Hemessen, qui réalisa en 1548, non sans difficultés, le premier autoportrait féminin de l’Histoire de l’Art. Ou bien encore l’artiste contemporaine Louise Bourgeois, qui exorcisa les mœurs légères de son père ayant affecté son enfance à travers de monumentales sculptures aussi sombres qu’époustouflantes. En tout cas, toutes ces femmes à la motivation remarquable nous rappellent que la confiance en soi est reine au pays des conventions sociales et des fatalités traditionnalistes.

Aujourd’hui heureusement, ces freins à l’évolution artistique des femmes disparaissent de plus en plus rapidement, malgré une sous-représentation persistante au sein des institutions muséales. Dans la création contemporaine par exemple, on recense quasiment autant d’hommes que de femmes.
Chez Artmajeur, nous sommes fiers de représenter le travail de 55% de femmes, parmi 180.000 artistes présents sur le site. A ce sujet, nous vous conseillons la découverte de notre Collection mettant à l’honneur de Talentueuses Créatrices de notre plateforme.

Il n’existe aucune prédestination assez forte pour ne pas être annihilée : soyez vous-même, faites ce qu’il vous plait, et n’écoutez jamais ceux qui doutent de vos capacités lorsque votre intuition vous mène sur des chemins éloignés du conformisme de votre époque. Les lignes sont faites pour être déplacées, les frontières pour être traversées.

Bastien Alleaume
Content Manager - Artmajeur Online Art Gallery 

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