Polina Jourdain-Kobycheva


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Peinture de lumière sur fond noir 15 oeuvres

Un noir profond imprègne les photographies de Polina Jourdain-Kobycheva. Noir comme une manière d'écriture tendue à la recherche d'une tonalité dense par laquelle elle approche ses sujets, noir qui nous saisit et nous engage à une plongée un peu mélancolique. Quelques photos font séries, que ce soit Lire la suite
Un noir profond imprègne les photographies de Polina Jourdain-Kobycheva. Noir comme une manière d'écriture tendue à la recherche d'une tonalité dense par laquelle elle approche ses sujets, noir qui nous saisit et nous engage à une plongée un peu mélancolique. Quelques photos font séries, que ce soit autour d'un thème, d'un motif ou d'une saisie répétée. Ainsi voyons nous des fragments de corps de femme nue, leurs contours forment de superbes entrelacs de traits, le jeu de transparences sature l'image par une grande richesse de texture. Ici les lignes du corps sont malléables et vivantes. Le regard parcourt les courbes en suivant un mince trajet de lumière faisant écho au tracé, l'œil alors suspend son mouvement pour à nouveau glisser rapidement de bords en surfaces. Doux au toucher, le corps fond sous la pression d'un noir épais et dense, il se dissout ou s'amenuise petit à petit dans des effets d'ondes et de polissage.

Les lignes constituent une frontière renouvelée qui semble avoir une vie propre et indépendante des corps, elles inscrivent une oscillation constante entre abstraction et représentation figurative. Le graphisme est pur, raffiné, se suffisant à lui-même : un trait fait écho à celui qui le précède, ils forment un rythme, ensemble ils jouent un accord qui se soutient des correspondances de formes et de nuances. La sensualité reste discrètement présente en continu dans cette construction. Sans représentation par trop signifiante, un glissement du regard s'opère vers un détail sensible aussitôt masqué d'ombre. Naît alors le trouble dans ce jeu perpétuel de dévoilements et de dissimulations qui tisse de séduisantes fantaisies érotiques et suscite le fantasme.

Tout peut servir à représenter le corps dont l'esquisse est reprise dans l'image d'une plante, d'une fleur, d'un paysage, d'une sphère céleste, dans une fantaisie un peu taquine qui ne manque pas de nous rappeler les Contes des Mille et Une Nuits. Les accords rythmiques, les jeux de miroir, les parallélismes produisent une expression poétique construite sur un retour des rimes. La grâce sensuelle de la nature se traduit dans une langue de velours en doux noirs et blancs de sorte que les tracés s'emplissent, pèsent, se courbent, s'entaillent en surface, plongent en profondeur dans un équilibre instable entre imagination et réveil.

Ces images ne constituent pas à proprement parler des photographies érotiques. Nous avons devant nous des calligraphies libres, émanations d'une lumière transparente et légère, évanescente, nous nous trouvons devant des lignes en apesanteur où le corps, sans gravité, abandonne à l'obscurité la mort et les contingences matérielles. Des formes émergent des profondeurs et se dégagent de noirs volumes, elles flottent, tels des noyés entre deux eaux, dans des ténèbres de chair.

Gleb YERSHOV - Saint Petersbourg
Historien et Critique d'art contemporain
Conservateur d'art contemporain "Navicula Artis" Lire moins