Ute Laum
Nous avons rencontré Ute Laum à Kritzmow, en Allemagne, là où elle vit et travaille depuis plus de trente ans. Née à Bonn en 1957, la peintre, qui a d'abord mené une longue carrière dans le domaine médical avant de se consacrer entièrement à l’art, considère la peinture comme un espace de liberté dans lequel – comme elle le dit – « il faut éviter la perfection à tout prix ». Formée auprès des artistes Fritz Brockmann et Jürgen Weber, et travaillant comme indépendante depuis 2010, les œuvres d’Ute Laum font désormais partie de nombreuses collections privées en Europe, en Amérique du Nord et au Moyen-Orient. Au cours de notre entretien, elle a parlé avec une grande franchise et intensité de son parcours, de son rapport au geste artistique et de son besoin presque existentiel de peindre. Voici notre conversation.
Bonjour Ute Laum, qu’est-ce qui vous a poussée à créer des œuvres d’art et à devenir artiste ?
Dès l’enfance et l’adolescence, j’ai visité de nombreux musées et galeries avec mes parents. L’impressionnisme, puis plus tard l’expressionnisme, m’ont particulièrement fascinée. Au moment où j’ai commencé à peindre moi-même, l’un des événements marquants a été la visite du musée d’art de Schwaan, une ancienne colonie d’artistes tout près de chez moi. On y trouve de nombreuses œuvres du peintre Rudolf Bartels (1872-1943), qui représentait de manière abstraite la vie rurale avec un large pinceau plat très caractéristique. Ces tableaux ont beaucoup influencé ma manière de travailler. Le grand pinceau plat est devenu mon outil préféré. En 2009, j’ai également eu la chance de voir une exposition de l’Autrichien Herbert Brandl aux Deichtorhallen de Hambourg : d’immenses œuvres puissantes, d’une force incroyable. Elles m’ont profondément impressionnée. Et il m’arrive encore aujourd’hui de retrouver dans mes tableaux des éléments qui me rappellent cette exposition.
Comment s’est déroulé votre parcours artistique ? Quelles techniques et quels thèmes avez-vous explorés jusqu’ici ?
Mon parcours artistique n’a réellement commencé que relativement tard. Pendant plusieurs années, j’ai reçu mon premier véritable enseignement artistique auprès du peintre mecklembourgeois Fritz Brockmann, qui m’a beaucoup stimulée et soutenue. Comme beaucoup de collègues, j’ai d’abord travaillé de façon très figurative, de préférence à l’huile, avant de devenir de plus en plus abstraite. Aujourd’hui, je travaille exclusivement avec des couleurs acryliques très pigmentées et un grand pinceau plat.
In the vineyards (2025), Ute Laum, Acrylique sur toile, 80×100 cm
Quels sont les trois aspects qui vous distinguent d’autres artistes et rendent votre travail unique ?
Toutes mes œuvres doivent être marquantes, reconnaissables et uniques. Elles racontent beaucoup de choses sur moi. Elles reflètent aussi mon état d’esprit du moment, qui peut varier fortement. Certains jours, mes tableaux deviennent hésitants, faibles, retenus. Cela finit par m’agacer tellement que je les recouvre entièrement. C’est ainsi que naissent souvent mes œuvres préférées. Un aspect très important pour moi est mon refus de produire un travail à la chaîne. Je ne veux pas créer des tableaux qui pourraient se résumer par « quand on en connaît un, on les connaît tous ». Il y a beaucoup trop à découvrir pour cela.
D’où tirez-vous votre inspiration ?
Je puise mon inspiration dans mon environnement. Après la réunification allemande, j’ai déménagé au début des années 1990 avec ma famille de la Rhénanie vers le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, donc vers la côte baltique. L’amour pour cette région faiblement peuplée, avec sa nature encore intacte par endroits, m’a profondément marquée, et c’est toujours le cas. Ici, rien n’est parfait ni lissé, ni criard ni joyeux. Ainsi, j’essaie chaque jour de créer quelque chose d’imparfait et j’ajoute volontiers une touche de noir à mes couleurs. Un peu de mélancolie est nécessaire.
Quelle est votre démarche artistique ? Quelles visions, sensations ou émotions souhaitez-vous susciter chez le spectateur ?
J’essaie de stimuler l’imagination du spectateur en l’influçant le moins possible. Cela se reflète également dans le choix de mes titres, parfois volontairement ambigus. Pour moi, la peinture est une sorte de langage propre et, dans le meilleur des cas, le spectateur et moi parlons la même langue.
Comment se déroule le processus de création de vos œuvres ? Spontané ou précédé d’une longue préparation ?
Avant de commencer sur une toile blanche, je n’ai qu’une idée approximative du type de motif. Rien n’est esquissé. Tout naît de la situation. Le projet peut toutefois se terminer de manière totalement différente de ce qui était prévu. Je pourrais montrer de longues séries de photos montrant toutes les variations qui ont finalement mené à l’œuvre achevée.
Utilisez-vous une technique particulière ? Si oui, pourriez-vous l’expliquer ?
Je préfère travailler avec un grand pinceau plat, pour ne pas me perdre dans les détails. Je peins rapidement, avec un geste ample, en superposant les surfaces. Je n’utilise jamais les couleurs pures, directement du tube. À la fin, je mélange tous les restes de peinture présents sur la palette. Ce mélange doit absolument être intégré en petites quantités. Ce « fond » qui semble d’abord disgracieux maintient l’ensemble de la composition chromatique en harmonie.
Y a-t-il des aspects innovants dans votre travail ? Si oui, lesquels ?
Je ne pense pas que quoi que ce soit dans ce que je fais soit innovant. Au fond, tout a déjà existé quelque part…
Charlotte’s pond VI (2025), Ute Laum, Acrylique sur toile, 80×120 cm
Y a-t-il un format ou un médium avec lequel vous vous sentez le plus à l’aise ? Si oui, pourquoi ?
Je préfère peindre des formats carrés de taille moyenne. Je trouve qu’un carré permet de créer plus facilement de la tension, et un format moyen peut être tourné facilement pendant le processus, ce qui permet de capter et de modifier la dynamique du tableau.
Où vos œuvres sont-elles créées ? Chez vous, dans un atelier partagé ou dans votre propre atelier ? Et comment y organisez-vous votre travail créatif ?
Mon atelier se trouve dans ma maison. C’est une pièce mansardée. Y produire de grands formats est un défi, mais travailler depuis chez moi a aussi d’énormes avantages. Je peux interrompre mon travail à tout moment et le reprendre tout aussi facilement.
Votre travail vous amène-t-il à voyager pour rencontrer de nouveaux collectionneurs ou participer à des foires et expositions ? Si oui, qu’est-ce que cela vous apporte ?
Autrefois, j’exposais régulièrement, ce qui permettait d’être en contact direct avec les clients. Leurs points de vue étaient souvent intéressants pour moi, mais j’avais toujours peur d’être influencée.
Comment imaginez-vous l’évolution future de votre travail et de votre carrière artistique ?
Je n’ai pas de grandes idées sur la façon dont mon évolution va se poursuivre. Je suis simplement curieuse de voir ce qui viendra et j’ai l’intention de continuer à travailler, à apprendre et à m’améliorer aussi longtemps que je pourrai tenir un pinceau.
Quel est le thème, le style ou la technique de votre dernière œuvre artistique ?
La dernière grande série sur laquelle j’ai travaillé s’intitulait « Out of the dark ». J’ai une grande fascination pour les couleurs qui surgissent magiquement d’un fond sombre. Mais comme le choix de mes motifs dépend aussi des saisons, j’ai interrompu cette série pour réaliser quelques œuvres inspirées par le printemps.
Bending to the wind (2025), Ute Laum, Acrylique sur toile, 80×100 cm
Pouvez-vous nous parler de votre expérience d’exposition la plus marquante ?
Ce n’est pas une expérience importante mais amusante : un couple s’est disputé pour savoir s’il fallait acheter ou non l’une de mes œuvres. Lui voulait absolument, elle absolument pas. C’était un véritable drame, et il a finalement gagné, bien que je lui aie presque déconseillé l’achat pour préserver son couple.
Si vous aviez pu créer une œuvre d’art célèbre de l’histoire de l’art, laquelle serait-ce et pourquoi ?
J’aurais aimé peindre « Le Moine au bord de la mer » de Caspar David Friedrich. Je l’adore. Il montre à quel point l’être humain est petit et insignifiant face à la nature et ses forces. Ce tableau est un plaidoyer pour davantage d’humilité.
Si vous pouviez inviter un artiste célèbre (vivant ou disparu) à dîner, qui serait-ce ? Et comment se déroulerait la soirée ?
J’inviterais Gerhard Richter dans l’espoir de pouvoir l’assister dans la réalisation de ses œuvres au racloir. Préparer ses couleurs serait un immense plaisir.