Fun on grass (2025), Yvan Favre, Huile sur Toile, 100x120 cm
Points clés
• Une exploration visuelle des émotions humaines à travers des œuvres d'artistes contemporains.
• Des visages intensifs aux moments d’enfance, un parcours en trois rythmes émotionnels.
• Une collection qui relie les styles : photo, peinture, expressionnisme, réalisme poétique.
• Un fil conducteur clair : comprendre comment les émotions circulent d’une œuvre à l’autre.
Il existe des expositions où les œuvres semblent alignées.
Et puis il y a celles où elles se parlent.
Cette collection appartient à la seconde catégorie : un territoire où les émotions circulent entre les visages photographiés, les silhouettes peintes, les corps figés, les souvenirs d’enfance, les éclats de lumière.
Un voyage où chaque œuvre devient une borne, non pas isolée, mais reliée aux autres par une tension, un souffle ou une rupture.
Les visages qui craquent
Repos d’un faune en après-midi » (2025), Anastasiia Goreva, Huile sur Toile de lin, 90x105 cm
Le parcours s’ouvre par une série de visages qui ne peuvent plus dissimuler ce qu’ils ressentent.
Dans l’univers de Nico, les traits sont tirés, les yeux bandés, le visage se contracte comme s’il expulsait une vérité trop longtemps retenue. Cette photographie brute ne décrit pas seulement un être : elle montre le moment exact où l’émotion déborde du cadre. Presque en écho, les portraits de Annisa Anastasya exposent la blessure sans jamais la romantiser. Ici, la peau devient matière vivante : on y lit la fatigue, l’usure, mais aussi cette étrange beauté qui apparaît lorsque l’on cesse de cacher ce qui fait mal.
Plus loin, les figures noircies et déformées que Miro imagine rappellent les visages ravagés par le conflit ou la mémoire traumatique. Elles ressemblent à des masques fissurés, prêts à s’effondrer.
Et lorsque l’on passe dans les teintes inversées et tendues de Daniel Derderian, les expressions deviennent presque abstraites : deux pôles chromatiques qui s’affrontent dans un même visage, comme si l’âme elle-même hésitait. Cette tension retrouve enfin un souffle intime chez Douglas Mutebi, où les regards absents, comme happés hors du monde, témoignent d’un trouble intérieur plus silencieux mais tout aussi puissant.
Ici, les visages ne sont pas des portraits : ce sont des révélations.
Les corps qui flottent
Stop-point (2024), Janos Kujbus, Huile sur Toile, 163x196 cm
Puis les émotions glissent dans des scènes plus douces, où les corps ne résistent plus : ils se posent, s’abandonnent, s’ouvrent. Dans l’œuvre de Davit Arstamyan, une femme accompagnée de son chat respire un calme presque sacré. Rien ne bouge, et pourtant tout est vivant : chaque détail raconte un lien secret entre deux êtres. L’aquarelle translucide d’Audrey Ramsbacher pousse l’émotion dans l’impalpable : le personnage semble flotter, se dissoudre dans le papier, comme si la sensation elle-même cherchait à rester discrète.
Chez Young Park, les corps occupent l’espace avec une précision méditative. L’artiste capte cet instant où la solitude devient une posture assumée plutôt qu’un état subi. Ksenia June, quant à elle, laisse apparaître des visages pastel qui semblent lutter pour rester dignes malgré l’émotion qui monte : un refus mélancolique, un “je tiens encore”. Et lorsque l’on pénètre dans la composition de Nicolas Maureau, c’est une figure féminine suspendue dans l’eau, entre chute et renaissance, entre légende et contemporanéité. Un corps au bord d’un basculement.
Ces artistes nous montrent que les émotions ne sont pas seulement visibles dans les visages : elles s’inscrivent dans les épaules, dans les mains, dans la manière de tenir l’espace.
Les instants qui s’envolent
Ophélie (2021), Nicolas Maureau, Huile sur Toile, 97x130 cm
Le voyage change de rythme. On quitte les visages crispés, les corps flottants : les émotions se mettent à courir, à rire, à bondir. Chez Emmanuel Akanwa, les enfants qui jouent avec l’eau projettent la joie brute. Chaque éclaboussure est un battement du cœur. La photographie est presque sonore. Un peu plus loin, Yvan Favre peint l’exact opposé : une femme allongée dans l’herbe, détendue, heureuse pour rien. Un bonheur reposé, intime, sans mise en scène.
Les figures éclatantes de Randall Steinke mettent l’amitié en mouvement : les couleurs s’entrechoquent, les gestes se croisent, le tableau pulse comme une conversation animée. Avec Bin Xu, le temps se fige : un enfant et son père jouent au ballon, un instant simple mais éternel. L’art devient ici la mémoire d’un geste, d’un lien, d’une légèreté qu’on voudrait retenir. Puis les photographies de Xidong Luo ouvrent l’espace : des silhouettes face à un horizon vaste, presque infini. Ici, l’émotion n’est plus une explosion : c’est une libération. Un départ. Une respiration.
Ce parcours n’oppose rien : il relie. Entre les visages qui craquent, les corps qui flottent et les instants qui s’envolent, un même fil circule : celui d’émotions qui cherchent leur forme. Certaines explosent, d’autres s’effondrent, d’autres se reposent, d’autres s’envolent.
Elles ne se contredisent pas : elles se complètent.
The difference between solitude and loneliness. (2025), Young Park, Acrylique sur Bois, 50x73 cm
FAQ
Qu’est-ce qui rassemble des œuvres aussi différentes dans une même collection ?
Leur fil rouge est l’émotion. Chaque artiste — qu’il s’agisse de Nico, Annisa Anastasya, Miro, Davit Arstamyan, Emmanuel Akanwa et les autres — explore un fragment du sensible. Ensemble, leurs œuvres composent un paysage émotionnel complet.
Pourquoi les visages et les corps sont-ils si présents ?
Parce que les émotions s’y inscrivent avec la plus grande intensité : crispations, relâchements, tensions, détentes… Les artistes utilisent les traits et les postures comme un langage silencieux.
Y a-t-il une progression dans le parcours ?
Oui : la collection commence par les émotions fortes et brutes, s'adoucit ensuite dans des scènes plus intimes et contemplatives, puis se termine par des instants de joie, de mouvement ou d’envol.
Quels styles artistiques retrouve-t-on ?
De la photographie fine art à la peinture expressionniste, en passant par l’aquarelle, le dessin pastel ou la scène réaliste. Chaque médium a sa manière de rendre l’émotion tangible.
À qui s’adresse cette sélection ?
À tous ceux qui aiment l’art qui parle du vivant : amateurs, collectionneurs, curieux, ou simplement visiteurs qui souhaitent comprendre les émotions autrement que par les mots.