Top 8 des Familles les plus Étranges de l’Histoire de l’Art

Ajouté le 15 mai 2021 - 7 minutes de lecture

Pour célébrer la Journée Internationale des Familles, nous avons décidé de vous faire découvrir 8 portraits familiaux particulièrement curieux. A travers les siècles et les émotions, parcourez avec nous ces différents cocons qui vous feront, pour certains, relativiser votre situation.

 1. Edvard Munch, Quatre Fillettes à Åsgårdstrand, 1903 

Edvard Munch, Quatre Fillettes à Åsgårdstrand, 1903. Musée Munch, Oslo (Norvège).

Percevez-vous la joie dans le regard de ces quatre fillettes norvégiennes ? Non ?
C’est normal, il n’y en a pas. Selon la légende qui entoure cette œuvre, ces sœurs mélancoliques seraient issues d’une famille paysanne d'Åsgårdstrand, petit village norvégien et lieu de villégiature du peintre expressionniste Edvard Munch. Dans la plus pure veine de son style emblématique, il nous délivre ici bien plus qu’une jolie composition : on y aperçoit surtout l’état d’esprit des fillettes, aux teints blafards et habillées de vêtements sombres et sales.
Sont-elles en deuil ? Sont-elles effrayées par les curieuses habitudes d’un étrange peintre qui leur demande de poser pendant des heures ? Ces questions resteront sans réponses, car ce tableau apporte cruellement plus d’énigmes que d’explications.

 2. Otto Dix, La Famille de l’artiste, 1927

Otto Dix, La Famille de l’artiste, 1927. Musée Städel, Francfort (Allemagne). 

Bienvenue en enfer. Même si cette œuvre s’intitule « La famille de l’artiste », ce n’est pas Otto Dix que l’on retrouve sous les traits de ce monstrueux bébé, mais son propre fils : Ursul. A la manière d’une Madone typique de la peinture religieuse, sa mère (la femme d’Otto), Martha Dix, maintient sur ses genoux et veille à la sécurité du divin enfant difforme. Les visages sont disgracieux, les regards sont glaçants et les sourires sont sinistres. Malgré un cadre familial optimal, cette œuvre nous rappelle le tragique état d’esprit de son auteur, Otto Dix, dont les chefs-d’œuvre les plus connus se rapportent aux carnages et ravages des deux guerres mondiales qui ont secoué le 20ème siècle. L’artiste sera profondément traumatisé par ces violentes périodes, et son style restera à jamais influencé par l’horreur de la vie et de la mort, des gueules cassées et de l’insécurité de construire un foyer dans un contexte si particulier.

3. Van Gogh, Premiers Pas (d’après Millet), 1890.

Van Gogh, Premiers Pas (d’après Millet), 1890. Metropolitan Museum of Art, New York. 

Un peu de douceur après ces étranges familles, ça vous dit ? Voilà une œuvre assez peu connue de la superstar de l’art moderne : Vincent Van Gogh. Intitulée Les premiers pas, elle est inspirée d’une gravure de Jean-François Millet dont une copie sur papier lui fut offerte par son frère Théo. Vincent était un véritable admirateur de ce peintre dédié à la vie paysanne laborieuse, qui savait voir la beauté loin des apparats et fioritures des portraits bourgeois. On y découvre deux jeunes parents paysans, profitant d’une pause dans leur labeur pour entrainer leur enfant à marcher : c’est doux, c’est beau, c’est délicat, c’est symbolique. On adore.


4. Lucian Freud, Grand Intérieur, Londres W11, 1981-1983. 

Lucian Freud, Grand Intérieur, Londres W11, 1981-1983. Collection privée. 

Cette composition de Lucian Freud, petit-fils du célèbre psychanalyste mais surtout grand peintre expressionniste anglais, s’inspire ouvertement d’une autre œuvre emblématique : Pierrot Content de l’artiste français Antoine Watteau (1684-1721), célèbre pour ses mises en scènes de personnages tirés de la commedia dell’arte et ses représentations de « fêtes galantes ».
Dans cette réinterprétation façon 20ème siècle, on découvre la famille « recomposée » de Lucian Freud : sa fille Bella Freud (à la mandoline), son fils Kai Boyt (au centre), la mère de Kai et ancienne compagne de Lucian (à droite), la compagne actuelle de Lucian, Celia Paul (à gauche), et leur enfant commun (allongé sur le sol). Un enchevêtrement familial particulièrement complexe qui diffuse dans l’esprit du spectateur un (très) particulier sentiment de gêne.

Avec leurs gestes muets et sans convictions, leurs mines patibulaires et leurs regards perdus dans le néant, l’inconfort de la scène est palpable. On arrive aisément à ressentir l’ennui des modèles et les émotions divergentes qui émanent de leur étroite réunion.

5. Jean Fautrier, La Promenade du dimanche à Tyrol, 1922. 

Jean Fautrier, La Promenade du dimanche à Tyrol, 1922. Musée d'Art Moderne de Paris. 

Il semble que toute la famille ait mal digéré la dinde, ou ait trouvé des baies toxiques dans la forêt. Jean Fautrier est un artiste connu pour sa production protéiforme, puisqu’au cours de sa carrière il passa progressivement de l’art figuratif (expressionnisme puis impressionnisme), à une forme d’art abstrait, devenant quasi-conceptuel à la fin de sa vie. Grand voyageur, il tomba amoureux de la région du Tyrol, dans laquelle il passa beaucoup de temps avec sa première compagne (et première muse), Andrée Pierson. Bien qu’il n’existe que peu d’informations sur cette œuvre présentée dans les collections permanentes du Musée d’Art Moderne de Paris, il semble que la famille ayant servi de modèle pour cette toile soit composée de parfaits inconnus que Jean Fautrier aurait rencontrés durant l’un de ses voyages de convalescence dans la région autrichienne. Une œuvre aussi réussie qu’angoissante, qui ne met pas vraiment en valeur les qualités esthétiques de cet étrange groupement au teint gris et aux fossettes contusionnées.


6. David Hockney, My Parents and Myself, 1976. 


David Hockney, My Parents and Myself, 1976. 

Cette œuvre ne décrit pas l’ennui profond d’un après-midi chez un couple de septuagénaires, mais il s’agit bel et bien d’un portrait de famille, puisqu’un œil attentif pourra aisément découvrir l’autoportrait de l’artiste anglais David Hockney dans le reflet du miroir disposé au centre de la toile.
Ce portrait de l’artiste entouré de ses parents a connu un destin plutôt tumultueux, puisqu’après de nombreuses retouches et hésitations, il dut attendre plus de quatre décennies avant d’être dévoilé aux yeux du monde. Ces tergiversations furent d’ailleurs le fruit d’intenses querelles familiales entre les différents protagonistes : les parents, qui avaient dû poser durant plusieurs journées étaient très déçus que le résultat final ne convienne pas à leur fils. Malgré leur impatience et leurs récurrentes implorations, il a fallu attendre leur mort pour que David Hockney se décide à sortir l’œuvre de son atelier, 45 ans après sa création, en 2020.

7. Frederick George Cotman, One of the family, 1880.

F. G. Cotman, One of the family, 1880. Walker Art Gallery, Liverpool (Royaume-Uni). 

Si vous pensez que votre composition familiale est inhabituelle, alors vous devriez être déçu. En 1880, lorsque l’artiste anglais Frederick George Cotman réalise cette œuvre, les peintures d’intérieur sont abondantes, mais ce qui est beaucoup moins commun, vous vous en doutez, c’est la présence d’un cheval qui partage le repas avec toute la petite famille. C’est la seule œuvre connue de l’artiste, ayant réalisé énormément de portraits bourgeois et de paysages qui n’ont malheureusement pas vraiment marqués l’histoire de l’art.

8. William Bouguereau, Idylle : Famille Antique, vers 1960. 


William Bouguereau, Idylle : Famille Antique, vers 1960. Collection privée. 

Un peu de douceur pour conclure ce classement, avec une nouvelle intrusion animale au sein d’une famille. Cette fois-ci, c’est au peintre français William Bouguereau que l’on doit cet étrange enchevêtrement. Au sommet de sa gloire entre les années 1850 et 1880, Bouguereau était boudé par ses contemporains, notamment les impressionnistes, qui critiquaient le caractère « pompier », idéalisé et mielleux de ses réalisations néo-classiques. Une partie de la critique et des spectateurs était, elle aussi, très acerbe contre ce dernier représentant de l’académisme face à un monde de l’art en pleine ébullition impressionniste et expressionniste. A cette époque, il n’y avait visiblement plus de place pour un art traditionnel imbibé de références mythologiques et religieuses. Cela explique pourquoi William Bouguereau fut oublié de l’histoire de l’art durant plusieurs décennies, avant d’être redécouvert à partir des années 1980.
Dans cette œuvre, on découvre sa lecture (très) romancée d’une famille antique : à l’époque, visiblement, les bambins préféraient la compagnie des biches sauvages à celle des chiens ou des chats. Pourquoi pas.

 

Voilà, on espère que cette compilation de parentés (plus ou moins) étranges vous a plu. N’oubliez jamais : nous n’avons qu’une seule famille, alors chérissons là.

Artmajeur

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