Top 8 des Autoportraits les plus Emblématiques de l’Histoire de l’Art

Ajouté le 22 janv. 2021

Qu’y a-t-il de plus intriguant qu’un portrait d’un peintre réalisé par lui-même ?

Au fil de l’histoire de l’Art, l’autoportrait est rapidement devenu un exercice de style bien connu des artistes. Celui-ci répond en effet à deux objectifs, deux intentions pour le peintre : d’abord, l’autoportrait lui permet de répondre à un besoin trivial de reconnaissance. Préméditant ainsi un succès posthume ou une postérité millénaire, l’autoportrait permet à l’artiste d’offrir au grand public les traits d’un visage lié à sa technique, son style ou ses ambitions. Ensuite, cette démarche lui permet ainsi d’avoir un contrôle parfait sur son image, ou du moins sur son apparence physique : les artistes, hommes et femmes, se montrent toujours tels qu’ils souhaitent être vus par les autres, mais aussi tels qu’ils souhaitent se différencier d’eux.

Embarquez avec nous pour une odyssée chronologique à travers l’Histoire de l’Art, et découvrez les plus grands joyaux de l’autoreprésentation !

 

1. Jan van Eyck, L’Homme au Turban Rouge, 1433 : 
Le plus Ancien

Huile sur Bois, 26 x 19 cm - Londres, The National Gallery

Avant le XVème siècle, l’artiste comme on l’entend aujourd’hui (qu’il soit peintre, sculpteur ou tisseur) était considéré comme artisan, et à ce titre, sa créativité était au service de la haute société. Celui-ci produisait pour les puissants et ne travaillait jamais à son compte : pour réaliser ses objectifs personnelles, il était tributaire d’une hiérarchie. Ce manque d’indépendance, écrasant les ambitions individuelles des artistes, explique pourquoi on ne trouve pas ou peu de traces d’autoportraits avant l’intervention de Jan Van Eyck en 1433. 

Ce primitif flamand fut particulièrement à l’aise à la fin de sa vie : en 1430, il est nommé chambellan du duc Philippe de Bourgogne (sorte de concierge de luxe), et conserve sa place de peintre officiel de la Ville de Bruges. Il mène donc grand train, et s’émancipe de plus en plus de sa pure fonction d’artisan, de peintre de la Cour. C’est ainsi qu’il réalisa en 1433 l’autoportrait autonome le plus ancien de l’Histoire de l’Art en Europe. On y découvre le visage d’un homme, de profil et dans la fleur de l’âge, au regard tranquille et vif fixant le spectateur. Sur sa tête, un large turban d’un rouge éblouissant démontre la maitrise technique de ce grand maitre Belge.

 

2. Giorgone, Autoportrait en David, vers 1510 : 
Le plus mystérieux

Huile sur toile, 52 x 43 cm (tronqué) - Brunswick, Herzog Anton Ulrich Museum

Peu de temps après les ardeurs flamandes de Jan van Eyck, c’est en Italie que de nombreux artistes s’essayent à l’exercice. Fra Filippo Lippi, peintre florentin de la Première Renaissance, intègre discrètement son visage dans certaines scènes bibliques qui lui sont commandées (notamment Le Couronnement de la Vierge, vers 1445).
Le Parmesan, jeune talent originaire de Parme, s’amuse quant à lui à représenter son visage juvénile au cœur d’un étrange trompe-l’œil (Autoportrait dans un Miroir Convexe, 1523). A la même période, Giorgione, exerçant à Venise, décide lui aussi d’utiliser son talent afin de s’auto-représenter. L’œuvre ainsi mise au monde (voir ci-dessus) sera teintée de mysticisme : un visage froid, à peine visible, s’extirpe difficilement d’une obscurité opaque.

En fait, l’œuvre comme nous la connaissons aujourd’hui est tronquée : elle a été mutilée, et ces altérations ont fait disparaitre les véritables intentions de cet autoportrait. Grâce à une gravure de 1650 reproduisant ce tableau lorsqu’il était encore intact, on arrive tout de même à esquisser les intentions de Giorgione : à l’origine, il tient dans sa main la tête de Goliath, et apparait donc dans le rôle de David, le héros biblique. Il s’agit du premier autoportrait allégorique de l’histoire de l’art en Europe, qui ouvrira la voie à de nombreux autres artistes de talent, tel que Michel-Ange (Autoportrait sur la peau de Barthélémy) ou Le Caravage (David avec la tête de Goliath). Malheureusement, Giorgione décéda quelques mois après la réalisation de ce portrait, emporté par la peste qui faisait rage à l’époque.

 

3. Catharina van Hemessen, Autoportrait au chevalet, 1548 : Le premier autoportrait féminin

Détrempe sur bois, 32 x 25 cm - Bâle, Kunstmuseum Basel

Loin des vieux clichés de l’homme, artiste qui peint, et de la femme, muse qui inspire, certaines artistes féminines ont su influencer la production artistique dès le début de XVIème siècle. C’est notamment le cas de Catharina van Hemessen, dont l’autoportrait au chevalet de 1548 en est une manifestation précoce.
C’est l’exemple connu le plus ancien d’un autoportrait « au chevalet », exercice de style qui sera souvent reprit à travers les âges par de très célèbres peintres (Rembrandt, Van Gogh, Caillebotte, Magritte… pour ne citer qu’eux !). On y découvre une femme confiante, qui nous observe avec tous les signes d’une créativité épanouie : chevalet, palette, spatule, lettres majuscules antiques et pinceaux disposés en forme de croix.
Pas de doute : cette femme est puissante !

 

 4. Antoine van Dyck, Autoportrait au tournesol, vers 1635 : Le plus sarcastique

Huile sur toile, 60 x 73 cm - Londres, Collection Duke of Westminster

Dans la même veine que Jan van Eyck, Antoine van Dyck était lui aussi un peintre superstar de son époque : cet artiste baroque flamand a d’abord connu la gloire en Flandres puis en Italie, avant de devenir peintre officiel de la Cour en Angleterre. Après cette épopée européenne auréolée de succès, vers 1635, ce célèbre portraitiste se peint en noble en pleine conversation avec un tournesol. Bien plus qu’une simple composition désinvolte, ce tournesol symbolise le roi d’Angleterre Charles 1er.
Il tourne vers le peintre sa corolle, comme s’il était le soleil ! Cette disposition particulière incarne donc la faveur royale. Dans le même temps, l’artiste désigne la fleur de la main droite, et, avec sa main gauche, joue avec sa lourde chaine en or, que le roi lui avait remis peu de temps avant, en signe d’anoblissement. Au sein d’une même œuvre, l’artiste réussit donc à synthétiser sa réussite personnelle et professionnelle, entre gloire artistique et prestige royal, tout en discutant avec le spectateur et en tournant le monarque en dérision.


5. David Bailly, Autoportrait avec Symboles de Vanités, 1651 : Le plus intellectuel 

Huile sur toile, 89,5 x 122 cm - Leyde, Museum De Lakenhal

L’artiste de Leyde (Pays-Bas) David Bailly démontre dans cette œuvre qu’il peut être aisé, pour un peintre de génie comme lui, de réaliser simultanément une magnifique nature morte et un superbe autoportrait. Toutefois, la bonne facture de cette toile n’est que la première perception d’une œuvre pleine de détails et de subtilités : on y découvre un peintre assis au bout d’une table, dans son atelier regorgeant d’objets en tout genre : sculptures et bibelots artistiques, bijoux, accessoires, crâne, sablier, parchemins anciens, bulles de savon prêtes à éclater… Ce tableau déborde de symboles de vanités : une représentation allégorique du temps qui passe, et surtout, de la mort. 

Lorsqu’il réalise cette œuvre, David Bailly a 67 ans. Il n’est donc plus ce fier et vigoureux jeune homme qui nous montre sa collection de reliques. En fait, la solution à cette énigme se trouve dans les deux portraits ovales : on y découvre le véritable portrait de Bailly, ainsi que celui de sa femme à côté. L’artiste s’est donc représenté rétrospectivement, comme il se voyait il y a 40 ans. Cet autoportrait est un regard vers le passé pour son auteur, bien que l’on y contemple un artiste nous exposant son futur.

 

 6. Vincent van Gogh, Autoportrait à l’Oreille Bandée, 1889 : Le plus insolite

Huile sur toile, 60 x 49 cm - Londres, The Courtauld Institute of Art

Comment aborder les autoportraits iconiques sans évoquer Van Gogh ! En une dizaine d’années de travail, on compte plus de 43 autoportraits du peintre hollandais, tous plus sublimes et saugrenus les uns que les autres.

Cet autoportrait de 1889 (un an avant sa mort), a été réalisé à la suite des tragiques évènements qui se sont déroulés à Arles. Le 23 décembre 1888, une dispute éclate avec son ami et collègue Paul Gauguin. Pris de colère et dans un état d’ébriété avancé, Van Gogh quitte l’atelier et divague dans la ville, avant de s’échouer dans un bordel bien connu. Armé d’une lame de rasoir, il décide alors de se trancher l’oreille pour l’offrir à Rachel, une prostituée qu’il appréciait, en guise de relique. Il rentra ensuite chez lui en titubant, avant d’être retrouvé par la police, qui l’emmena à l’hôpital pour qu’il y soit soigné. Les médecins lui diagnostiquèrent une crise d’alcoolisme mêlée à une automutilation schizophrène : c’est bientôt la fin pour ce décadent génie mélancolique, et c’est en pleine convalescence qu’il réalise alors cette œuvre, dans laquelle on y découvre un visage décharné, un regard livide et un teint blafard. Derrière lui, on aperçoit une gravure japonaise : c’est La Geisha dans un Paysage de Sato Torakiyo. Grand admirateur de l’art asiatique, et surtout des estampes japonaises (ukiyo-e) qu’il découvre à Paris, cette nouvelle manière d’agencer les couleurs et la composition le suivra tout au long de son œuvre tardive. Artiste torturé aux frasques destructrices, Van Gogh se sentait réellement lui-même lorsqu’il peignait. Nul doute que ses autoportraits marqueront l’histoire de l’art à tout jamais.


7. Frida Kahlo, Autoportrait aux Cheveux Coupés, 1940 : Le plus intime

 Huile sur toile, 40 x 27,9 cm - New York, Museum of Modern Art

Tout comme Van Gogh, difficile d’établir un classement des autoportraits les plus emblématiques sans citer la plus prodigieuse des artistes mexicaines : Frida Kahlo. Sur les 150 tableaux qu’elle a produit au cours de sa vie, on recense au moins 55 autoportraits.
Ces autoreprésentations avaient principalement pour but d’exprimer les différents tumultes de son existence, puisque sa vie fut un cortège de tragédies et d’infortunes : accident de la route, fausses couches, naufrage conjugal, crises de jalousie, problèmes d’alcool et d’handicap… 

Cet autoportrait de 1940 intervient un peu avant que l’artiste ne soit clouée à son lit d’hôpital et ne souffre réellement de son handicap. Néanmoins, il fait suite à la rupture brutale entre Frida et Diego Rivera, son âme sœur, qui la fit souffrir jusqu’au désespoir. On la découvre assise au centre d’une pièce vide, vêtue d’un costume sombre et bien trop large, un ciseau à la main droite, et des mèches de cheveux éparpillées partout où elles peuvent l’être. Surtout, elle jette un regard tranquille, fier et défiant l’observateur

Alors que ses majestueux et longs cheveux faisaient partie de sa légende, pourquoi réaliser un tel acte ?
En haut de la composition, on y découvre la partition d’une chant d’amour mexicain : « Regarde, si je t’ai aimé, c’était pour tes cheveux ; maintenant que tu es tondu, je ne t’aime plus. ». Généralement, délaissement (divorce) et cheveux coupées (perte d’attractivité) sont synonymes de déshonneur et d’humiliation. Pourtant, la pose de Frida et son regard fier ne coïncident pas avec ces allégations. Le message qu’elle cherche à nous transmettre est certainement plus positif : ce n’est qu’à l’aide d’une assurance librement consentie que l’on retrouve sa dignité perdue. Au diable les vieux dogmes tirés par les cheveux, Frida se débarrasse ainsi de son rôle teinté de féminité et de beauté servile, pour atteindre un apaisement bien mérité où l’on jugera sa personnalité par le seul prisme de sa créativité et sa liberté d’être. Cet autoportrait est une chrysalide par laquelle l’artiste opère une mutation de sa trajectoire de vie.

 8. Felix Nussbaum, Autoportrait avec Passeport Juif, vers 1943 : Le plus dramatique

Huile sur toile, 56 x 49 cm - Osnabrück, Felix Nussbaum-Haus

Cet autoportrait de 1943 ne respecte aucuns des codes de l’autoreprésentation traditionnelle. On y découvre un homme, si proche de nous qu’il nous est possible d’apercevoir ses poils de barbe, dans un position qui n’est pas statique : il emmène l’observateur avec lui, dans une fuite qui ne semble mener à rien d’autre que la perspective d’un mur infranchissable. Deux éléments nous apportent du contexte : sur l’épaule droite du modèle, en dessous du col de manteau qu’il remonte comme pour nous le signaler, on découvre une étoile de David, symbole de stigmatisation des juifs durant l’oppression nazie. Dans sa main droite, il tient un passeport, où l’on peut y lire les inscriptions « JUIF - JOOD ». Pas de doute, nous sommes face à l’atrocité de la seconde guerre mondiale, en compagnie d’un homme persécuté et enfermé arbitrairement, pour ses croyances et son appartenance.

Felix Nussbaum, auteur de cet autoportrait tragique, a lui-même été victime du régime nazi. Né à Osnabrück (Allemagne) en 1904 au sein d’une famille juive, il avait émigré dès 1933. En 1941, il se cache à Bruxelles, et réalise ses œuvres en toute discrétion, dans des caves ou des mansardes avec le strict minimum. Il conserve malgré tout son énergie, la peur permanente d’être découvert stimulant sa créativité. Ses œuvres seront ainsi teintées de peur, de clandestinité et de fuite. Il laisse par cet autoportrait (ainsi qu’une grande partie de son œuvre), un témoignage poignant sur l’épouvantable horreur de sa situation, et nous offre un message cinglant : Même lorsque tout semble sans issues, il ne faut pas renoncer, parce que dans le non-renoncement la dignité demeure. Son espoir de survie ne se réalisa malheureusement jamais. Quelques mois plus tard, ils furent dénoncés, lui et sa femme, puis arrêtés et déportés à Auschwitz où ils furent assassinés en 1944.

 

Pour conclure, ce classement n’est évidemment pas exhaustif. De (bien trop) nombreux artistes ont marqué l’histoire de l’art par leurs délicieux (et parfois déconcertants) autoportraits. Certains génies, comme Albrecht Durer, Rembrandt, Francis Bacon, Diego Rivera, ou encore Egon Schiele ont réalisé des œuvres délicates et profondes, exprimant leur personnalité intérieure à travers l’apparence de leur enveloppe corporelle. Si vous avez apprécié cette sélection, restez connectés car nous préparons déjà plusieurs autres articles traitants d’œuvres emblématiques de l’histoire de l’Art. Aussi, si vous aimez les portraits, qu’ils soient simplement élégants ou intensément profonds, nous vous invitons à découvrir notre collection de portrait à moins de 1000€, regroupant des portraits d’artistes talentueux de notre plateforme.


Bastien Alleaume
Content Manager - Artmajeur Online Art Gallery

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