Top 5 des œuvres contemporaines les plus scandaleuses

Ajouté le 16 nov. 2020

L’art contemporain a souvent fait l’objet d’intenses controverses. Pourtant, ces scandales ne sont pas propres à notre époque. Déjà en 1541, Michel-Ange s’attirait les foudres de l’opinion publique en réalisant l’un des fresques les plus célèbres de l’Histoire de l’Art : Le Jugement Dernier. Sur les parois de la Chapelle Sixtine, les corps nus seront rapidement rhabillés par la censure ecclésiastique.
De nombreux autres évènements marqueront les consciences et les morales, jusqu’à l’avènement de l’impressionnisme qui entérinera l’opposition entre création contemporaine et académisme latent, modèle d’une société puritaine vacillant.

Ici, nous n’évoquerons pas les œuvres à l’indignation bien établie : Merde d’Artiste de Manzoni, Fontaine de Duchamp ou encore la récente Banane (« The Comedian ») de Maurizio Cattelan. Nous vous ferons plutôt découvrir certaines œuvres contemporaines un peu moins célèbres, et pourtant tout aussi intéressantes, de par leur dimension polémique, tout comme par leur curieuse (et parfois violente) réception vis-à-vis du public.
Installez-vous, place au scandale !

 

Andres Serrano, Piss Christ, 1987


Piss Christ est une photographie réalisée en 1987 par l’artiste Andres Serrano, originaire de Brooklyn. On y découvre un crucifix en plastique immergé dans un aquarium rempli d’urine et de sang.
Pour l’artiste, cette œuvre déroutante doit être considérée comme une critique du business lucratif autour du catholicisme, et une « condamnation de ceux qui abusent de l’enseignement du Christ pour servir leurs propres fins ignobles. ».
La portée hautement blasphématoire de cette œuvre causera logiquement d’importantes controverses, aux Etats-Unis comme à l’étranger, et notamment en France. Sur le continent américain, l’œuvre ne passe pas inaperçue, faisant même les gros titres de certains journaux nationaux. On la retrouve désormais au classement des 100 photographies les plus iconiques de tous les temps selon le Time Magazine.

L’œuvre sera rapidement récompensée par une puissante institution artistique en 1989 (Southeastern Center for Contemporary Art, littéralement Centre du Sud-Est pour l’Art Contemporain), elle-même financée par des fonds publics. Certains sénateurs américains s’offusquent de ce soutien public à une œuvre qu’ils considèrent indécente. S’en suit alors une lutte sénatoriale acharnée entre détracteurs et partisans de cette démarche, sur fond de débat relatif à la liberté artistique.
Après cette intervention politique, l’œuvre sera à plusieurs reprises en proie à d’infernales violences, que ce soit aux Etats-Unis, en Suède ou même en France, où l’œuvre sera vandalisée lors d’une exposition à Avignon en 2011, par plusieurs individus équipés de marteaux et d’objets contondants, qui agresseront aussi le personnel du musée s’interposant dans cette macabre manœuvre.
Le directeur du musée recevra quant à lui de nombreuses menaces de mort, et une manifestation regroupant plus d’1 milliers de personnes sera organisée dans la ville d’accueil de l’œuvre.


Chris Ofili, “The Holy Virgin Mary,” 1996


The Holy Virgin Mary est une toile réalisée par l’artiste britannique Chris Ofili, en 1996. Il représente une femme noire vêtue d’une robe bleue, vêtement traditionnellement attribuée à la Vierge Marie. Ce n’est pas cette simple liberté prise par l’artiste qui attira la controverse.
Sa particularité ? L’artiste a utilisé différentes techniques dans la réalisation de l’œuvre : peinture à l’huile, paillettes, résine de polyester… et surtout : de la bouse d’éléphant et des fragments d’images pornographiques ! En effet, autour de cette vierge noire, on distingue des formes semblables à des papillons. Pourtant, ces éléments graphiques ne sont pas des lépidoptères, mais bel et bien des attributs génitaux féminins, généralement très éloignés des standards artistiques entourant le sujet sacré de la Vierge Marie.
Pour l’artiste, ancien enfant de chœur, cette œuvre ne constitue pas réellement un blasphème, mais décrit sa confusion vécue lors de l’apprentissage catholique, face à l’incohérence du récit décrivant la naissance de la Vierge Marie. Il considère cette œuvre comme une « version hip-hop » de la tradition picturale des maitres anciens.
L’œuvre sera directement acquise par Charles Saatchi, collectionneur très influent dans le monde de l’art contemporain, l’année suivant sa réalisation. Elle sera ensuite présentée en 1997 dans le cadre de l’exposition « Sensation » au Brooklyn Museum de Londres, consacrée aux scandales artistiques.
A cette occasion, Chris Ofili s’attirera un adversaire de choix : le maire de New York, Rudolph Giuliani. Celui-ci, profondément choqué à la découverte de cette œuvre, intentera une croisade punitive envers l’artiste et l’institution d’accueil de l’œuvre, via diverses procédures et méthodes plus ou moins douteuses. Il ira même jusqu’à tenter de supprimer la subvention municipale de 7 millions de livres destinée à soutenir le musée, sans résultats puisque l’institution obtiendra gain de cause en justice.
Ce mélange polémique entre sacré et profane attira aussi de nombreux vandalismes. En 1999, l’œuvre sera victime de projection de peinture blanche par un fervent militant catholique. La même année, un artiste du nom de Scott Lobaido projeta du fumier de cheval sur le plexiglas recouvrant l’œuvre, ce dernier estimant le travail d’Ofili comme « dénigrant la foi catholique ».
Après leur intervention, les gardiens du musée, non sans une pointe d’humour et de mépris, lui rétorqueront alors « Ce n'est pas la Vierge Marie. C'est une peinture ».
Depuis ces évènements, la toile a poursuivi son impressionnante ascension au cœur de l’histoire de l’art contemporain. En 2015, elle est adjugée pour 4,6 Millions de dollars chez Christie’s. En 2019, c’est la consécration ultime, puisqu’elle intègre les collections permanentes du Museum of Modern Art (MoMA) de New York.

Marc Quinn, Self, 1991


Self est une série d’autoportraits de l’artiste britannique Marc Quinn. Ces autoportraits, sous forme de sculptures, ont été conçus à partir d’un moule de visage de l’artiste, rempli de son propre sang congelé (environ 5 litres d’hémoglobine par moulage). Cette série n’est toujours pas terminée, puisque l’artiste réalise un nouvel autoportrait tous les 5 ans, à partir d’un moulage de son visage mis à jour et de sang « neuf ».
En écartant l’aspect profondément gore de cette démarche, personne ne peut reprocher à cet artiste de ne pas donner suffisamment de lui-même pour rendre ses œuvres personnelles. Marc Quinn cherche en effet à interpeler le spectateur en repoussant les limites du portrait, en faisant naitre une œuvre « qui n’a pas simplement la forme du modèle mais qui est en fait réalisée avec la propre chair du modèle ».
Cette œuvre, moins clivante que les précédentes car centrée sur une démarche personnelle, n’a pas eu à subir de vandalisme ou d’opprobre populaire. Elle a toutefois nourri de nombreux débats intellectuels quant à sa pertinence artistique, certains considérant cette œuvre comme un épouvantable potage vampirique et immoral, d’autres lui estimant une forte valeur allégorique. Cette œuvre peut légitimement se hisser au rang des autoportraits légendaires, de Van Gogh à Cindy Sherman, témoignant de manière plus ou moins éclairée de la fragilité de l’Homme, et permettant au spectateur de se mouvoir au sein d'une parcelle d’intimité de l’artiste.


Ai Weiwei, “Dropping a Han Dynasty Urn,” 1995

 

Dropping a Han Dynasty Urn est une œuvre-performance de l’activiste chinois Ai Weiwei, consistant en une assemblage de trois photographies, dans lesquels on peut voir l’artiste détruire un vase étape par étape.
Comme le suggère le titre, le vase faisant l’objet de cette destruction préméditée est un artefact cérémoniel chinois de plus de 2000 ans, à haute valeur financière et symbolique.
Loin d’un pur caprice arbitraire, cet acte entre en fait, d’après l’artiste, en résonnance avec l’œuvre emblématique « Fontaine » de Duchamp, considérant son œuvre comme un « ready-made culturel ».
En effet, à la découverte de cette série de photographies, de nombreux spectateurs ont directement interprété cet acte comme scandaleux et immoral. Ai Weiwei répondra alors à ses détracteurs en citant Mao Zedong « La seule façon de construire un nouveau monde consiste en la destruction de l’ancien ». Pour compléter cette idée, l’artiste parachève cette démarche conceptuelle en réalisant différents vases de style antique, peints par l’artiste aux couleurs de bonbons symbolisant le capitalisme moderne, ou encore avec le logo Coca Cola, dont l’analyse peut se passer de détails.
Cette destruction douteuse et ambitieuse en a évidemment inspiré d’autres, de nombreux ressortissants chinois étant particulièrement sensible à la conservation de leur patrimoine historique, malmené par différents pouvoirs, internes ou coloniaux, à travers les époques. De ce fait, un visiteur de l’exposition d’Ai Weiwei à Miami a détruit l’un de ses vases pour protester contre l’action de l’artiste.
Répondre au mal par le mal, en voilà démonstration de lucidité !
Ai Weiwei ne sera pas excessivement dérangé par cette destruction, puisque les œuvres étaient assurées et surtout parce qu’il est assez habitué aux controverses et aux oppositions violentes (il a notamment déjà été emprisonné pendant plus de 2 mois en Chine, pour d’obscures motifs).

 

Tracey Emin, My Bed, 1998


Dernière œuvre de ce top mais pas des moindres, My Bed est une œuvre de l’une des artistes britanniques les plus célèbres et controversées du 21ème siècle : Tracey Emin. Victime de longues phases dépressives durant lesquelles Tracey restait alitée, cette œuvre, réalisée en 1998, se compose du propre lit de l’artiste dans un piteux état, associés à différents objets présents dans sa chambre lorsqu’elle subissait l’une de ses plus grandes descente aux enfers. On y trouve un tapis sale, jonché de déchets symbolisant la déchéance du corps et de l’âme : bouteilles de vodka, paquets de cigarettes, cendrier plein, emballage de fast food, mouchoirs sales, préservatifs usagers... Le lit est dans un état désastreux, les draps sont sales et froissés, et le matelas semble définitivement vérolé par le poids d’un corps depuis trop longtemps abandonné à son propre désœuvrement.
Lors de sa première exposition à la Tate Gallery en 1999, les réactions du public sont extrêmement confuses. Certains expriment une puissante répulsion face à cette intimité âprement dévoilée, lorsque d’autres succombent rapidement au charme d’un concept inédit offert par une artiste à la démarche audacieuse et très personnelle. Que l’on apprécie ou non cette œuvre, elle mérite incontestablement une place de choix dans l’histoire de l’art contemporain. Cette parenthèse d’intimité constitue une tribune de choix sublimant les tabous de la société à propos de l’échec personnel, les faiblesses et les imperfections féminines. L’œuvre, bien qu’inesthétique au possible, permet d’ouvrir de très nombreux débats intellectuels d’un intérêt puissant, pour l’art comme pour l’Homme. En 2014, l’œuvre sera vendue aux enchères chez Christie’s et sera adjugée pour la modique somme de 2.8 millions d’euros, preuve supplémentaire, s’il en fallait une, de l’éminent intérêt conceptuel acquis par cette œuvre.

Ces travaux ne sont évidemment pas les seuls à avoir stimulé les esprits et les contestations. Nous aurions pu évoquer les œuvres hyper sexualisées de Robert Mapplethorpe, les sculptures aussi monumentales que contestées de Richard Serra, le Sapin de Noël (Plug ?) de Paul McCarthy ou encore les performances intimistes et dérangeantes de Marina Abravomic. L’art a constamment attisé le scandale, et c’est en partie à cela que l’on le reconnait.
Et vous, que pensez-vous de ces œuvres ?

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