Ajouté le 18 févr. 2020 | Commentaires

CLAUDE THIBAUD

Des personnages qui s’activent, malgré tout

Claude Thibaud aime le corps humain. Il le représente dans la plupart de ses toiles tout en s’affranchissant des contraintes de la forme et des règles anatomiques. Les personnages s’activent dans un décor fait d’aplats qui ne donne pas plus de précision. Le corps humain, comme en apesanteur, dans un vide où tout est possible...

Les personnages de Claude Thibaud évoluent souvent dans le vide ou entre des aplats qui restent bien abstraits. Ils ont un aspect blême, commun à tous, pas de tête très expressive, pas d’âge qui les distinguerait les uns des autres, mais un regard insistant.  Ils sont pour la plupart nus, sans être franchement sexués. Bref, des personnages anonymes dans un univers anonyme. Quasiment des fantômes ne vivant que dans leur regard.

Si on s’en tient à cette description, on peut poursuivre facilement la réflexion: un univers morbide, des personnages guettés par la mort, un univers sans élément concret, et donc peu engageant. Le fond est constitué d’à-plats bien souvent noirs ouvrant sur un ailleurs sombre et mystérieux, comme des trouées dans les tableaux.

Et pourtant… ils dansent, font de la gymnastique (barre au mur ou cerceau), ils s’amusent, ils jouent avec les chiens, ils s’enlacent, ils discutent avec un cacatoès, portent des masques.

Parfois même, ils sont inscrits dans un contexte bien précis: avec Guinefort, Claude Thibaud livre son interprétation d’une légende médiévale, mettant en scène un comte, un serpent et un chien, tout en gardant le mystère qui entoure toutes ses oeuvres, avec notamment la profondeur apportée par l’à-plat noir du fond.

Bref, au-delà de la première apparence, cette peinture n’a rien de morbide ou angoissante. Elle serait même assez aérienne, chaque oeuvre étant vraiment centrée sur le personnage et son activité. Rien pour détourner le regard, quoique certains symboles soient présents pour aider à une lecture comme le cacatoès, réincarnation provisoire d’une âme, juste des personnages et une façon de figer le temps. La vie, malgré tout… 

Une peinture qui peut faire penser avant tout au divertissement pascalien, ou à la philosophie de l’absurde d’Albert Camus, avec son personnage emblématique de Sisyphe qui roule encore et toujours son rocher en haut de la montagne pour le voir dévaler la pente et, malgré tout recommencer l’opération. C’est absurde? Peu importe, la vie est en marche.

Parfois, évidemment, le pinceau de Claude Thibaud se dirige davantage vers un univers à la Francis Bacon: les corps se font encore plus contorsionnés, déstructurés, et l’artiste pousse parfois même la filiation à intégrer ses créatures dans de grands triptyques comme le faisait le peintre britannique. Dans le triptyque Métamorphose, la figure humaine finit par être tellement démantelée que plus grand espoir n’est permis: toute cette agitation semble quand même épuiser le sens d’une présence sur terre.

En fait, dans un cas comme dans l’autre, Claude Thibaud se laisse guider par son pinceau. Sa peinture est tout sauf une construction intellectuelle préalable : “Généralement, j’ai une idée et je dessine très rapidement, puis cela se modifie. La scène va se construire directement sur la toile, mais tout cela va finir par prendre du temps”. Cette façon de procéder renforce l’ambiguïté du sens de ses toiles. Dans Diffraction, on a d’abord le sentiment de voir un personnage en décomposition, des chairs qui laissent apparaître un squelette, … mais on peut tout aussi bien voir un pinceau qui, à partir de tâches initiales, a au contraire recréé quelque chose de vivant… ou disons qui tend à s’approcher d’une forme de vie. Dans le premier cas, l’oeuvre tire vers le lugubre, dans le deuxième, elle est pleine d’espoir.

En moyenne, l’artiste ne peint guère plus d’une toile par mois. Et pour rester dans cette logique qui veut que le pinceau prime sur le concept, le titre vient en dernier.

De temps à autre, l’artiste a complété ce travail de peinture par des collages, qui s’inscrivent dans la droite ligne de sa peinture: par essence, le collage est un art relativement ludique, qui vise à imaginer comment associer des éléments disparates, mais l’artiste utilise la technique là encore pour brouiller la vision que l’on peut avoir d’un être humain: les têtes sont là encore reconnaissables, mais irréelles. L’être humain n’abandonne pas, il est toujours là, même si on se demande à quoi rime cette présence sur terre...

La peinture de Claude Thibaud est donc complexe, pleine de sous-entendus, ouverte à de nombreuses interprétations, énigmatique. Mais les toiles, se complétant les unes les autres, finissent par créer un univers qui, dans sa globalité, possède une vraie harmonie. Chaque personnage ne le sait sans doute pas, mais il évolue dans un monde finalement très cohérent, dans sa palette et dans ses constructions. La vie n’est pas si absurde que ça…    Texte :  A.D

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Né en 1948 en Touraine, Claude Thibaud manifeste très jeune un talent pour le dessin et la peinture. A l’âge de 10 ans, il part aux Etats-Unis où il fait ses études secondaires puis universitaires. Il étudie à la School of Visual Arts à New York dans les années 70. De retour en France en 1980, il fonde une entreprise à laquelle il consacre une longue période de sa vie. Retiré des affaires, il renoue à partir de 2014 avec sa passion première et reprend ses pinceaux, ses toiles et ses couleurs.

Il vit actuellement près de Cahors où il a son atelier.

Tous les ans en octobre, il participe au salon de l’association Figuration critique, dont il est membre, qui rassemble 70 artistes à la Bastille.

Vu par un confrère : 
 “Dans les 27 oeuvres que l’artiste a peintes de 2014 à 2016, j’ai apprécié une grande unité et cohérence stylistique et formelle. Les toiles montrent une grande perspicacité psychologique, où la solitude de l’homme est évidente. Il y a un grand fond de pessimisme et de tristesse, d’oppression réelle et d’angoisse existentielle causée par la question du mystère de la nature humaine et du sens de la vie.

La présence du temps et la finitude inexorable de l’homme est évident. Les figures ectoplasmiques / fantomatiques sont des taches organiques qui se profilent dans un milieu ou un espace qui semble hostile, quelque chose de comparable à des taches d’huiles dans un milieu aqueux. L'image de l'homme apparaît comme une lumière de magma visqueuse colorée d'une grande complexité organique dans la plupart des cas. Les lambeaux de chair émergent d’un fonds qui semble hostile: fait de matière noire, invisible, cet espace devient un espace cosmique impénétrable vide et asphyxiant, fermé”

Angel Muriel, peintre espagnol

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Claude André THIBAUD
BARGUELONNE EN QUERCY, France


fantastique peinture surrealisme figuration

Ajouté le 2 oct. 2019 | Commentaires

REYDEL ESPINOSA

Les créatures fantasques de Reydel Espinosa, Cuba

Depuis son île natale, Reydel Espinosa le dit avec évidence: “J’ai toujours été amoureux de la nature qui m’entoure, j’ai besoin de la représenter, d’une manière ou d’une autre”.

Et de fait, sa peinture est pleine de créatures, certaines qu’il a pu voir, d’autres qu’il a importées dans sa végétation cubaine
luxuriante, d’autres encore qui viennent des contes de fée, de la mythologie ou de son imagination.

Le tout peint dans une peinture à l’huile pleine de virtuosité: les plumes, les poils, les voilages, les carnations ou les ombres, l’artiste autodidacte ne s’interdit aucune difficulté et donne à toutes ses créatures, les vraies comme les plus imaginaires, le même luxe de détails.

Bosch (1450-1516) n’est pas loin et l’artiste l’avoue volontiers: “ Ses images de rêves médiévaux, pleines de sorcières, d’alchimie, de magie ou d’un innombrable bestiaire convergent dans mon monde. L’oeuvre qui m’a le plus influencé est le jardin des délices
terrestres: c’est vraiment celui ou Bosch pousse le plus loin l’opposition entre l’obéissance naturelle des créatures et la désobéissance perverse de l’homme”.

Reydel Espinosa reprend cette idée, et dote à son tour les animaux de vertus et d’intelligence: l’escargot pédale, le singe joue du violon, le bouc joue aux échecs. 

“J’essaie toujours de rechercher la transcendance des êtres vivants, principalement par le biais du jeu intelligent”.

Pour créer un tel univers, pas de méthode fixe: “Même si je commence toujours par une figure principale, j’ai différentes façons de commencer une peinture. Parfois, le point de départ vient d’idées philosophiques bien définies sur la nature animale, mais je développe ensuite des figures qui occupaient un second plan dans les travaux précédents. D’autres fois, je pars de l’envie de créer un univers surréaliste, les ‘animaux et le paysage arrivent et vont ensuite ouvrir un nouveau champ des possibles”.

Dans tous les cas, la façon dont ces créatures apparaissent dépendent de l’état émotionnel du peintre: “Lorsque j’écoute les musiques que j’aime, le pinceau fait assez volontiers ressortir des espèces mutantes, comme si la musique guidait l’outil. Parfois, la musique m’entraîne vers des couleurs qui m’étonnent moi-même, passant de gammes monochromes à des gammes saturées, à la limite de mes attentes”.

Reydel Espinosa n’a pas encore fait de sculptures, mais cela devrait venir, quasi-naturellement. “Pour l’instant, j’ai fait des dessins à l’aquarelle juste pour expérimenter”.

L’artiste laisse donc les choses venir, et il agit de même avec son rapport au public: “Je suis autodidacte et j’aime que mon travail soit simplement perçu comme illustratif. J’aime que le spectateur ait la liberté d’interpréter lui-même mes observations”. Et pour l’y aider, l’artiste a mis dans la plupart de ses œuvres “le personnage étrange en train d’essayer de faire sourire le spectateur”.

Le monde de Reydel Espinosa est plein de créatures plus variées les unes que les autres mais l’artiste avoue quand même un faible pour deux animaux précis: les singes et les paons: “Les singes sont capables d’obtenir le sourire de l’observateur, ils permettent de traiter de sujets mystiques tout en accompagnant cela d’une atmosphère de bonne humeur. Quant au paon, il est en parfaite harmonie avec les animaux métamorphiques et confère des éclaboussures de beauté à mon univers surréaliste”. Avec lui, l’impensable devient possible.   Texte : A.D

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Surréalisme fantastique animaux cuba

Ajouté le 12 sept. 2019 | Commentaires

JEAN-MARIE GITARD Mr STRANGE

Mr Strange, le bien nommé

Dans le monde de Mr Strange, le coelacanthe devient Sheila Kant, … et des animaux de toute sorte se posent des questions métaphysiques: le chat au-dessus des nuages, le singe qui reste à la fin d’un spectacle, etc.

L’insolite saute aux yeux, et on ne sait trop ce qui a guidé l’artiste: la volonté de faire s’entrechoquer des visuels ou le plaisir non dissimulé d’illustrer un jeu de mot, une expression, de montrer que l’absurde se niche partout, dans le vécu, les mots ou les images. 

“J’aime essayer de montrer que le monde n’est pas tel qu’on le croit, décrypter l’effervescence granguignolesque pour mettre à nu la société humaine, ce spectacle de marionnettes où chacun joue son rôle en évitant (mais c’est inconscient) de vivre sa vraie vie !  Je suis attiré par l’insolite, le bizarre et le non-sens. Mais la provocation pure ne m’intéresse pas”.

Logiquement, l’artiste va jusqu’au bout et sème aussi le trouble sur la technique employée: photo? peinture? montage numérique? Les trois à la fois! L’artiste imagine la scène à partir de photos trouvées sur Google images, fait un montage numérique pour obtenir une photo. “Mon challenge, c’est le mixage de ces images qui n’ont aucun lien entre elles. Et qui finalement, une fois associées, créent une nouvelle réalité et ouvrent de nouvelles portes”.

Derrière le pseudonyme de Mr Strange, un Montpelliérain d’une cinquantaine d’années: “L’Art m’a toujours accompagné même si j’ai privilégié très tôt mon don pour le sport. J’ai été un bon joueur de tennis dans ma jeunesse et cette activité est devenue mon métier. Je suis prof de tennis dans l’Hérault. Mais au lycée,  j’avais fait un cursus orienté vers l’histoire de l’Art et le dessin.

J’ai commencé très tôt à dessiner.Entre 8 et 12 ans, de la poésie…. De la BD entre 10 et 16 ans. Entre 17 et 30 ans, je me suis mis à la peinture à l’huile et au modelage (style Di Rosa et Combas).  Puis j’ai traversé un long moment sans création. Il y a une dizaine d’années, le volcan créatif s’est réveillé. Je me suis lancé dans ce que j’ai appelé la « spicture », mix entre peinture et sculpture. De la peinture en relief à l’aide d’argile et d’acrylique.

Le travail de Mr Strange a trouvé un prolongement inattendu. “J’ai fait la connaissance sur le net il y a quelques années d’un Chinois, Qihai Chen.  Il avait craqué sur mes travaux photographiques et s’était proposé d’en reproduire un, L’Homme Penché, qui connait un certain succès sur ARTMAJEUR. Depuis, c’est devenu mon associé, qui relève le défi de transformer le travail numérique en peinture à l’huile sur toile”.  Texte : A.D

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Ajouté le 14 sept. 2015 | Commentaires

Une œuvre, une histoire - La seule différence entre moi et les surréalistes, c'est que moi je suis surréaliste.

UNE ŒUVRE, UNE HISTOIRE

C’est en  1995 que Christian Girault a visité le sud de la Bolivie où les paysages désertiques sont parfois hallucinants. Il ne le savait pas à l’époque, mais une partie de ces déserts est appelée le désert de Dali, en raison des formes improbables de ses rochers, rappelant des éléments des tableaux de Salvador.

Travaillant dans l’informatique et le secteur bancaire, c’est seulement en 2008 que Christian Girault décide de changer de vie pour se consacrer à sa passion première : la peinture. Son approche est originale et il travaille principalement sur des compositions photographiques qu’il réalise comme story-board préalable à l’œuvre. Il se définit comme un "cinéaste sur toile", tant le scénario est généralement le moteur de l’action qui va suivre sur la toile.




Pouvant laisser sédimenter une idée dans son esprit durant une année et la reprendre au moment jugé opportun, il lui est donc devenu évident d’associer ce paysage bolivien à Dali. C’est en hommage au génie, mais aussi au côté impertinent de Dali, d’où sa présence théâtrale et pour tout dire surréaliste sur la toile. En véritable "cinéaste sur toile", il joue avec le noir et blanc du paysage et la couleur du rocher. Mais Dali, devait-il être en couleur ou en noir et blanc ? Que pouvait apporter la couleur à une apparition surréaliste de Dali ? En définitive, le fait que Dali jeune vivait au moment de la photo noir et blanc a fait qu’il est représenté en noir et blanc. Restait à trouver le lien entre lui et le rocher…

Découvrez son travail ( 145 oeuvres )



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