Quand le Cinéma rend Hommage aux Chefs-d’œuvre de l’Histoire de l’Art

Ajouté le 20 mars 2021 - 9 minutes de lecture


Avez-vous déjà remarqué que vos films préférés foisonnent de références artistiques ? 
Les réalisateurs, les scénaristes et leurs équipes créatives profitent souvent de leurs longs métrages pour disséminer de curieux hommages aux chefs-d’œuvre qu’ils affectionnent.
Aujourd’hui, nous allons découvrir comment l’art s’exprime à travers la caméra. Qu’il s’agisse de films biographiques décrivant d’emblématiques trajectoires artistiques, de références subtiles ou d’hommages connus de tous, une chose est sûre : l’art est partout !

1. Les destinées artistiques à travers le prisme de la caméra : le biopic artistique 


Le cinéma, français et international, regorge de films biographiques retraçant le destin souvent tragique et toujours curieux d’artistes emblématiques.
A ce titre, on recense plus de 4 films entièrement dédiés à la légende de Vincent Van Gogh : La vie passionnée de Vincent Van Gogh du réalisateur américain Vincente Minnelli a ouvert le bal en 1956.
Quelques décennies plus tard, en 1991, le film éponyme Van Gogh de Maurice Pialat inonde les salles de cinéma françaises. Plus récemment, les évolutions technologiques ont permis davantage de libertés pour les réalisateurs, nous offrant ainsi deux longs métrages d’une profonde qualité. D’abord, La Passion Van Gogh, (2017) film d'animation britannico-polonais, nous laisse entrevoir un format complètement inédit : l'animation des scènes s’inspire directement des toiles de l’artiste lui-même, reproduites et modifiées de manière à composer chaque plan du film. At Eternity’s Gate du cinéaste américain Julian Schnabel est le dernière réalisation en date entièrement consacrée au génie hollandais. Interprété par l’excellent Willem Dafoe (Le Bouffon Vert) qui remporta un oscar en 2019 pour cette prestation remarquée, ce film a réussi l’exploit de satisfaire à la fois la critique médiatique et public. Pour les curieux, ces deux derniers sont disponibles sur Netflix, une bonne raison d’en profiter à moindre frais !


Mais Van Gogh n’est pas le seul artiste légendaire qui a stimulé l’esprit des réalisateurs du monde entier.
 Voici une liste (presque) exhaustive des nombreux artistes ayant eu droit à leur propre biopic :

  • Frida Kahlo : Frida (2002) de la réalisatrice américaine Julie Taymor. L'artiste mexicaine est interprétée par la formidable Salma Hayek (Desperado, Une nuit en enfer, Wild Wild West…). Le film a reçu un accueil critique très élogieux et a également remporté plus d'une quinzaine de prix.

  • Pablo Picasso : Surviving Picasso (1996) du réalisateur californien James Ivory. Ce long métrage retrace la relation tourmentée entre l’artiste espagnol, interprété par l’immense Anthony Hopkins (Hannibal Lecter), et Françoise Gilot, l’une de ses nombreuses muses.
    Fun fact : Le réalisateur n’a pas obtenu le droit d’utiliser les véritables œuvres de Picasso dans le film, les héritiers jugeant celui-ci trop critique sur la vie de leur père (aux mœurs pourtant communément admises comme controversées). On y découvre donc curieusement plus d’œuvres de Georges Braque, contemporain et ami du peintre, que d’œuvre originales signées de la main de Picasso.

  • William Turner : Mr Turner (2014) du réalisateur anglais Mike Leigh. Ce film retrace la vie romantique et mouvementée d’un artiste irrévérencieux, tombé dans une immense dépression après la mort de son père, mais finalement sauvé par l’amour.

  • Jean-Michel Basquiat : Basquiat (1996) de Julian Schnabel, habitué au style biographique puisqu’il a également réalisé le biopic sur Vincent Van Gogh (At Eternity’s Gate). Dans ce film, on découvre une prestation très remarquée : le personnage d’Andy Warhol est interprété par l’iconique David Bowie, et Courtney Love campe le rôle de Madonna. Un casting XXL pour un film qui n’est pas véritablement entrer dans l’histoire du 7ème Art.

  • Paul Gauguin : Gauguin : Voyage de Tahiti (2017). Ce long métrage disponible sur Netflix retrace l’exil tahitien de l’artiste français, incarné par Vincent Cassel (La Haine, Westworld…), entre rencontre inspirantes et relations douteuses avec des muses bien trop jeunes pour exprimer un consentement éclairé.

  • Paul Cézanne : Cézanne et moi (2016), de la scénariste française Danielle Thompson. Ce film décrit subtilement l'amitié singulière qui liait Paul Cézanne et l’illustre écrivain Emile Zola.

  • Margaret Keane : Big Eyes (2014). Inspiré de faits réels, ce long métrage salué par la critique relate l’histoire tumultueuse de Margaret, peintre timide de grand talent. Son mari, Walter Keane, un être profondément cupide et malveillant usurpa son identité et s'appropria son talent afin de vendre ses œuvres et profiter d'un succès non mérité, jusqu’à ce que la supercherie soit découverte par un journaliste à scandale. Si vous n’avez jamais vu ce film, on vous le recommande chaudement.

  • Johannes Vermeer : La Jeune Fille à la perle (2003) de Peter Webber. Dans ce film, Scarlett Johansson incarne Griet, une jeune muse au service du peintre Johannes Vermeer (interprété par Colin Firth).


2. Les références subtiles dans les longs métrages

Parfois, le 7ème art rend hommage à l’histoire de l’art de façon plus subtile. Il s’agit souvent d’une scène particulièrement ressemblantes à un chef d’œuvre bien connu, que l’on reconnait par la position des acteurs, par la disposition de la scène, ou encore par des éléments de décor intelligemment conceptualisés.

On ouvre le bal des références alambiquées avec cette scène du thriller culte Shutter Island, où l’on découvre une magnifique référence au Baiser de Gustav Klimt. Les points communs sont nombreux : la posture des acteurs, la robe à fleur de Michelle Williams et les confettis disséminées dans le fond de la scène, qui nous rappellent astucieusement le goût de Klimt pour les feuilles d’or, dont il recouvrait chacun de ses chefs-d’œuvre.  

De son côté, le célèbre réalisateur danois Lars Von Trier (Melancholia, Breaking the Waves, Dancer in the Dark, Dogville…), distille dans chacun de ses films de nombreuses références artistiques, qui semblent le fasciner autant pour l’inspiration qu’il en retire, que pour la beauté picturale et émotionnelle qui se dégage de leur évocation. Considéré comme l’un des meilleurs réalisateurs de notre époque, son arrogance médiatique et ses films transgressifs et intelligents ont déjà fait de lui une légende mondiale, à seulement 64 ans.

Dans ses films, certaines références sont particulièrement évidentes, tandis que d’autres sont plus énigmatiques. Voici quelques-uns de ces hommages découverts à travers ses films, notamment Melancholia et Nymphomaniac, qui en recensent de très nombreuses.

Dans Nymphomaniac, on découvre une audacieuse référence à l’artiste très controversé Balthus : Thérèse sur une Banquette. Ce film décrit le parcours sexuel d'une femme, raconté en plusieurs chapitres par le personnage principal, Joe, auto-diagnostiquée nymphomane. Il n’est pas étonnant qu’une œuvre taxée de pédophile par de nombreux critiques et institutions artistiques servent le propos d’un film subversif ayant la fougueuse ambition de s’aventurer au cœur de l’un des plus grand tabous de notre société (et notamment au cinéma) : le sexe.

Quelquefois, il arrive que les œuvres d’art inspirent les grands réalisateurs dans la conception même de leurs décors, comme c’est le cas ici. Hitchcock s’est inspiré d’une œuvre très connue d’Edward Hopper (Maison au bord de la voie ferrée) pour concevoir l’obscure maison victorienne jouxtant le motel de Norman Bates dans Psychose.

De leur côté, les films Disney ne dérogent pas à la règle : par exemple, dans le film d'animation La Reine des Neiges (2013), lors d’une scène, la princesse Anna s'ennuie tellement qu'elle discute avec des peintures, puis s’intègre même à elles. L’une d'elles s'inspire du tableau Les hasards heureux de l'escarpolette de Jean-Honoré Fragonard, datant de 1767.

On remarque que le politiquement correct caractéristique des studios Disney s’exprime malicieusement : le deuxième homme sur la gauche (qui a un point de vue assez coquin sur l’entrejambe de la demoiselle), présent sur le tableau rococo disparait étrangement dans cette réinterprétation animée.

On trouve également une référence artistique dans La Petite Sirène. Ariel, la beauté aquatique à la tignasse rouge rêve d’avoir des jambes et collectionne les artefacts humains échoués en mer à la suite de naufrage. C’est à cette occasion qu’elle découvre un chef d’œuvre du peintre Lorrain Georges de la Tour, La Madeleine à la veilleuse (1640-1645). La fascination de la Petite Sirène pour les reliques humaines était le prétexte parfait pour intégrer un véritable tableau, dont la réinterprétation animée est d’une facture exemplaire !

Il existe une référence un peu moins connue, dans Frère des Ours (2003). On la retrouve dans le générique de fin, où l’on aperçoit Koda en train de peindre sur un gros rocher. L’œuvre dont il est l’auteur, c’est Un dimanche après-midi à l’Ile de la Grande Jatte, de Georges Seurat. Un chef d’œuvre réalisé en 1884, considéré comme la peinture fondatrice du mouvement pointilliste.

Disney n’est pas le seul studio d’animation qui apprécie les références artistiques. Du côté de Dreamworks, on retrouve également certains hommages particulièrement bien pensé. C’est le cas dans le premier opus de la saga Shrek, où l’on découvre une réinterprétation de la Naissance de Vénus (Sandro Botticelli), au-dessus du lit de cette fripouille mégalomane de Lord Farquaad. Evidemment, le Lord pervers narcissique se retrouve grimé en Vénus sensuelle, stimulant ainsi son sens inné du culte de la personnalité. Allez, on te pardonne petit homme !

3. Les hommages récurrents : trop cultes ?

Cette dernière partie concerne les quelques œuvres que nous ne cessons de voir réinterprétées à l’infini, dans une multitude de films n’ayant rien à voir entre eux. Ces hommages récurrents permettent d’identifier les chefs-d’œuvre cultes. Ils ont transcendé l’Histoire de l’Art, tout le monde a déjà vu au moins une fois dans sa vie. A ce titre, La Joconde et La Cène, œuvres légendaires de l’illustre Leonard De Vinci sont certainement les plus citées depuis l’invention du cinématographe.

Il existe toutefois d’autres œuvres, tout aussi connue mais légèrement moins emblématiques, qui stimulent pourtant de nombreux réalisateurs. C’est le cas d’œuvres comme Nighthawks d’Edward Hopper, œuvre iconique de l’Amérique calme et solitaire, ou encore La Mort de Marat par l’artiste français Jacques-Louis David, qui doit titiller la majorité des scénaristes lorsqu’il est question de représenter une scène de crime dans une baignoire.

Nous espérons que cette épopée cinématographique vous a plu. Pour les cinéphiles amoureux d’art, nous vous conseillons notre collection d’œuvres inspirées de films célèbres.
Si vous aussi vous avez découvert un hommage discret dans un film qui n’a pas été cité ici, n’hésitez pas à l’ajouter en commentaire, nous serions ravis d’en découvrir davantage !

Bastien Alleaume
Content Manager - Artmajeur Online Art Gallery 

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