Ajouté le 11 oct. 2019 | Commentaires

MARC GAILLET

Du beau, du brillant, du brutal

Marc Gaillet conçoit et réalise des images belles et percutantes, esthétiques et atroces. Après avoir dénoncé toute la violence de la société actuelle, il poursuit en 2018 un travail entamé il y a deux ans sur les espèces animales… et ce que l’homme leur fait subir. 

Les photos sont grandes, les objets représentés sont magnifiques. Les couleurs sont vives et la photo, souvent sous plexiglas, brille. Le crâne est plutôt rigolo, la grenade ressemble à une fraise Tagada et le rhino à un moulage en chocolat qu’on recevrait à Pâques. C’est beau. Mais pas que…

Devant les immenses photos de Marc Gaillet, la première impression est évidente : la grenade est belle comme un jouet qu’un enfant attend pour Noël, le tigre a une fourrure splendide qui fait encore rêver certaines femmes, le rhino a rejoint la poule et le lapin dans le bestiaire des moulages en chocolat.

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Marc Gaillet a travaillé dans la publicité et ne le renie pas : il utilise tous les codes propres à cette industrie : un motif central, une image efficace, des couleurs vives. Mais si les codes sont respectés, le sens, lui, est détourné et invite évidemment à s’interroger sur les liens entre cet univers de la consommation-communication et la réalité qu’il sous-tend.

La grenade est rose bonbon mais c’est bel et bien une grenade, un objet mortel ; le tigre est superbe, mais à ses côtés trône une valise en fourrure, qui montre ce que l’homme peut faire de l’animal. Quant au crâne rose flushy, intitulé Game over… now, il est constitué d’une multitude de petits soldats et de balles. A l’heure où le crâne est devenu un motif tellement utilisé partout qu’il est vidé de son sens, Marc Gaillet le remet au centre d’une réflexion sur les guerres et la destruction de l’homme par l’homme. Détournement aussi, dans la plupart des titres, qui sont bien souvent des titres détournés de films, livres ou autres éléments de la pop culture qui a nourri l’artiste.

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C’est évidemment le cas pour le très durassien Fukushima mon amour, où une créature mi-femme mi-poisson évoque davantage la radiation des eaux par la centrale de Fukushima que la petite Sirène d’Andersen revisitée par Disney…

Bref, chez Marc Gaillet, la façade est belle mais le message est violent, politique, dénonciateur. La plupart du temps, le photographe-plasticien part d’objets véritables, qu’il transforme avant de les intégrer dans une photo. Les petits soldats que l’on retrouve dans la Vanité, le rhino à la corne coupée, la mitraillette sont tous au départ des jouets d’enfants que l’artiste réintroduit dans un univers d’adulte après les avoir fait peindre par un carrossier. Le petit soldat devient ensuite un des constituants du crâne, pendant que le rhino et sa corne coupée se démultiplie et évoque alors irrésistiblement la chasse dont sont victimes bêtement ses animaux pour les soit-disants bienfaits de leur ivoire.


«  Le sujet de chaque oeuvre est muri et modifié mentalement durant des semaines, des mois, voire des années avant la mise en oeuvre. Elles suivent un processus d’évolution suivant le propos et mon ressenti. Je démultiplie dans mes sujets les objets pour en donner une double lecture, proche et globale, afin d’aborder des messages simples et directs. Dénoncer, déconstruire, appuyer là : sur cette névrose systématique et frénétique qu’à l’humain à répéter inexorablement l’incommensurable dans une léthargie étatique ».

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Dans la série Human Nature, Marc Gaillet s’interrogeait évidemment sur les ravages que l’homme cause à sa propre espèce : les guerres, les armes, le formatage des enfants… Un travail violent et de longue haleine qui ne l’a pas laissé indemne.

Désireux de passer à autre chose, il décide alors de prolonger ce qu’il a commencé avec les animaux dès 2015 : le tigre et sa valise, le daim perdu au milieu d’un arrêt de tram, le rhino devenu un chocolat dont on a croqué la dent donnent le ton…

Deux ans après ces premières photos, le plasticien va compléter ce Voyage au bout de l’enfer, dont les sujets centraux sont les animaux… et ce que l’homme leur fait subir.

Les directeurs du zoo du Lunaret, à Montpellier ont trouvé l’approche du plasticien passionnante, et ont noué un partenariat avec lui, lui proposant un accès aux lieux tout en lui laissant carte blanche. Un nouveau défi pour l’artiste qui, pour la série précédente, avait surtout tout imaginé, conçu, fabriqué en atelier avant de transformer ses idées en photo. « Je vais travailler avec le zoo, que les directeurs aiment bien décrire aujourd’hui comme ‘un musée vivant’, un truc où on voit finalement des choses de plus en plus rares, qu’il faut absolument préserver. Je veux en quelque sorte faire un hommage à ces animaux amenés à disparaître ». 

Le lien avec l’art, la représentation, le musée est donc une évidence dans ce projet.

Il est trop tôt en ce début d’année pour préciser encore les choses. L’artiste y travaille, se donne le temps qu’il faut, attend notamment la fin de l’hiver pour pouvoir photographier au mieux certains animaux, peu à leur avantage dans le froid.

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Marc Gaillet compte également faire intervenir certains artistes avec lui, comme le plasticien Van Binh, adepte de la déformation des œuvres par tir à la carabine. Marc Gaillet réfléchit à lui demander de tirer à balle réelle sur une photo de rhinocéros, faisant ainsi exploser le cadre et l’animal.

« Aujourd’hui, pour moi, la photo est une technique parmi d’autres. Je me définis davantage comme plasticien, prêt à utiliser toutes les techniques possibles pour affirmer mon propos ».

Si l’artiste est issu d’une pop-culture, il aime aussi faire référence à des peintres plus classiques, Jérôme Bosch ou les maîtres du clair-obscur : chez l’un, le détail loufoque mais sa signification qui peut renverser le regard, chez les autres, le traitement du sujet par la lumière pour se concentrer sur l’essentiel. L’humour et la profondeur. Ou, comme disait en son temps Victor Hugo, le sublime et le grotesque.

Une fois de plus, des références qui montrent que l’artiste aime concilier les contraires.  Texte : A.D.

VOIR LE TRAVAIL DE MARC GAILLET →


Né à Lille, l’artiste a travaillé longtemps dans le secteur de la publicité et pour d’autres artistes : danseurs et surtout musiciens dans l’univers du rock. En 2008, il décide de se consacrer pleinement à ses créations. 

Marc Gaillet travaille essentiellement dans son atelier, au centre de Montpellier.

Galeries, expo
Galerie Annie Gabrielli, Montpellier
Galerie L’Atelier 55, Megève
Galerie Mark Hachem, Paris, New York, Beirouth.

Découvrez son travail ( 1 œuvre )


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Marc Gaillet
France


Pop art photographie Photomontage

Ajouté le 10 oct. 2019 | Commentaires

FRÉDÉRIC PAUL

Photographe à la manière des peintres anciens

Frédéric Paul travaille la photo comme d’autres travaillent la peinture à l’huile : par « glacis » successifs, permettant de superposer et intégrer dans son œuvre différentes textures, palettes, motifs. Il en résulte un travail spécifique auquel l’artiste a choisi d’apposer un nom spécifique, la pinxophotographie. 

Devant une œuvre de Frédéric Paul, on ne sait trop à quoi on a affaire en matière de technique : du dessin ? de la peinture ? de la photo ? En revanche, on saisit tout de suite l’univers dans lequel l’artiste veut amener le regard : « j’aime travailler sur la réminiscence ou l’évocation. Dans le cerveau, la mémoire est stockée comme un mille-feuille d’images dont l’ordre, la succession ou la prééminence des sujets est déroutant. Mes compositions sont d’une architecture similaire».

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Pour parvenir à donner cette apparence de plongée dans la mémoire, Frédéric Paul a choisi de créer sa propre technique, qu’il a mis au point après avoir beaucoup voyagé, photographié et analysé des œuvres d’art… Et il lui a donné un nom dont l’étymologie permet de comprendre la démarche : la pinxophotographie.

« Je pars d’un écran vierge, fais des dessins sous-jacents, puis, comme pour une peinture à l’huile, je rapporte des touches de textures, de motifs, de formes et de couleurs, si ce n’est qu’au lieu de tremper mon pinceau dans des tubes de peintures, je prélève des pixels d’image puisés dans ma banque de données de photos personnelles. La composition se construit alors par superposition de glacis plus ou moins transparents».

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L’artiste ne fait pas mystère de cette technique et montre sur son site quelques vidéos permettant de visualiser toutes les étapes de la création d’une œuvre. La technique de juxtaposition des touches est simple. C’est la richesse de la palette qui en fait la complexité.

Chaque composition s’inscrit dans une série, un thème de réflexion sociétal, musical ou scientifique et donne une image-mémoire, une évocation ou un billet d’humeur de la question abordée. Certaines de ces séries ont donné lieu à des livres : Maniérisme, People, Jazz, Atmosphères.

ad-limp.jpgLe besoin d’alterner ou combiner écriture et image ne date pas d’hier pour Frédéric Paul, qui varie entre description et évocation, en utilisant parfois la poésie, parfois la pinxophotographie, parfois encore la prose romanesque.

A 23 ans, il édite un recueil de poésie, puis écrit un scénario puis des nouvelles, avant de publier un roman chez Julliard. Plus récemment, l’artiste a sorti un livre, ovni dans l’édition à tel point que les libraires ne savaient trop dans quel rayon le ranger : Alice in Lenscape, « une expérience narrative et artistique, un roman pictural » comme le définit l’artiste : en gros, une histoire qui accompagne l’image, mais des images (200 au total !) qui se nourrissent également du texte, les deux avançant de concert vers la construction du récit. 

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Aujourd’hui, il met la dernière main à un nouveau roman, sans image cette fois… même si ce nouvel ouvrage aura pour héros un peintre.

Photo, texte, peinture… Frédéric Paul aime à mélanger les genres, et utilise avec autant d’aisance le stylet ou le stylo.  Texte : A.D

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Frédéric Paul a eu une carrière variée avant de se consacrer à la création littéraire et picturale. Ce Parisien né en 1950, diplômé de l’Essec, se retrouve entre autre professeur de créativité à l’Escae de Montpellier, avant de diriger des filiales à l’étranger, notamment en Asie. En parallèle de son travail, il voyage dans de nombreux pays et en photographiant de manière assidue ce qui le touche, il jette les bases d’une banque d’images personnelles qui va constituer sa palette.

A 33 ans, il décide de quitter le monde de l’entreprise, et se forme à l’analyse d’œuvres d’art en Toscane. En 1985,  il fonde la société Art Analysis & Research à Hong Kong qui réalise des analyses scientifiques d’œuvres d’art en Asie, notamment pour Christie’s. Les analyses couvrent la micrographie (bois, jades), la radiographie (céramiques, bronzes), la thermoluminescence (datation des poteries). En 1989, Art Analysis adjoint à ses activités d’analyse, le conseil en oeuvres d’art, le montage d’événements contemporains et d’expositions (Sérusier) avec des bureaux à Tokyo et Paris.

Au début des années 2000, il s’installe en Gascogne et se consacre entièrement à la création. Une création qu’il développe dans la continuité de l’analyse scientifique d’oeuvres d’art et qui vise là aussi à faire ressortir des éléments cachés au-delà du visible. Une approche qui aboutit à des compositions qui sonnent comme des évocations. 


protection des images Art numérique pinxophotographie texture

Ajouté le 2 oct. 2019 | Commentaires

PHILIPPE PICQUART

La ville, terrain de destruction et de création

Le photographe Philippe Picquart s’intéresse aux paysages urbains. Mais il n’hésite pas à intervenir sur ses photos noir et blanc pour proposer une interprétation personnelle du lieu.

Philippe Picquart est attiré par les lieux où la vie s’en est allée, par les êtres croisés avant d’être rencontrés. Et notamment par les murs des grandes villes où il traque les témoignages des activités humaines. Les murs : certains vont droit dedans, d’autres les contournent, les plus courageux les abattent, des taggers les signent, des publicitaires les investissent, le temps les use, Philippe Picquart, lui les prend à témoin. Traces ou témoignages, soulignés d’accidents urbains, d’actes volontaires, créatifs ou destructeurs, le photographe a toujours cherché sur les murs les témoignages des activités humaines.

Il sillonne pour cela la planète: Paris, Berlin, Rabat, mais également Riga, Manille, Hanoï ou Bamako.

Mais il intervient ensuite sur ce que la ville peut lui offrir. Première forme d’intervention, assez classique: le choix du Noir et Blanc, qui magnifie et donne tout de suite un cachet intemporel à ses vues urbaines. Mais le photographe-plasticien ne s’arrête pas là: il réintervient une fois chez lui par un travail plastique en intégrant d’autres éléments photographiques, donnant ainsi une dimension plus graphique à l’image d’origine. Ces différentes traces de couleur jaune, en fonction de leur forme et de leur positionnement apportent lumière, énergie et modernité à la photographie. Elles orientent le regard du spectateur, et mettent généralement l’accent sur la force des personnages.

« Et puis dans les années 2000, je me suis installé à Rabat au Maroc et j’ai entamé un travail sur la rupture du jeûne pendant le
Ramadan ». Ce travail, qui permet de mettre l’accent sur les moments de partage entre les Marocains, a donné lieu à une exposition en 2008 puis un livre.

Quel que soit le thème retenu, le photographe-plasticien essaie par son travail “de rendre beau ce qui a priori ne l’est pas, tout en attirant l’attention du spectateur sur l’état d’abandon dans lequel les hommes laissent des sites industriels, culturels, cultuels ». L’œil sensible du photographe transforme les lézardes et les graffitis en tableaux.

« Mon travail peut-être à la fois très spontané mais il peut aussi exiger un long travail de préparation quand il s’agit de faire de longues heures de pistes pour rejoindre un ancien fort abandonné ou de réaliser un travail relevant plus du reportage comme celui sur la rupture du jeûne qui avait nécessité des autorisations pour entrer dans une prison, dans un hôpital ou un orphelinat ».

Un travail à la croisée de deux regards, celui d’un photographe documentaire et celui d’un plasticien.  Texte : A.D

VOIR LE TRAVAIL DE PHILIPPE PICQUART →

Découvrez son travail ( 47 œuvres )



Noir et blanc photographie abstrait Maroc

Ajouté le 2 oct. 2019 | Commentaires

MATHILDE OSCAR

L’atelier photo inspiré de la peinture
 

Les photos sont extrêmement raffinées, mises en scène, baignées dans une lumière qui laisse voir le moindre détail. La femme qui est au coeur de la scène porte des vêtements qui renvoient à des univers connus: souvent des ambiances qui évoquent des peintures (Veermer, Frida Kahlo, Manet, les mangas, ...).

Dans tous les cas, les vêtements, le maquillage, les objets éventuels, le décor ont tous été soigneusement pensés et réalisés par
l’artiste pour donner une cohérence globale à la scène.

Cette approche complète, Mathilde Oscar l’a doit à son parcours, qui lui a permis à la fois d’approfondir l’histoire de l’art et de pratiquer la technique de la peinture avant d’aborder la photo. Elle va y trouver un nouveau souffle qui lui permet d’apporter un nouveau regard sur les apports de l’histoire de l’art.

Depuis, elle a ouvert son studio photo à Cannes, le Tiny Studio, où elle accueille des particuliers et des professionnels pour des portraits à sa manière, d’inspiration très picturale.

“De par mon passé de peintre, et par mon amour pour l’histoire de l’Art, il est presque viscéral pour moi de travailler la photo
comme une peinture, et mon inspiration d’oeuvres connues est un processus de langage, pour parler à la mémoire collective du public. De plus cela me permet de rendre hommage à mes peintres préférés”.

Le détail est d’importance: dans tous les cas également, ses oeuvres sont des recréations respectueuses des modèles de base et en aucun cas de parodie.

Sa première source d’inspiration tourne autour de la figure féminine, si présente dans la peinture classique. Mais très vite, l’aspect contemporain du travail saute aux yeux: la technique photo elle-même signe une œuvre actuelle, mais au-delà, des détails montrent que l’artiste s’inspire d’univers connus pour aller vers des choses plus déroutantes: la jeune fille devant une vieille machine à coudre, dans un intérieur qui renvoie à la peinture flamande du XVIIè, s’est recousu le bras et l’oeuvre s’appelle “la dentelière, la beauté factice”, une autre s’intitule “Cyber Vermeer” et confronte l’attitude pensive d’une jeune femme de l’époque de Vermeer qui lisait une lettre devant sa fenêtre et l’attitude pensive d’une jeune femme actuelle, devant ses écrans… Finalement, les outils changent mais les univers intérieurs demeurent. 

Toutes ces oeuvres sont évidemment mûrement réfléchies: “Mon processus de création débute longtemps avant les ‘shooting’. La photographie ne vient qu’en dernier.  Je ne travaille que par série, et avant de commencer une série, je tiens à planifier la totalité en amont, qui se tiendra en plusieurs volets pour illustrer le thème que j’aurais choisi.

Il n’y a donc pas réellement de spontanéité, mais tout est étudié en amont dans les moindres détails”. Une fois qu’elle a tout planifié, Mathilde Oscar réalise elle-même les décors, les costumes, et les accessoires.

Cette façon de faire très rigoureuse confère à l’ensemble du travail une véritable harmonie: les oeuvres sont “signées” d’une même artiste, c’est une évidence. Et comme cette artiste est elle-même une femme, prendre la femme pour sujet principal,  “c’est aussi comme une multitude d’autoportraits où je me dissimulerais pour montrer le monde sous différents angles”.  Texte : A.D

VOIR LE TRAVAIL DE MATHILDE OSCAR →

Découvrez son travail ( 10 œuvres )



photographie autoportrait inspiration

Ajouté le 30 sept. 2019 | Commentaires

BENOIT DELOMEZ

A première vue, Benoît Delomez est un photographe et plasticien qui aime les plans larges pris en extérieur, que ce soient des paysages naturels ou des vues plus urbaines. A première vue seulement...

Si l’on s’y attarde un peu, on voit vite que ces vues sont souvent habitées, par des individus qui s’y trouvent sans forcément y être à la place que l’on attend, où à la bonne échelle. 

Souvent, les personnages sont vus de haut, de dos, derrière une fenêtre ou de la buée sur la vitre…. L’homme est bien là, mais s’apparente presque à une apparition fantomatique. Résultat, cette présence ne rend pas la scène plus vivante ou plus chaleureuse, mais plus étrange. Les immeubles du quotidien prennent une nouvelle dimension.

“Depuis ces vingt-cinq dernières années, mon travail de photographe/plasticien explore régulièrement le  paysage  au sens naturel et/ou urbain, en mouvement, traversé, magnifié, où l’homme toujours s’y inscrit” précise ainsi l’artiste. 

Son travail séduit à la fois les entreprises et les collectivités, car il oblige le spectateur à s’interroger sur le sens de ce qu’il voit. Benoît Delomez a ainsi travaillé avec des scolaires, mais aussi pour le compte de grandes sociétés pour qui il a organisé des expositions ou des événementiels.

“L’utilisation de techniques mixtes est permanente dans mon travail d’installations photographiques ; le miroir, le volume sont introduits dans ou sur l’image, retenus individuellement ou en association pour leurs caractéristiques polysémiques et même physiques. L’association photo/miroir y joue pleinement son rôle de surfaces sensibles, intégrant un autre espace, capturant une image fragmentée où flottent derrière d’autres événements, d’autres mouvements, en bousculant les repères habituels de lecture”.

L’artiste travaille donc une photo qui dérange, qui interroge. Mais il poursuit ses questionnements dans un travail de plasticien, qui explore par des voies différentes ces mêmes problématiques: “Ma démarche est en lien direct avec notre espace immédiat, l’interrogeant dans ses spécificités environnementales, architecturales, et particulièrement en tant que vecteur de communication et de rencontres. La réflexion que j’engage part du lieu choisi et se poursuit le plus souvent dans des installations « in situ » liées à des résidences d’artistes”.

Et que ce soit en France (et notamment en Normandie, où il réside), en Allemagne ou en Corée du Sud, ses installations s’inscrivent dans la continuité de son travail de photographe: l’être humain est là, tout en étant la plupart du temps évoqué, jamais au centre de l’oeuvre.                  Texte :   A.D

VOIR LE TRAVAIL DE BENOIT  DELOMEZ  →

Découvrez son travail ( 58 œuvres )



photographie landart cheveux coiffure architecture

Ajouté le 23 sept. 2019 | Commentaires

JEREMY CLAUSSE

Il ne vous dira pas d’où il vient, il ne vous dira pas où il va...Difficile dans ces cas-là de le présenter. Le présenter lui donnerait un contour, une forme, une limite, une cloison...collision ! Se libérer, voici la quête... de ce rêveur aux intuitions - irréalistes !

Auteur photographe français, né dans le Nord de la France en 1977, les pieds sur Terre et la tête bien dans les étoiles. Après une maîtrise en Économie Internationale, il obtient un Diplôme d’Études Supérieures Spécialisé en Gestion des Situations d’Urgence. Il commence son activité professionnelle en Guyane Française où il a l’opportunité de réaliser des missions très intéressantes (campagne de rattrapage vaccinale auprès des populations amérindiennes, mission d’étude sur l’impact du mercure sur les populations, gestion d’une structure de lutte contre le sida et de soutien aux personnes infectées par la VIH). Rien à voir avec la photographie et pourtant... L’appareil photo commence à cette époque à accompagner ses voyages (Brésil, Argentine, Paraguay, Guyana…). Mais ce n’est qu’en 2007 qu’il commence à s’intéresser au pouvoir de la photo, à ce qu’elle peut véhiculer et permet de partager – Une rencontre très enrichissante avec Madame Augier au Negresco, qui en acquérant une de ses œuvres, fait définitivement entrer la photographie dans sa vie.

La sensibilisation à l’environnement est un sujet assez récurrent dans son travail. Sur ce sujet, il se sent assez proche du concept de “sobriété heureuse” développé par Pierre Rabhi. Face à la société de la surabondance sans joie et non sans misère matérielle dans laquelle les pays dits développés sont enlisés, la “sobriété heureuse” représente une alternative réaliste. La Liberté est également une notion fondamentale pour lui. En effet, tandis que la censure en Syrie, en Russie et en Chine résulte immédiatement du désir du régime politique de museler l’expression artistique, des exemples de censure continuent d’apparaître dans des régions habituellement censées promouvoir activement la liberté de parole remarque-t-il. La France n’est pas épargnée. 

Là où certains dirigeants politiques veulent “fermer portes et fenêtres de la création”, il pense à l’opposé qu’il faut les ouvrir pour aérer les esprits troublés et meurtris. Pour lui, le fait que l’art soit encore en mesure de provoquer des troubles politiques, de violents débats et protestations, est la preuve de son pouvoir et de sa valeur. C’est aussi la mise en évidence de sa complexité ; inextricablement lié aux notions de liberté, vérité et justice, l’art semble destiné à continuer d’attirer l’attention de ceux qui le préféreraient réduit au silence. Il considère qu’il est de la responsabilité des créateurs (photographes, cinéastes, peintres, chanteurs, graffeurs ...) de continuer à créer ne serait-ce que pour lutter contre ces événements du 13 novembre 2015 mais aussi contre toutes formes qui s’y apparentent. 

Son approche n’est pas linéaire. Il part avec deux trois idées dans la poche. En général, celles-ci feront écho à un fait de société. Il choisit ensuite une sélection de musique qui guide ses pas et capture des images qu’il utilise en totalité ou en partie afin de les mettre au service d’une idée à véhiculer. Ensuite il laisse son imagination faire le reste.

Jérémy Clausse est passé maître dans l’art de nous sensibiliser et de nous interroger sur le monde qui nous entoure grâce à ses images percutantes. Mais il réussit aussi à  nous charmer en nous faisant voyager dans un monde imaginaire qu’il a créé de toutes pièces.

 VOIR LE TRAVAIL DE JEREMY CLAUSSE →

Découvrez son travail ( 40 œuvres )



photographie manipulé imaginaire bigbrother architecture

Ajouté le 20 sept. 2019 | Commentaires

SALVATORE AVALLONE

Son désir a toujours été de servir Dieu, sa passion la photographie. Après avoir longtemps conjugué les deux c’est finalement dans l’océan Indien sur l’île de Madagascar que Salvatore Avallone a “posé ses objectifs”.

Après avoir commencé des études à l’université, Salvatore Avallone décide de passer de la « physique de la matière » à celle de l’esprit en devenant prêtre. Il étudie alors la philosophie, la théologie et l’éducation; domaines qui vont l’occuper pendent plus de trente ans. Il va s’occuper de nombreux projets avec des enfants en Italie, puis à partir de 2000 à Madagascar où il est nommé missionnaire. À 52 ans, suite à des profondes divergences sur l’interprétation de textes religieux fondamentaux et pour rester en cohérence avec ses idées, il quitte l’habit de prêtre et se marie, se retrouvant alors sans argent, sans toit ni travail. De cette union naquirent deux enfants.

La photographie a toujours été sa passion depuis sa tendre jeunesse. Il se souvient même avoir été blâmé pendant ses études au séminaire pour passer trop de temps à la photographie. Il allait ainsi régulièrement voir les expositions de l’Agora à Turin et achetait des livres : Weston, Kertetz, Rodchenko, Brandt. C’est à cette période qu’il a réalisé sa première série de photos abstraites.

Photographier à Madagascar et dans la brousse est un exercice difficile. Dans beaucoup d’endroits la photographie est taboue. Il faut alors faire attention ! Un jour un homme a lancé contre lui une charrette tirée par deux bœufs car il ne voulait pas être pris en photo. Certains refusent d’être pris en photo car ils ont peur que la photo puisse être utilisée contre eux par des sorciers. Mais d’autres acceptent cela plutôt bien.


Beaucoup de ses photos sont prises directement sans regarder dans le viseur, l’œil se focalisant alors sur la scène elle-même. C’est ce qui permet de photographier d’une façon simple, directe, en saisissant la spontanéité de l’expression, du geste, ou de la composition de la scène qui se présente.


Son travail photographique se base sur une recherche personnelle. De par sa formation l’Homme l’a toujours intéressé, comme un être qui cache un potentiel qui va au de la de l’apparence. Mais dit-il : « Si je devais trouver un dénominateur commun à mes photos, alors je dirais que c’est : La Vie ».

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Découvrez son travail ( 251 œuvres )



Photographie Madagascar enfants jeux marché mer océan

Ajouté le 19 sept. 2019 | Commentaires

SEKHMET

Tout près de la belle ville de Saumur, sur les bords de la Loire, il est une forêt pas comme les autres. Partons à la rencontre d’une artiste différente.

Mon regard fut attiré par d’étranges traces blanches sur des troncs d’arbres. Je m’approchais, et ces traces se transformèrent en un lapin. Je continuai mon chemin et je tombais nez à nez avec une jeune femme en train de dessiner à la craie.

Je m’approchais et fis connaissance. Elle s’appelait Sekhmet — une déesse égyptienne dans les forêts d’Anjou ! Face à mon regard interloqué, elle me dit : “Sekhmet, c’est la déesse dualiste par excellence, destructrice et créatrice. D’une certaine manière un peu comme nous tous”. Je continuais à marcher avec elle, et je découvrais à chaque “coin de chemin” de nouvelles réalisations.

Pour la petite (ou grande) histoire, c’est après différentes formations qu’elle décida de se lancer dans la photographie — seul moyen à ses yeux de donner pleinement vie à son monde intérieur. La découverte du land art et de l’artiste Nils Udo vont déclencher sa vocation. Et à partir de l’été 2015, les forêts de son enfance vont commencer à se peupler de ses peintures (réalisés à partir de matériaux biodégradables — craie ou chaux). Le land art me dit-elle est le juste court des choses, l’oeuvre naît, vit et meurt, tel nous autres humains.

En continuant, nous arrivâmes dans une prairie. Sekhmet commença à dessiner un cheval à base de chaux et de pâte à feu puis mit le feu à sa crinière et à ses sabots. La nuit commençant à tomber, nous sortîmes lentement du sous-bois et elle me parla de ses autres réalisations dans des friches industrielles mélangeant street art, anamorphose et light painting.

C’est à la fin de notre rencontre qu’elle me dit ces paroles qui m’ont profondément marqué : “Il y a de la beauté en toute chose, il suffit de prendre le temps de l’observer et de parfois se placer selon le point de vue adapté pour la percevoir. D’où mon attirance pour l’anamorphose.

Comme dans la vie, parfois l’on ne perçoit pas les choses tant que nous ne nous trouvons pas dans le bon axe. Sorte de cache-cache que nous jouons sans nous en rendre compte avec le monde. Il suffit parfois de changer de point de vue pour saisir enfin l’image.”

Comment Sekhmet réalise-t-elle ses anamorphoses?

En général elle ne sait pas ce qu’elle va réaliser avant d’avoir trouvé le lieu. C’est comme si les arbres ou les murs appelaient à une certaine image. Lorsqu’elle trouve le lieu, l’image s’impose à elle. Elle voit l’oeuvre finit avant d’avoir commencé. Ensuite seulement elle fait le travail préparatoire du dessin pour s’approcher de l’image finale qu’elle a l’esprit. Elle réalise son image sur l’ordinateur à l’aide d’une tablette graphique et d’un logiciel de travail de l’image. Le fichier obtenu lui sert ensuite pour la projection. À l’aide d’un vidéoprojecteur elle va ébaucher les contours nécessaires à la réalisation de la peinture. De ce fait elle peint uniquement de nuit et elle fait les retouches le jour.

VOIR LE TRAVAIL DE SEKHMET →

Découvrez son travail ( 30 œuvres )


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Sekhmet
France


anamorphose lapin collage photographie lightpainting