Ajouté le 19 févr. 2020 | Commentaires

PRISCILLE DEBORA

Des individus prêts à se marcher dessus pour être sur la toile

Chez Priscille Deborah, cela grouille de vie.  Les personnages émergent du chaos, et jouent presque des coudes pour figurer dans la scène, sans pour autant prendre la pose. la vie avant tout, colorée, étouffante, parfois absurde.

Les toiles sont grandes, les couleurs gaies, les personnages semblent en activité, heureux en groupe, dansant, bougeant. Ils ne sont pas beaux, ils sont parfois juste évoqués, mais il émane de ces scènes quelque chose de vivant, qui peut évoquer les bizarreries d’Ensor, ou les nefs des fous du Moyen-âge.

Priscille Deborah est peintre, et aime avant tout des présences vivantes, la plupart du temps des êtres humains, parfois des formes plus animales ou plus fantomatiques. « Et je dois dire qu’il y a de plus en plus de personnages dans mes toiles et que ces personnages sont de plus en plus délurés, festifs! ». Comme s’ils lui échappaient.

Le côté spontané, brut, à peine esquissé des personnages vient tout droit de la technique employée par l’artiste: « Ma vraie peinture, c’est le travail à l’huile qui va fouiller la matière. Je ne sais jamais ce que je vais faire quand je commence une toile. Je ne veux pas partir dans le mental, dans des questionnements trop lourds, théoriques. Je pars donc toujours d’un visuel existant, soit quelque chose que je vois, soit une photo. Si c’est un arbre, j’essaie de me perdre dans les aspérités du feuillage, du tronc, de rester le plus libre possible. Le plus proche du réel, même si ensuite je m’en éloigne. Si je prends un modèle vivant, je ne prendrai pas tout son corps. Je vais plisser les yeux, retenir des impressions différentes, pour éventuellement évoquer plusieurs corps. Si c’est une photo, je peux très bien la mettre à l’envers pour ne m’inspirer que des taches et des lignes». 

Le geste libre, mais à partir d’un motif. Peu importe le motif, ce qui compte, c’est que l’attention soit fixée au départ sur des éléments existants, l’harmonie des couleurs ou l’équilibre des lignes.

Cette méthode a plusieurs avantages. Un, très simple pour commencer: l’artiste ne connaît pas l’angoisse du démarrage, de la « page blanche »; un autre, plus important: la primeur du médium sur le message. Ce qui l’intéresse, c’est de sortir des expressions par la peinture, de trouver dans ce mode d’expression une forme qui lui est propre.

L’artiste ne se contente pas de peindre à l’huile, elle multiplie également les travaux sur papier, les encres, les collages. Tout comme elle fusionne différents éléments que lui inspire un motif de base, de même elle fusionne et entremêle les techniques jusqu’à trouver les éléments qui feront rentrer l’oeuvre dans son univers, fait de cette humanité grouillante et un peu envahissante. L’homme n’est rien sans ses congénères, mais l’homme doit lutter en permanence pour ne pas se faire étouffer par ses semblables.

Pour ne pas se répéter, Priscille Deborah aime aussi les performances, travailler devant un public. « Je fais alors des oeuvres qui sont différentes de ce que je réalise en atelier. Devant un public, il faut être rapide, spontané, ne pas trop se poser de question, il faut qu’en une demi-heure, le public qui vous suit voit quelque chose émerger de la toile.

La performance représente alors une espèce de mise en danger, qui convient bien à cette artiste, qui a beaucoup donné pour parvenir enfin à vivre de sa passion.   Texte : A.D

VOIR LE TRAVAIL DE PRISCILLE DEBORA →

La peinture, une renaissance
Priscille Deborah a un parcours particulier: cette parisienne a toujours peint, mais s’est néanmoins engagée sur une voie professionnelle toute autre à la sortie d’une bonne école de commerce. La voilà qui travaille dans l’univers du cinéma, un bon métier, un secteur qui peut faire des envieux.

Mais elle ne trouve pas sa voie, elle se trouve dans une impasse, ne trouve pas la solution et décide d’en finir.

Elle en ressort, mais y laisse une partie de sa santé. La renaissance cette fois-ci passera par la peinture, qui ne l’a plus quitté. Pour symboliser ce nouveau départ, un nouveau nom: “J’ai pris un pseudo, car je trouve que mon parcours, mon nouveau départ dans la peinture se reflète dans ce choix: deux prénoms, autrement dit prendre pour nom un deuxième prénom pour nom: c’est ce que l’on faisait dans les siècles précédents quand un enfant n’avait pas de famille”.

Sans faire de sa peinture une lecture trop biographique, il est évident que ce n’est sans doute pas un hasard si les oeuvres débordent de vie et de personnages.

Découvrez son travail ( 10 œuvres )



Peinture personnages portrait

Ajouté le 11 oct. 2019 | Commentaires

GAËTAN DE SÉGUIN

Gaëtan de Séguin : Le singulier et le multiples

Gaëtan de Séguin aime peindre des personnages, qu’il multiplie volontiers pour en faire des foules. Plus récemment, il a peint des paysages… un par toile, mais a choisi ensuite d’associer ces toiles pour en faire des « foules de paysages ». Rencontre avec un artiste qui aime cette confrontation entre le singulier et le multiple, quel que soit le sujet.

En janvier 2015, des terroristes font irruption dans la rédaction de Charlie Hebdo et tuent plusieurs personnes dont les dessinateurs emblématiques du titre.  Dans ses terres audoises, Gaëtan de Séguin qui a toujours peint des personnages ou des silhouettes humaines depuis son enfance, réagit immédiatement avec son pinceau : « J'ai tout de suite eu envie de voir mes personnages se rassembler et déborder de la toile. Des foules denses ou clairsemées, gaies, dignes, silencieuses ou rugissantes, poignantes ou abjectes, etc... ».

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Les foules apparaissent. Des personnages nombreux sur la toile, mais qui ne fonctionnent que par leur intégration à l’ensemble. Parfois, ils sont rapidement individualisés (des stries, des rayures de couleurs différentes, des cercles, mais quasiment jamais de visages), mais le travail reste un travail sur la masse : « Je recouvre ma toile d’une couleur dominante très dense, presque criarde. Ensuite cette sous-couche est entièrement recouverte. La tonalité redevient claire et les teintes se fondent dans un camaïeu de gris colorés. A partir de là je peux commencer à peindre en ajoutant ou en soustrayant de la matière. La musique que j’écoute alors va rythmer l’apparition du groupe. En grattant avec les outils les plus divers je peins tout autant qu’avec brosses et pinceaux. Chaque aspérité, chaque rayure est un motif unique qui caractérise l’individu tout autant qu’il lui permet de se fondre dans une dimension beaucoup plus globale et abstraite ».

A ses peintures, l’artiste va bientôt rajouter des foules en relief, en travaillant avec son voisin, ébéniste, et créateur de mobilier contemporain Eric Blanc. Celui-ci a des idées à revendre et un outillage qui lui permet un travail de découpe pointu dans différents matériaux dont le corian. Les panneaux de bois prolongent les peintures : une même famille de foules, parfois en couleurs, parfois en relief, mais qui se donnent pour ce qu’elles sont, une masse, un ensemble dont il est difficile d’extraire un individu. C’est tellement évident que dans sa dernière exposition, au printemps 2017 à l’Abbaye Saint André de Villeneuve-les-Avignon (30), l’artiste avait réalisé un triptyque composé d’une foule… en invitant les visiteurs à personnaliser chacun des personnages, à l’aide de feutres à disposition.

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Et puis de temps en temps, certains personnages s’extraient de la foule. La toile choisit alors le personnage comme sujet à part entière, mais la foule reste présente, parfois en filigrane discret dans le fond du tableau. L’individu tire sa singularité du seul fait de sortir de cette masse qui sature l’horizon. Il n’a pas forcément de visage, mais il a une activité : il joue, il médite, il retrouve une vie de couple, etc. La vie reprend ses droits.

Plus récemment, l’artiste a poursuivi ce travail sur le singulier et le multiple, mais appliqué aux paysages. Gaétan de Seguin peint volontiers des paysages, c’est même une nécessité pour son équilibre : il vit au milieu de la campagne audoise et cet environnement est au cœur de son travail. Contrairement aux foules, où c’est le multiple qui a mené à l’individu, ici c’est l’inverse : le peintre peint un petit paysage, sur un petit format (20 x 20), puis un autre sur une autre toile, encore un autre, sur une troisième toile, indépendante des deux premières. Comme dans ses grands paysages, l’artiste aime à animer ses paysages par une présence humaine, plus ou moins précise, plus ou moins fantomatique. Chaque petit carré est ainsi une scène qui se suffit à elle-même.

Mais l’artiste a été repris par l’envie d’assembler, de réunir, de faire se dialoguer ces différentes scènes.  Il a donc commencé à les étaler devant lui, et à chercher comment elles pourraient dialoguer entre elles :  « Je n’ai pas conçus ces paysages pour cela au départ, mais je cherche jusqu’à ce que je trouve des tableaux qui se répondent, le plus souvent par la tonalité, mais parfois aussi par le jeu des lignes de construction». Et voilà comment ces paysages sont devenus des morceaux d’une œuvre plus complexe, composée de neuf, voire de 16 pièces, qui, assemblés, semblent donner un aperçu d’un lieu vu sous différents angles. Ce ne sont plus les personnages qui se pressent tous pour rentrer dans la toile, ce sont les toiles qui se serrent les unes contre les autres pour proposer un patchwork qui renouvelle le regard.

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En parallèle de ce travail de peintre, la collaboration avec l’ébéniste Eric Blanc a donné naissance à un nouveau travail : « Avec notre travail à quatre mains sur les foules, j’ai pu voir comment le corian est vraiment un matériau qui se prête à toutes les fantaisies ». Après avoir découpé des silhouettes de foules, les deux hommes ont adapté le principe à la création de plusieurs meubles contemporains qui ont séduit la galerie Mougin, située rue de Lille à Paris et qui n’expose que des meubles uniques. Les deux artistes sont en train de concevoir ensemble une troisième création… le début d’un nouvel ensemble.  Texte : A.D

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Gaëtan de Séguin est né en 1971 à Montpellier au sein d’une famille de cinq enfants. 

Un peu d’école, un peu de service militaire, une formation artistique (ESAG Penninghen), puis différents métiers liés de près ou de loin au dessin et enfin le choix plus radical de la peinture. 

« Depuis toujours j’ai souhaité deux choses : vivre dans un endroit bien précis et «vivre» de ma peinture » : l’artiste vit et travaille donc entouré des siens (sa femme et ses trois enfants) dans une maison/atelier qu’il a bâtie sur une période de dix ans, à Marcorignan, près de Narbonne.

Galeries

Actuellement représenté par
- la Galerie Visiodellarte à New York
- la Galerie MMB à Avignon
 - la Galerie Mougin à Paris


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