Ajouté le 19 nov. 2019 | Commentaires

HABIB HASNAOUI

Ecartelé entre deux pays qui se tournent le dos

Habib Hasnaoui vit entre deux rives: la France, où il est né, a fait ses études et où il s’est maintenant installé. Et, dans l’intervalle, l’Algérie, dont sont originaires ses parents, où il a fait son service militaire et a décroché son premier emploi pendant les années de guerre civile.
Son oeuvre tente à la fois de rendre compte de ce drame et de dire l’impossibilité d’appartenir à deux terres à la fois.

Qu’il soit en France, qu’il soit en Algérie, Habib Hasnaoui est un éternel exilé, et sa peinture s’en ressent. D’abord dans les thèmes, avec ces nombreux ports, ces bateaux, précis ou esquissés, ces quais où l’on part et où l’on arrive, mais aussi ces installations qui évoquent des tragédies algériennes..

lavalise-60x90x20-barbeles-cuir.jpg

Elle s’en ressent aussi dans les matières: des couleurs de terres méditerranéennes, mais également des mélanges de matériaux naturels et d’ajouts de matériaux industriels, comme venant de deux mondes différents, des techniques mixtes sans cesse renouvelées pour montrer que rien n’est figé, que tout se joue “dans un entre-deux”... Des traces d’écriture latine et des signes qui évoquent l’arabe, sans en être vraiment: l’artiste ne maîtrise pas l’écriture arabe, mais tient à évoquer ainsi les deux mondes, et peut-être aussi sa propre mère, restée analphabète toute sa vie.

Mais l’artiste n’en reste pas à la confrontation des deux mondes. Une fois revenu en France, il a eu besoin d’affronter la tragédie algérienne: “Quand je suis arrivé d’Algérie pour me réinstaller en France, c’était en 2000: l’Algérie sortait quand même de dix années de guerre civile. J’ai été meurtri dans ma chair et j’ai eu besoin d’évacuer tout cela”.

lessages-90x150-tm.jpg

Parmi les oeuvres qui évoquent le plus directement cette période, l’installation Tibhirine, sur laquelle il a travaillé trois ans, en hommage aux moines assassinés par les islamistes: “J’étais à Médéa quand cela est arrivé, dans ce qu’on appelait alors ‘le triangle de la mort’, par loin du monastère”. Vingt ans après les faits, l’artiste a donné sa version de ce drame, cet assassinat, d’une simplicité effrayante, dans une oeuvre elle-même « simple et digne, occultant volontairement la violence et la barbarie du crime» : sept sacs en chanvre, accrochés à sept cintres tous différents, comme pouvaient l’être ces sept moines. Ces cintres eux-mêmes suspendus à une corde qui finit au sol dans un sac de noeuds.

Tout aussi frappant, cette valise faite de barbelés, qui désigne à la fois le désir de partir et son impossibilité.

Dans une troisième oeuvre, l’artiste évoque un drame qui parle à tous les Algériens, peut-être moins aux Français: le massacre de Ramka, qui s’est produit en 1998, au cours duquel un millier de personnes ont été égorgées par le Groupe Islamique armé. “Je devais en parler”, dit simplement l’artiste qui a choisi pour ce faire de prendre un vecteur qui parle aux Occidentaux: le Guernica de Picasso.

Voilà pour le volet le plus violent de son travail, sa façon à lui de ne pas fermer les yeux, de témoigner par son art de ce qu’il a vécu.

portefaix-130x97-tm.jpg

Quand il évoque plus simplement l’exil, les oeuvres ne sont pas pour autant apaisées. Dans la série “Ports et exode”, la mer est bien souvent rouge, les environs restent souvent lointains, au mieux imprécis, au pire inaccessibles. De Marseille, on voit clairement les bateaux, mais on n’aperçoit que très légèrement, au loin, Notre Dame de la Garde. 

Oran, Alger, Marseille… “Deux pays qui se tournent le dos”.

Aujourd’hui, l’artiste fait beaucoup de personnages, des visages, des portefaix, des gens qui portent des choses sur leur dos. Bref, des gens pour qui la vie n’est pas de tout repos. “Si l’art est fait pour rendre compte de ce qui est joli et beau, cela ne m’intéresse pas vraiment”, poursuit cet artiste, qui ressent les difficultés qu’il y a à vivre et qui ne cherche qu’à les faire partager dans son oeuvre.

VOIR LE TRAVAIL DE HABIB HASNAOUI  →

Habib Hasnaoui est né en Algérie et a fait ses études en France. Il a ensuite fait son service militaire en Algérie où il a décidé de rester travailler en tant que dessinateur industriel, à une période difficile où le pays était plongé dans la guerre civile. 

Il est revenu en France, s’installer dans le Tarn où il se consacre désormais entièrement à son travail d’artiste. Quand j’étais dessinateur industriel en Algérie, j’étais amené finalement à faire des collages et des découpages. C’est sans doute par ce biais-là que je suis passé à l’art. Aujourd’hui, il varie encore plus les techniques, ne s’interdisant rien: peintures, installations, acrylique, collages, techniques mixtes, etc. 

Il a enrichi encore les techniques en travaillant sur les ajouts de matière: ‘j’aime rajouter des microbilles de verres aux pigments ou au vernis, quand j’ai besoin de donner de la matière à certaines toiles. Je mets plusieurs couches, mais après, je gratte, j’enlève, pour parfois retrouver les couches inférieures”.

Expo 2018...

L’artiste va exposer en septembre au musée de Ferrières, dans le cadre de l’exposition Exils et refuge. L’exposition comprendra également des oeuvres du peintre irakien Genjo Selwa, les œuvres du peintre  espagnol Francisco Bajen (décédé en 2014), les œuvres du peintre  estonien Nicolaï Greschny (décédé en 1985.) 

Découvrez son travail ( 21 œuvres )


img-circle profile_picture

Habib Hasnaoui
Mazamet, France


valise peinture sculpture pays visages figuratif

Ajouté le 11 oct. 2019 | Commentaires

GAËTAN DE SÉGUIN

Gaëtan de Séguin : Le singulier et le multiples

Gaëtan de Séguin aime peindre des personnages, qu’il multiplie volontiers pour en faire des foules. Plus récemment, il a peint des paysages… un par toile, mais a choisi ensuite d’associer ces toiles pour en faire des « foules de paysages ». Rencontre avec un artiste qui aime cette confrontation entre le singulier et le multiple, quel que soit le sujet.

En janvier 2015, des terroristes font irruption dans la rédaction de Charlie Hebdo et tuent plusieurs personnes dont les dessinateurs emblématiques du titre.  Dans ses terres audoises, Gaëtan de Séguin qui a toujours peint des personnages ou des silhouettes humaines depuis son enfance, réagit immédiatement avec son pinceau : « J'ai tout de suite eu envie de voir mes personnages se rassembler et déborder de la toile. Des foules denses ou clairsemées, gaies, dignes, silencieuses ou rugissantes, poignantes ou abjectes, etc... ».

jb-roubinet-meuble00016.jpg

Les foules apparaissent. Des personnages nombreux sur la toile, mais qui ne fonctionnent que par leur intégration à l’ensemble. Parfois, ils sont rapidement individualisés (des stries, des rayures de couleurs différentes, des cercles, mais quasiment jamais de visages), mais le travail reste un travail sur la masse : « Je recouvre ma toile d’une couleur dominante très dense, presque criarde. Ensuite cette sous-couche est entièrement recouverte. La tonalité redevient claire et les teintes se fondent dans un camaïeu de gris colorés. A partir de là je peux commencer à peindre en ajoutant ou en soustrayant de la matière. La musique que j’écoute alors va rythmer l’apparition du groupe. En grattant avec les outils les plus divers je peins tout autant qu’avec brosses et pinceaux. Chaque aspérité, chaque rayure est un motif unique qui caractérise l’individu tout autant qu’il lui permet de se fondre dans une dimension beaucoup plus globale et abstraite ».

A ses peintures, l’artiste va bientôt rajouter des foules en relief, en travaillant avec son voisin, ébéniste, et créateur de mobilier contemporain Eric Blanc. Celui-ci a des idées à revendre et un outillage qui lui permet un travail de découpe pointu dans différents matériaux dont le corian. Les panneaux de bois prolongent les peintures : une même famille de foules, parfois en couleurs, parfois en relief, mais qui se donnent pour ce qu’elles sont, une masse, un ensemble dont il est difficile d’extraire un individu. C’est tellement évident que dans sa dernière exposition, au printemps 2017 à l’Abbaye Saint André de Villeneuve-les-Avignon (30), l’artiste avait réalisé un triptyque composé d’une foule… en invitant les visiteurs à personnaliser chacun des personnages, à l’aide de feutres à disposition.

jb-roubinet-meuble00011.jpg

Et puis de temps en temps, certains personnages s’extraient de la foule. La toile choisit alors le personnage comme sujet à part entière, mais la foule reste présente, parfois en filigrane discret dans le fond du tableau. L’individu tire sa singularité du seul fait de sortir de cette masse qui sature l’horizon. Il n’a pas forcément de visage, mais il a une activité : il joue, il médite, il retrouve une vie de couple, etc. La vie reprend ses droits.

Plus récemment, l’artiste a poursuivi ce travail sur le singulier et le multiple, mais appliqué aux paysages. Gaétan de Seguin peint volontiers des paysages, c’est même une nécessité pour son équilibre : il vit au milieu de la campagne audoise et cet environnement est au cœur de son travail. Contrairement aux foules, où c’est le multiple qui a mené à l’individu, ici c’est l’inverse : le peintre peint un petit paysage, sur un petit format (20 x 20), puis un autre sur une autre toile, encore un autre, sur une troisième toile, indépendante des deux premières. Comme dans ses grands paysages, l’artiste aime à animer ses paysages par une présence humaine, plus ou moins précise, plus ou moins fantomatique. Chaque petit carré est ainsi une scène qui se suffit à elle-même.

Mais l’artiste a été repris par l’envie d’assembler, de réunir, de faire se dialoguer ces différentes scènes.  Il a donc commencé à les étaler devant lui, et à chercher comment elles pourraient dialoguer entre elles :  « Je n’ai pas conçus ces paysages pour cela au départ, mais je cherche jusqu’à ce que je trouve des tableaux qui se répondent, le plus souvent par la tonalité, mais parfois aussi par le jeu des lignes de construction». Et voilà comment ces paysages sont devenus des morceaux d’une œuvre plus complexe, composée de neuf, voire de 16 pièces, qui, assemblés, semblent donner un aperçu d’un lieu vu sous différents angles. Ce ne sont plus les personnages qui se pressent tous pour rentrer dans la toile, ce sont les toiles qui se serrent les unes contre les autres pour proposer un patchwork qui renouvelle le regard.

jb-roubinet-meuble00001.jpg

En parallèle de ce travail de peintre, la collaboration avec l’ébéniste Eric Blanc a donné naissance à un nouveau travail : « Avec notre travail à quatre mains sur les foules, j’ai pu voir comment le corian est vraiment un matériau qui se prête à toutes les fantaisies ». Après avoir découpé des silhouettes de foules, les deux hommes ont adapté le principe à la création de plusieurs meubles contemporains qui ont séduit la galerie Mougin, située rue de Lille à Paris et qui n’expose que des meubles uniques. Les deux artistes sont en train de concevoir ensemble une troisième création… le début d’un nouvel ensemble.  Texte : A.D

INTÉRESSÉ PAR DES ŒUVRES ? CONTACTEZ NOUS →

Gaëtan de Séguin est né en 1971 à Montpellier au sein d’une famille de cinq enfants. 

Un peu d’école, un peu de service militaire, une formation artistique (ESAG Penninghen), puis différents métiers liés de près ou de loin au dessin et enfin le choix plus radical de la peinture. 

« Depuis toujours j’ai souhaité deux choses : vivre dans un endroit bien précis et «vivre» de ma peinture » : l’artiste vit et travaille donc entouré des siens (sa femme et ses trois enfants) dans une maison/atelier qu’il a bâtie sur une période de dix ans, à Marcorignan, près de Narbonne.

Galeries

Actuellement représenté par
- la Galerie Visiodellarte à New York
- la Galerie MMB à Avignon
 - la Galerie Mougin à Paris


sculpture personnages paysage meubles

Ajouté le 14 sept. 2015 | Commentaires

Une œuvre, une histoire - La seule différence entre moi et les surréalistes, c'est que moi je suis surréaliste.

UNE ŒUVRE, UNE HISTOIRE

C’est en  1995 que Christian Girault a visité le sud de la Bolivie où les paysages désertiques sont parfois hallucinants. Il ne le savait pas à l’époque, mais une partie de ces déserts est appelée le désert de Dali, en raison des formes improbables de ses rochers, rappelant des éléments des tableaux de Salvador.

Travaillant dans l’informatique et le secteur bancaire, c’est seulement en 2008 que Christian Girault décide de changer de vie pour se consacrer à sa passion première : la peinture. Son approche est originale et il travaille principalement sur des compositions photographiques qu’il réalise comme story-board préalable à l’œuvre. Il se définit comme un "cinéaste sur toile", tant le scénario est généralement le moteur de l’action qui va suivre sur la toile.




Pouvant laisser sédimenter une idée dans son esprit durant une année et la reprendre au moment jugé opportun, il lui est donc devenu évident d’associer ce paysage bolivien à Dali. C’est en hommage au génie, mais aussi au côté impertinent de Dali, d’où sa présence théâtrale et pour tout dire surréaliste sur la toile. En véritable "cinéaste sur toile", il joue avec le noir et blanc du paysage et la couleur du rocher. Mais Dali, devait-il être en couleur ou en noir et blanc ? Que pouvait apporter la couleur à une apparition surréaliste de Dali ? En définitive, le fait que Dali jeune vivait au moment de la photo noir et blanc a fait qu’il est représenté en noir et blanc. Restait à trouver le lien entre lui et le rocher…

Découvrez son travail ( 144 œuvres )



Peinture Huile Surréalisme Toile Paysage Célébrité Nature Noir et blanc Dali Bolivie Sud-Lipez Lipez rocher noir et blanc bleu ocre peintre surrealiste espace delire paysage

Ajouté le 14 sept. 2015 | Commentaires (1)

Une œuvre, une histoire - Lines of water d'Alexander Shumtsov

 

 

 

 
 
 

UNE ŒUVRE, UNE HISTOIRE

LINES OF WATER (LIGNES D'EAU) - ALEXANDER SHUMTSOV

Quel nom étrange ! Ou plutôt quel pseudonyme étrange ! Votsmush est en fait l'anagramme de Shumtsov, son véritable nom de famille. Il aime par-dessus tout mettre les choses sans dessus dessous, c'est même devenu un principe de vie pour cet artiste aquarelliste diplômé de l'École des beaux-arts de Crimée et qui vit actuellement entre Sébastopol et Moscou.

 


 

 

Ce soir-là, c'était la fête de l'eau. Alexander Votsmush avec quelques amis ont plongé de grandes feuilles de papier dans l'eau de la rivière, puis se sont jetés à l'eau. Allongés sur les feuilles de papier, ils se sont laissé porter par le courant jusqu'au pont. Une fois sortis de l'eau, ils ont déposé les feuilles de papier sur le parapet du pont et ils sont tranquillement rentrés dîner. C'était le papier qui servit de support à la création du tableau  "Lines of water" (Lignes d'eau) .

 

 
 
 

Comme souvent chez Votsmush, son tableau "Lines of Water" évoque un lieu que l'on croit connaître. Ici, l'église Santa Maria della Salute à Venise, mais si l'on regarde bien, ce n'est pas vraiment Venise. Ce n'est pas non plus la Sallute, et ce pont n'existe pas dans la "cité des doges". Les bateaux ressemblent à des gondoles, mais n'en sont pas vraiment. Sommes-nous dans une Venise d'un autre temps ? Votsmush brouille les pistes avec poésie et nous emporte dans un monde inhabituel où son imagination débordante se conjuguent à sa technique impulsive.

 

 

 



Peinture Aquarelle Papier Villes Paysage pont bridge people