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Ajouté le 11 oct. 2019 | Commentaires

MARC GAILLET

Du beau, du brillant, du brutal

Marc Gaillet conçoit et réalise des images belles et percutantes, esthétiques et atroces. Après avoir dénoncé toute la violence de la société actuelle, il poursuit en 2018 un travail entamé il y a deux ans sur les espèces animales… et ce que l’homme leur fait subir. 

Les photos sont grandes, les objets représentés sont magnifiques. Les couleurs sont vives et la photo, souvent sous plexiglas, brille. Le crâne est plutôt rigolo, la grenade ressemble à une fraise Tagada et le rhino à un moulage en chocolat qu’on recevrait à Pâques. C’est beau. Mais pas que…

Devant les immenses photos de Marc Gaillet, la première impression est évidente : la grenade est belle comme un jouet qu’un enfant attend pour Noël, le tigre a une fourrure splendide qui fait encore rêver certaines femmes, le rhino a rejoint la poule et le lapin dans le bestiaire des moulages en chocolat.

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Marc Gaillet a travaillé dans la publicité et ne le renie pas : il utilise tous les codes propres à cette industrie : un motif central, une image efficace, des couleurs vives. Mais si les codes sont respectés, le sens, lui, est détourné et invite évidemment à s’interroger sur les liens entre cet univers de la consommation-communication et la réalité qu’il sous-tend.

La grenade est rose bonbon mais c’est bel et bien une grenade, un objet mortel ; le tigre est superbe, mais à ses côtés trône une valise en fourrure, qui montre ce que l’homme peut faire de l’animal. Quant au crâne rose flushy, intitulé Game over… now, il est constitué d’une multitude de petits soldats et de balles. A l’heure où le crâne est devenu un motif tellement utilisé partout qu’il est vidé de son sens, Marc Gaillet le remet au centre d’une réflexion sur les guerres et la destruction de l’homme par l’homme. Détournement aussi, dans la plupart des titres, qui sont bien souvent des titres détournés de films, livres ou autres éléments de la pop culture qui a nourri l’artiste.

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C’est évidemment le cas pour le très durassien Fukushima mon amour, où une créature mi-femme mi-poisson évoque davantage la radiation des eaux par la centrale de Fukushima que la petite Sirène d’Andersen revisitée par Disney…

Bref, chez Marc Gaillet, la façade est belle mais le message est violent, politique, dénonciateur. La plupart du temps, le photographe-plasticien part d’objets véritables, qu’il transforme avant de les intégrer dans une photo. Les petits soldats que l’on retrouve dans la Vanité, le rhino à la corne coupée, la mitraillette sont tous au départ des jouets d’enfants que l’artiste réintroduit dans un univers d’adulte après les avoir fait peindre par un carrossier. Le petit soldat devient ensuite un des constituants du crâne, pendant que le rhino et sa corne coupée se démultiplie et évoque alors irrésistiblement la chasse dont sont victimes bêtement ses animaux pour les soit-disants bienfaits de leur ivoire.


«  Le sujet de chaque oeuvre est muri et modifié mentalement durant des semaines, des mois, voire des années avant la mise en oeuvre. Elles suivent un processus d’évolution suivant le propos et mon ressenti. Je démultiplie dans mes sujets les objets pour en donner une double lecture, proche et globale, afin d’aborder des messages simples et directs. Dénoncer, déconstruire, appuyer là : sur cette névrose systématique et frénétique qu’à l’humain à répéter inexorablement l’incommensurable dans une léthargie étatique ».

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Dans la série Human Nature, Marc Gaillet s’interrogeait évidemment sur les ravages que l’homme cause à sa propre espèce : les guerres, les armes, le formatage des enfants… Un travail violent et de longue haleine qui ne l’a pas laissé indemne.

Désireux de passer à autre chose, il décide alors de prolonger ce qu’il a commencé avec les animaux dès 2015 : le tigre et sa valise, le daim perdu au milieu d’un arrêt de tram, le rhino devenu un chocolat dont on a croqué la dent donnent le ton…

Deux ans après ces premières photos, le plasticien va compléter ce Voyage au bout de l’enfer, dont les sujets centraux sont les animaux… et ce que l’homme leur fait subir.

Les directeurs du zoo du Lunaret, à Montpellier ont trouvé l’approche du plasticien passionnante, et ont noué un partenariat avec lui, lui proposant un accès aux lieux tout en lui laissant carte blanche. Un nouveau défi pour l’artiste qui, pour la série précédente, avait surtout tout imaginé, conçu, fabriqué en atelier avant de transformer ses idées en photo. « Je vais travailler avec le zoo, que les directeurs aiment bien décrire aujourd’hui comme ‘un musée vivant’, un truc où on voit finalement des choses de plus en plus rares, qu’il faut absolument préserver. Je veux en quelque sorte faire un hommage à ces animaux amenés à disparaître ». 

Le lien avec l’art, la représentation, le musée est donc une évidence dans ce projet.

Il est trop tôt en ce début d’année pour préciser encore les choses. L’artiste y travaille, se donne le temps qu’il faut, attend notamment la fin de l’hiver pour pouvoir photographier au mieux certains animaux, peu à leur avantage dans le froid.

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Marc Gaillet compte également faire intervenir certains artistes avec lui, comme le plasticien Van Binh, adepte de la déformation des œuvres par tir à la carabine. Marc Gaillet réfléchit à lui demander de tirer à balle réelle sur une photo de rhinocéros, faisant ainsi exploser le cadre et l’animal.

« Aujourd’hui, pour moi, la photo est une technique parmi d’autres. Je me définis davantage comme plasticien, prêt à utiliser toutes les techniques possibles pour affirmer mon propos ».

Si l’artiste est issu d’une pop-culture, il aime aussi faire référence à des peintres plus classiques, Jérôme Bosch ou les maîtres du clair-obscur : chez l’un, le détail loufoque mais sa signification qui peut renverser le regard, chez les autres, le traitement du sujet par la lumière pour se concentrer sur l’essentiel. L’humour et la profondeur. Ou, comme disait en son temps Victor Hugo, le sublime et le grotesque.

Une fois de plus, des références qui montrent que l’artiste aime concilier les contraires.  Texte : A.D.

VOIR LE TRAVAIL DE MARC GAILLET →


Né à Lille, l’artiste a travaillé longtemps dans le secteur de la publicité et pour d’autres artistes : danseurs et surtout musiciens dans l’univers du rock. En 2008, il décide de se consacrer pleinement à ses créations. 

Marc Gaillet travaille essentiellement dans son atelier, au centre de Montpellier.

Galeries, expo
Galerie Annie Gabrielli, Montpellier
Galerie L’Atelier 55, Megève
Galerie Mark Hachem, Paris, New York, Beirouth.

Découvrez son travail ( 1 œuvre )


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Marc Gaillet
France


Pop art photographie Photomontage
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