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Ajouté le 19 févr. 2020 | Commentaires

LAURENT MALIGOY

Le grotesque de notre quotidien

Laurent Maligoy représente des personnages englués dans des scènes du quotidien, plus ou moins réalistes, plus ou moins symboliques. La plupart de ses être humains regardent directement le spectateur, l’air de dire: “Sortez moi de là”. Rencontre avec un artiste qui multiplie les paradoxes: empli de scepticisme sur notre monde, mais qui s’en amuse, considéré comme un peintre…. mais qui ne fait pas de peinture.

Dans les années 80, Laurent Maligoy s’est formé à un métier artisanal, la peinture en décor. “En fait, je voulais vraiment être artiste, créer mes propres oeuvres mais je ne me suis jamais vraiment lancé… Il aura fallu la retraite!”.

Depuis, il se rattrape, avant tout avec son crayon: il esquisse des scènes où les personnages se retrouvent souvent dans des situations cocasses, parfois extravagantes. « Dans l’ampoule électrique, c’est une histoire de torture. L’humour apparent dès le premier regard n’est qu’une façon d’accrocher l’oeil du visiteur. Et c’est parfois la seule solution devant des situations absurdes ». Quant à « la fin tragique de la princesse au petit pois », elle évoque clairement le milieu hospitalier, dans une salle où sont réunis à la fois un homme d’église, un militaire, un prisonnier, un fou, et un homme en costume cravate qui rejoint la bande, à coup de coups de pied dans les fesses. Une humanité en miniature concentrée dans un petit format, comme la plupart des oeuvres de l’artiste: ils sont nombreux, et n’ont pas trop d’espace de disponible, renforçant évidemment le côté carcéral des lieux. Dans ces conditions, peu de chances que le petit pois que le docteur prescrit à la princesse (dans un sale état) ait un quelconque effet… Reste le souvenir du conte pour les plus optimistes…

Dans d’autres toiles, les personnages, parfois dotés de têtes franchement simiesques, s’adonnent à des activités du quotidien: regarder la télé, se prendre en photo, lire devant la piscine… Ils n’ont pas l’air plus heureux que ceux qui sont à la guerre ou enfermés dans un hôpital. Et surtout, … eux aussi regardent le spectateur.

C’est quasiment une constante dans l’oeuvre de l’artiste: un ou deux personnages regarde le spectateur droit dans les yeux. L’artiste use de cet artifice des regards pour entrer en contact avec son public. « Cela justifie l’humour. Le personnage interpelle le public, et le public a sans doute un réflexe de défense face à des gens qui sont dans des situations bizarres. L’humour de la scène étant la plupart du temps une évidence, le public ne rejette pas ce regard, il l’accepte et entre dans le tableau». 

Laurent Maligoy s’amuse avec ses personnages, s’amuse avec son public et… s’amuse avec la technique. Ses oeuvres sont en effet des trompe l’oeil également sur ce plan: qualifié bien souvent de peintre, il n’utilise pourtant ni tubes de couleurs, ni pinceaux. 

Il commence par imaginer sa scène, crayon à la main sur une feuille de papier. Puis, une fois sa scène bien campée, il la reporte sur une toile. Commence alors la mise en couleur… Et c’est là que l’artiste se distingue de la plupart de ses confrères: il ne sort ni pinceaux ni feutres, mais des piles de journaux, une paire de ciseaux et un pot de colle.

Depuis 2014, Laurent Maligoy a trouvé son style et sa voie: le collage, mais un collage qui n’a pas les caractéristiques du genre depuis les surréalistes: pour Laurent Maligoy, il ne s’agit pas de créer de nouveaux univers à partir d’éléments hétéroclites, « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » (Lautréamont, les chants de Maldoror).

Non, Maligoy utilise les bouts de journaux comme d’autres utilisent les tubes de peinture: ces couleurs trouvées dans les journaux constituent tout simplement sa palette.

« Je fais du collage, parce que je colle, c’est tout! Mais l’essentiel de mon travail vient d’une idée et d’un dessin préalable. Les magazines que je vais découper ne sont qu’un outil. D’ailleurs, la plupart de ceux qui voient mes oeuvres pour la première fois ne remarquent pas qu’il s’agit de collages, et c’est très bien ainsi, et pour être honnête, je n’ai pas trop d’affinité avec les collagistes».

L’artiste ne découpe pas ces journaux au préalable, comme d’autres qui rangent ensuite les bouts en fonction de leur couleur, forme ou matière. « Je feuillette quand je passe à la mise en couleur et cela m’oblige parfois à prendre des couleurs que je n’avais pas prévues. Je dois alors chambouler un peu mes plans, mais c’est cela qui est intéressant. Cela introduit une dimension ludique dans le travail: c’est presque un jeu.

J’ai maintenant mes habitudes: le jeudi, je récupère les gratuits à la sortie du métro. Je ne m’interdis aucun type de magazines ou de journaux. L’unité sera donnée à la fin par le vernis final ».
Laurent Maligoy utilise donc le collage a minima. Mais il voit quand même un sens en lien avec ce que ses oeuvres représentent, un concentré de notre monde actuel, décalé, mis en distance, comme si notre façon de vivre était devenue une sinistre farce. « En recyclant les magazines, je recycle aussi toute cette idéologie de la mode, qui fait qu’il faudrait sans cesse acheter, changer de goûts, etc ».

Parfois, cette manière de faire pose évidemment quelque problème: lors du dernier salon Artempo à Cugnaux, l’artiste s’est inscrit dans la catégorie « peinture » même si…. Et il a remporté le premier prix, le jury ayant donc considéré qu’il avait effectivement toute sa place dans cette catégorie.

Le dessinateur-collagiste-peintre sans peinture se joue définitivement des rubriques.

VOIR LE TRAVAIL DE LAURENT MALIGOY →

Découvrez son travail ( 3 oeuvres )



collage grotesque la vie
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