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Ajouté le 1 oct. 2019 | Commentaires

INTERVIEW PHILIPPE SAUREL

Depuis votre élection en 2014, l’art contemporain est l’un des piliers de votre politique culturelle. Pourquoi ce choix?

Quand je suis arrivé à la mairie en 2014, clairement l’art contemporain était le maillon manquant de la culture à Montpellier. Il fallait faire quelque chose pour compléter l’offre riche par ailleurs en matière artistique, notamment grâce au dynamisme du musée Fabre.

J’avais deux options: “L’option Bilbao”, autrement dit faire un geste architectural remarquable et réfléchir ensuite à ce qu’on mettait dedans. Ou considérer que Montpellier est une émulsion de culture et réfléchir avant tout à apporter une dynamique à ce terreau culturel. C’est ce que j’ai choisi.

J’ai tout de suite eu des projets, mais ils ont évolué. J’avais prévu de transformer l’ancienne mairie en Centre d’art contemporain, car la morphologie du bâtiment s’y prêtait. J’avais même déjà décidé le logo d’accroche! (voir photo)

Mais la problématique en parallèle de l’Hôtel Montcalm a fait évoluer les choses. Cet Hôtel, en coeur de ville, devait accueillir le musée de la France en Algérie, que personne ne voulait réellement, ni le public ni les politiques.

Dès mon élection, j’ai visité le bâtiment. On m’avait dit que les travaux étaient presque terminés, j’ai vu en réalité un gros chantier. Du coup, j’ai tout arrêté, à un moment où le chantier était encore convertible. J’ai passé une convention avec le Mucem de Marseille pour qu’il intègre à ses collections les documents déjà achetés par la ville et j’ai transformé le projet pour qu’il porte le projet d’art contemporain que je souhaitais.

Tout cela a pu se faire car en parallèle, l’agglomération se transformait en métropole, qui obtenait le label FrenchTech, ce qui permettait de transformer l’ancienne mairie en hôtel d’entreprises pour la FrenchTech!

Philippe SAUREL, Maire de Montpellier, Président de Montpellier Méditerranée Métropole - Crédit photo : Ville et Métropole de Montpellier

Nicolas Bourriaud porte ce projet, le MoCo, Montpellier Contemporain. Quel est son rôle exactement?

Il nous fallait quelqu’un d’ambitieux et doté d’une belle notoriété pour porter l’art contemporain à Montpellier. Nicolas Bourriaud est la personne idéale, il a dirigé le Palais de Tokyo et l’école des Beaux-Arts de Paris et a un parcours international important (il va diriger la Biennale d’art contemporain d’Istamboul 2019). Nous avons du coup souhaité lui donner un poste avec de grandes responsabilités: il va diriger le MoCo, qui rassemble à la fois la Panacée, l’école des Beaux-Arts dont il deviendra le directeur au départ à la retraite du directeur actuel, et le nouveau musée de l’Hôtel Montcalm.

Et pour compléter cette dimension internationale, je n’ai pas souhaité prendre la présidence du Moco. C’est Vanessa Bruno, une styliste de renommée internationale, qui a accepté de rejoindre l’équipe.

En parallèle, la ville s’appuie sur deux autres piliers pour compléter l’offre culturelle artistique: Michel Hilaire, conservateur du musée Fabre, dirige le Musée Fabre, le musée Sabatier d’Espeyran et va s’occuper de la programmation du Carré Sainte Anne que je souhaite elle aussi tournée vers le contemporain.

Et la ville gère la programmation de l’espace Bagouet, de la salle Saint Ravy et du Pavillon populaire, qui, lui, est consacré à la photo.

Nicolas Bourriaud Directeur Général de Montpellier Contemporain (MoCo)  - Crédit photo : Ville et Métropole de Montpellier

Quels rapports la ville de Montpellier (et vous-même) entretenez avec les artistes présents sur le territoire?

La ville compte de très nombreux artistes à qui la ville n’offrait pas de possibilité d’exposition. Dès mon arrivée, j’ai décidé que la salle Bagouet allait accueillir des artistes de Montpellier et de la région: Michel Descossy, Mohammed Lekleti, Bocaj, Al, etc, ont bénéficié d’importantes expositions. Et en parallèle, la salle Saint Ravy accueille des expositions d’artistes sélectionnés sur dossiers par la ville, ce qui permet à des jeunes de se faire connaître. Certains ont ensuite trouvé des galeries. 

Mais il faut croiser un peu les régionaux et les autres. Je suis également très fier d’avoir exposé Hervé di Rosa au Carré Sainte Anne: cet artiste, sétois et international, n’avait jamais exposé à Montpellier. Et puis, tous les lieux profitent les uns des autres: le street artiste américain Jone One a exposé au Carré Sainte Anne mais a offert à la ville une superbe toile qui a intégré les collections du Musée Fabre.

En dehors des lieux, la ville a activé une nouvelle politique d’installations des artistes en centre ville. Nous avons installé des ateliers d’artistes dans des locaux qui appartiennent à la Serm, la société d’équipement de la ville, et des artistes et artisans d’art ont pu s’installer, aussi bien dans le quartier Figuerolles que dans le quartier proche du Musée Fabre. L’un des derniers dossiers aboutis concerne Abdelkader Benchamma.

Et puis j’essaie de proposer un projet une ou deux fois par an aux étudiants des Beaux-Arts de la ville pour qu’ils puissent intervenir sur des édifices publics. Cette année, nous avons organisé un concours pour les halles Laissac, et c’est une jeune Coréenne  (Mona Young-Eun KIM, Artiste et étudiante en 5ème année à l’ESBAMA (École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier Méditerranée Métropole) qui l’a emporté avec une magnifique proposition qu’on pourra voir sur la verrière du bâtiment. J’avais déjà fait cela quand j’étais adjoint à la culture: c’est un jeune des Beaux-Arts, Betka, qui avait ainsi fait la fresque sur une façade en face du Corum.

Et nous allons continuer à habiller le tram. Le concours sera lancé pour habiller la ligne 5. On a déjà beaucoup de propositions, y compris venant d’enfants! Le jury recrutera quatre ou cinq noms pour la finale en 2019.

Mohamed Lekleti à l’Espace Dominique Bagouet - Crédit photo : Ville et Métropole de Montpellier

Quels sont les artistes de Montpellier que vous appréciez personnellement?

J’ai des liens d’amitié avec Pierre Soulages que je vois fréquemment, et j’aime beaucoup certaines figures importantes de Support-Surfaces, Vincent Bioulès, Claude Viallat ou François Rouan. Mais j’aime aussi des artistes plus jeunes. En 2000, on avait fait une belle expo au Carré Sainte Anne avec Yann Dumoget, qui avait fait participer les Montpelliérains à des tableaux de l’an 2000. Suite à cette expo, l’artiste avait ensuite été pris en résidence à Berlin. Et puis j’avoue avoir moi-même pratiqué un peu la peinture et la sculpture (sur bois, cire, plâtre, pierre) et c’est sans doute pour cela que j’ai aussi beaucoup de goût pour le travail de la matière. On a la chance d’avoir des céramiques importants, à Saint Jean de Fos par exemple. Dernièrement, j’ai pu apprécier le travail de Loul Combres, qui travaille la terre à Prades-le-lez.

La ligne 4 a été habillée par Christian Lacroix - Crédit photo : Ville et Métropole de Montpellier

Le MoCo va ouvrir en 2019. Que prévoyez-vous pour cette ouverture?

Chaque année, Montpellier organise une ZAT, une zone artistique temporaire qui se passe dans les quartiers. En 2019, exceptionnellement, la Zat aura lieu dans toute la ville et sera entièrement consacré aux arts plastiques pour accompagner l’ouverture du Moco. On va accueillir 100 artistes, le plus possible dans les espaces publics. Une partie sera consacré aux artistes du mouvement Support-Surface, une autre aux artistes de la région, une troisième à des artistes internationaux.


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