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Ajouté le 19 nov. 2019 | Commentaires

FABIEN BOITARD

“Ça aurait pu être une très belle toile!

Fabien Boitard peint des paysages, des portraits, des natures mortes… Bref, il ne renie aucune des catégories de genre reconnues de l’histoire de la peinture, mais celui qui pense y trouver une sorte de réconfort en sera vite pour ses frais : l’artiste brise  les codes en apportant à ses toiles une touche volontairement iconoclaste. Entretien avec un artiste qui joue avec ambiguïté de la notion de “style”. 

Vous avez fait les Beaux-Arts à une époque où l’on disait que la peinture était morte. Comment en êtes-vous venu à faire malgré tout de la peinture figurative?

A partir du moment où on vous assène : “En peinture, tout a été dit, tout à été fait”, il y a deux réponses possibles: on s’exprime par d’autres médiums, ou on s’obstine en se disant: “puisque tout a été fait, je suis totalement libre de tout faire”, sans chercher absolument l’interstice restant entre tous les genres existants. J’ai donc au contraire repris les thèmes classiques de la peinture, le paysage, le portrait, la peinture d’histoire, en essayant tout de même d’apporter une attitude qui apporte quelque chose de nouveau. Pour cela, j’aime composer avec des intentions (chercher à retranscrire le doux, le violent, etc) et trouver tous les outils, ce que je nomme factures/outils, les possibles pour y parvenir: l’attitude, le thème, les techniques, les formats, devaient pouvoir un jour me servir... sans protocoles pré-établis.
emptyname-4.jpgComment définiriez-vous votre travail?

C’est compliqué, car j’ai effectivement développé tout un langage, un “style”, même si au départ, il s’agissait de fuir le style! Ce n’est pas un hasard si j’habite dans une zone rurale: j’ai choisi de m’isoler des réseaux culturels et du bruit qui impose, qu’on le veuille ou non, ce qu’on doit faire.

Au bout de quinze ans de travail, je pense être parvenu à trouver ma voie… Aujourd’hui je vois arriver une nouvelle génération de jeunes peintres proches d’une esthétique que j’ai contribué entre autre à défendre. Celle de la combinaison et du rapport de factures.
Il faut dire aussi que mon travail est lié aux nouveaux outils apportés par des logiciels comme Photoshop, qui permettent désormais d’intervenir sur l’image et d’isoler certains effets (le flou, le violent, le doux, le sale, le propre, le Noir et Blanc, etc) pour transformer l’image de manière parcellaire, en fonction de ce que l’on souhaite obtenir.

J’aime l’idée de pouvoir me déplacer très vite. Que l’on puisse prendre la mesure des possibles en peinture. Ces combinaisons peuvent apparaître comme un ajout numérique. Je recours à ces codes pour objectiver certaines parties du plan de la toile mais je prône au final le recours à une subjectivité totale. Je ne peux y échapper. Je me suis inventé les moyens de poser un regard personnel sur ce qui m’entoure. Comment je perçois le monde. Un outil qui me force à faire des choix et à prendre position. Les sujets quant à eux sont puisés sur les écrans ou dans ce qui m’entoure ou m’arrive directement. Mon rève serait d’inventer une nouvelle perspective… quasi affective.

sans-titre-2012-huile-sur-toile-110x145-cm.jpgDans la série La Cène, le sujet est classique, le traitement m’est personnel. La nappe à carreaux vichy est peinte et j’y tiens beaucoup: le fond est aussi important que ce qu’il y a dessus. Et puis, je pense qu’il y a une dimension iconoclaste dans mon travail, dimension qui disparaît si je prends simplement une nappe vichy que je colle directement sur ma toile.

En fait, soyons francs: j’aime l’idée que les gens se disent: “Cela aurait pu être une très belle toile!”.
Pour cette série sur la Cène, ce fond peint très laborieusement avec cette autre façon de poser la soupe dans les assiettes est finalement une autre façon d’envisager le médium même. J’ai renforcé encore l’apparente simplicité du travail en n’utilisant que des contrastes simples. L’une des toiles joue sur les complémentaires rouge/vert, une autre sur les complémentaires bleu/orange. Donc je fais une belle nappe, sur laquelle sont posées 13 assiettes peintes.

Sur quel sujet travaillez-vous actuellement?

Je suis simplement à l’écoute de mes envies. Aujourd’hui, je ferai bien un portrait, peut-être un paysage. En fait, d’une certaine manière, j’ai passé quinze ans à ouvrir des portes. Maintenant, je vais rentrer dans les pièces! Et comme j’ai essayé d’annexer un territoire très large, il y a de multiples possibles et, je le sais d’avance, je n’aurai pas assez d’une vie pour en explorer tous les recoins.Mais le départ est toujours le même: je pars d’une envie, et j’avance à l’aveugle. 

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De manière générale, je fais d’ailleurs très peu de dessins préparatoires. Ce que j’ai à dire, je ne le sais pas à avance et j’aime être surpris par ce que je perçois du monde, mon rapport à lui.

Fabien Boitard est originaire du Loir-et-Cher et a étudié aux Beaux-Arts de Bourges.

Il s’est installé dans la région Occitanie en 2001, à Aniane (34), où il a monté en 2003 avec Olivia Mauron une association d’art contemporain qui a organisé des expos dans un des lieux emblématiques de la ville, La Chapelle des Pénitents.

Fabien Boitard est maintenant un artiste confirmé qui a exposé dans plusieurs musées de la région et ailleurs. Il a travaillé avec plusieurs Frac dont celui du Languedoc-Roussillon et est maintenant représenté par plusieurs galeries dont la galerie Odile Oms à Céret (66) ou la galerie Dupré et Dupré à Béziers.

Il est aussi représenté par la galerie Le Corridor à Arles et la Galerie Benjamin Derouillon à Paris.


peinture style abstrait figuratif
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