Ajouté le 18 févr. 2020 | Commentaires

HELGA STÜBER-NICOLAS

L’outil élevé au rang d’oeuvre d’art

Helga Stüber-Nicolas travaille toujours le crayon à la main, mais cet objet entre ses mains se révèle beaucoup plus qu’un outil permettant de tracer des traits sur une feuille. Le crayon reste visible de manière permanente. Ce n’est plus un outil, c’est l’oeuvre elle-même.


Comme beaucoup d’artistes, Helga Stüber-Nicolas est entourée de crayons dans son atelier montpelliérain, des crayons hauts de gamme, en bois, avec des mines composées de pigments de qualité, rangés dans des pots à crayon ou dans des pots de yaourt, par couleurs. 

Mais les crayons sont aussi au mur…. DANS les oeuvres. Car l’artiste fait un usage du crayon bien différent d’une dessinatrice. Le crayon lui sert à s’exprimer, mais pas par son usage premier et immédiat. Bref, malgré l’élégance qu’il y a à tenir un crayon, elle ne se contente pas de le prendre entre ses doigts pour faire glisser la mine sur la feuille de papier.

« Je prends un outil, le crayon, et je le détourne de sa fonction initiale pour en faire autre chose. C’est un peu la création par la destruction », explique l’artiste jamais à court d’idées pour utiliser toutes les possibilités de ce bout de bois.

Et  celles-ci sont telles que l’artiste poursuit sa quête depuis quinze ans: offrir au vénérable crayon, objet de base de tous les artistes, une nouvelle vie de création.

D’autres artistes ont utilisé de manière obsessionnelle un objet et un seul, ou une forme et une seule, ou encore une couleur et une seule. L’originalité de Helga Stüber-Nicolas vient évidemment du fait que son objet à elle est celui de tous les artistes. Il ne s’agit donc pas de se démarquer par ce choix, en amont, d’un outil original, mais au contraire de rester dans la communauté de tous les artistes, tout en cherchant, en aval, de nouvelles formes d’expression.

L’artiste utilise par exemple les mines colorées. Ces mines ne tracent pas de traits, lisses et légers, mais, séparées de leur gangue de bois et collées les unes sur les autres, elles contribuent quand même à créer des oeuvres, plus ou moins monochromes, plus ou moins chargées de matière. C’est une oeuvre au crayon, même si le sens est évidemment différent de ce qu’on entend par là d’ordinaire. C’est une oeuvre qui montre que, contre toute attente, le crayon peut créer de la matière et quitter la surface de la toile.

« Techniquement, j’ai beaucoup tâtonné, car la mine du crayon est plutôt grasse, et donc pose des difficultés quand on souhaite les coller ».

Comme pour certains peintres qui travaillent la matière, Helga Stüber-Nicolas travaille souvent par couche, pour obtenir des densités de couleurs.

Quand la pointe des mines est visible, on arrive assez facilement à comprendre de quoi il s’agit. Quand la matière est davantage réduite en poudre, l’évocation de l’objet de départ est moins évidente. Mais l’enjeu n’en est pas moins intéressant: d’ordinaire, quand on taille un crayon, on se débarrasse vite de ces brisures de couleurs, alors que l’artiste les conserve précieusement pour ensuite les rassembler sur une toile. Disparition, récupération, nouvelle vie.

Parfois, Helga Stüber-Nicolas choisit au contraire de mettre l’accent sur le côté léger, aérien du crayon de couleur. Les mines ne sont plus superposées pour obtenir des effets de matière. La mine, encore dans son bois sur un ou deux centimètres, est suspendue au bout de fils imaginaires représentés sur la toile, le tout dessinant un mobile qui semble danser dans les airs. L’outil est là encore détourné de sa fonction première, mais pour aller dans une direction opposée aux oeuvres où les mines étaient accumulées sur la toile.

Après la mine, l’enveloppe de bois. Car le crayon offre aussi des possibilités si on le taille, pour obtenir alors des copeaux de bois plus ou moins longs, plus ou moins réguliers ou colorés. L’artiste les assemble en les collant sur des sphères ou, plus récemment, se débrouille pour tailler entièrement un crayon, obtenant alors une gigantesque spirale qu’elle présente de manière verticale, donnant une ampleur insoupçonnée au modeste outil qu’on fourre généralement dans une poche ou dans une trousse.

Point commun du travail précédent avec les mines: la fragilité, la délicatesse du matériau. Tout le travail de l’artiste tourne autour de cette notion de brisure, de tremblement, d’oeuvre qui existe, malgré tout, alors que le sort du crayon était a priori voué à la disparition. Certes, le crayon peut avoir une nouvelle vie, certes l’artiste essaie de renouveler le regard sur un outil, d’élever cet outil au rang d’oeuvre d’art, mais cela demande une grande patience et l’acceptation que l’outil se rebelle: pour arriver à
« tailler » entièrement un crayon, Helga Stüber-Nicolas tente l’opération sur un nombre incalculable d’outils avant que l’un d’entre eux accepte de ne pas céder avant la fin… Mais quand cela fonctionne, elle peut présenter le crayon dans son intégralité: « Tout est là, même s’il n’est plus là! ».

Après les mines, après les copeaux, Helga Stüber s’est penchée sur les possibilités offertes par les bouts de crayon coupés de manière qu’on ne voit qu’une rondelle de bois avec une tache de couleur au milieu.

Depuis peu, l’artiste est partie sur un travail où le crayon est un point de départ, un élément d’une oeuvre où intervient un deuxième médium, de manière plus classique: la photo.

En jouxtant une oeuvre « au crayon » (au sens si particulier où elle l’entend) et une oeuvre photo, souvent tirée de l’univers végétal, l’artiste arrive à créer des diptyques, voire des triptyques où le crayon semble réintégrer l’univers d’où il vient: la nature, la forêt, le bois. Les deux ou trois oeuvres se répondent par des effets de matière, des effets de graphisme, des gammes de couleurs, des formats.

Elle utilise pour cela un procédé particulier, une encre qui rentre dans l’émulsion de la photo, et qui permet là encore une belle ambiguïté: que voit-on? Une branche d’arbre prise dans l’objectif? Une branche redessinée d’après photo? Une encre chinoise?

A cet égard, la brindille de graminée sous la neige est particulièrement évocatrice: aussi fine et fragile que des traits de crayon dessinés rapidement et spontanément sur une feuille de papier. Tout aussi parcellaire, fragmentée. « Tous ces crayons ont un jour été des arbres. Ici, l’arbre sort de l’oeuvre, l’oeuvre sort de l’arbre ».    Texte : A.D

La boucle est bouclée.

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Découvrez son travail ( 5 oeuvres )


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Helga STUBER
France


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