Ajouté le 11 oct. 2019 | Commentaires

ESTELLE CONTAMIN

L’enfance, ce qu’on en attrape et ce qui s’en échappe

L’enfance, celle, précise et envahissante des enfants présents, mais aussi celle, vécue et fugace, de chaque adulte, qui relève alors davantage d’un assemblage de souvenirs, de sensations, de couleurs… Estelle Contamin jongle avec tous ces éléments pour donner une vision d’un monde à la fois familier et lointain, où l’enfant est à la fois le sujet et le vecteur permettant d’accéder à quelque chose qui échappe au quotidien.

Estelle Contamin n’a pas toujours peint dans la veine qu’on lui connaît aujourd’hui. Pendant une dizaine d’années, cette artiste aujourd’hui installée à Nîmes s’est laissé guider par une peinture abstraite, proche de l’expressionnisme, où les coups de pinceaux et les grands gestes étaient visibles. Abstraite, mais déjà spontanée, libre, sans esquisse préalable. Et puis… « le figuratif est arrivé doucement, en même temps que les enfants, il y a une dizaine d’années ».

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Aujourd’hui, son œuvre est peuplée de figures, de végétaux, d’animaux, sans renier pour autant une partie abstraite, des couleurs, des formes qui fonctionnent comme des éléments d’équilibre dans la composition. Tous ces éléments, venant de souvenirs ou de perceptions mentales plus diffuses, ont tendance à se juxtaposer, se chevaucher, les uns effaçant les autres. Et quand les éléments sont encore trop apparents, l’artiste n’hésite pas à tout recouvrir d’une couche de blanc transparent, qui fonctionne comme un voilage tendu devant la scène. Les éléments eux-mêmes peuvent apparaître en positif, ou en négatif, comme ses feuilles de caoutchouc ou de palmier qui apparaissent en creux dans le fond vert. Qu’est-ce qui est devant ? Qu’est-ce qui est derrière ? Quel est le principal ? Quel est l’accessoire ?

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« J’aime les choses en mouvement. Je travaille d’après photos, mais ce qui m’intéresse n’est pas la scène figée de la photo. Généralement, je pars d’un fond coloré, uni ou déjà mélangé. Et j’intègre quelques éléments venant de mes photos, souvent des photos de mon entourage, tout ça sans croquis préalable. Mais cela ne s’arrête jamais là : s’il y a deux filles sur la photo, je peux évoquer deux filles sur la toile, mais après, peut-être qu’un garçon va apparaître, ou même des animaux, tous n’étant pas nécessairement sur le même plan dans l’image ».

Cette façon de faire fonctionne particulièrement bien avec le monde de l’enfance, présent en chacun, mais de manière plus ou moins évanescente. « Les enfants ? J’essaie de capter leur univers, mais tout en les laissant à distance. Cela passe par différentes façons de faire : j’aime par exemple que des éléments inachevés donnent consistance au reste, me contenter juste d’une évocation, j’aime aussi les recouvrir d’une couche d’un pigment acrylique fortement dilué. Ils sont là, mais ils sont loin »… 

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Même si on ne perçoit pas immédiatement leur présence, la palette généralement douce et pastel évoque vite cette période de la vie. Et puis, peu à peu, à travers les couches, se devinent des présences : un enfant qui regarde hors de la toile, de manière frontale, mais également un félin, qui a la même présence frontale par rapport au spectateur. Et pourquoi pas quelques éléments de paysages évoquant un autre lointain, tropical parfois…

Techniquement, cette peinture se présente comme telle –une peinture-  avec toute la gamme des techniques possibles laissées apparentes (pigments acryliques, pigments à l’huile, bombe de couleurs fluo, ajouts de craies, coulures, etc). Par sa technique et par ses sujets, elle évoque irrésistiblement la peinture de Marc Desgrandchamps, un autre maître de « la transparence et de l’évanescence ».

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Dans sa sensibilité et sa palette, le travail d’Estelle Contamin évoque en revanche un autre artiste, un écrivain, connu pour une seule œuvre, Alain-Fournier et le Grand Maulnes. Comme elle mais un siècle plus tôt, l’auteur a tourné autour de l’enfance pour chercher la meilleure façon de l’évoquer, à la fois dans ce qu’elle a d’enchanteur, mais aussi dans ce qu’elle suscite de nostalgie car elle s’éloigne de jour en jour. Estelle Contamin l’évoque en superposant les couches, comme Alain-Fournier le faisait en « superposant » le vocabulaire, changeant volontairement de vocable pour évoquer un lieu (défini tour à tour comme le château, la demeure, la maison, etc) ou un personnage.

Pour ces deux artistes, l’enfance est autant une époque qu’un lieu, un souvenir qu’une évocation, un sentiment qu’une palette de couleurs. Le plus souvent harmonieuse, mais toujours et à jamais inaccessible.  Texte : A.D

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Estelle Contamin est née en 1977 et a vécu son enfance en Normandie. Elle n’a rejoint le Sud qu’après ses études normandes et parisiennes. Après un Bac arts appliqués, elle poursuit par un cursus à l’école des arts appliqués Olivier de Serre, avant d’entrer dans la vie active dans des bureaux d’architecture et design. Décidée à se consacrer davantage à la peinture, elle complète sa formation par un passage par les Beaux-Arts de Toulouse avant de se consacrer aujourd’hui pleinement à la peinture depuis son atelier nîmois.


couleur la vie animaux végétaux

Ajouté le 2 oct. 2019 | Commentaires

REYDEL ESPINOSA

Les créatures fantasques de Reydel Espinosa, Cuba

Depuis son île natale, Reydel Espinosa le dit avec évidence: “J’ai toujours été amoureux de la nature qui m’entoure, j’ai besoin de la représenter, d’une manière ou d’une autre”.

Et de fait, sa peinture est pleine de créatures, certaines qu’il a pu voir, d’autres qu’il a importées dans sa végétation cubaine
luxuriante, d’autres encore qui viennent des contes de fée, de la mythologie ou de son imagination.

Le tout peint dans une peinture à l’huile pleine de virtuosité: les plumes, les poils, les voilages, les carnations ou les ombres, l’artiste autodidacte ne s’interdit aucune difficulté et donne à toutes ses créatures, les vraies comme les plus imaginaires, le même luxe de détails.

Bosch (1450-1516) n’est pas loin et l’artiste l’avoue volontiers: “ Ses images de rêves médiévaux, pleines de sorcières, d’alchimie, de magie ou d’un innombrable bestiaire convergent dans mon monde. L’oeuvre qui m’a le plus influencé est le jardin des délices
terrestres: c’est vraiment celui ou Bosch pousse le plus loin l’opposition entre l’obéissance naturelle des créatures et la désobéissance perverse de l’homme”.

Reydel Espinosa reprend cette idée, et dote à son tour les animaux de vertus et d’intelligence: l’escargot pédale, le singe joue du violon, le bouc joue aux échecs. 

“J’essaie toujours de rechercher la transcendance des êtres vivants, principalement par le biais du jeu intelligent”.

Pour créer un tel univers, pas de méthode fixe: “Même si je commence toujours par une figure principale, j’ai différentes façons de commencer une peinture. Parfois, le point de départ vient d’idées philosophiques bien définies sur la nature animale, mais je développe ensuite des figures qui occupaient un second plan dans les travaux précédents. D’autres fois, je pars de l’envie de créer un univers surréaliste, les ‘animaux et le paysage arrivent et vont ensuite ouvrir un nouveau champ des possibles”.

Dans tous les cas, la façon dont ces créatures apparaissent dépendent de l’état émotionnel du peintre: “Lorsque j’écoute les musiques que j’aime, le pinceau fait assez volontiers ressortir des espèces mutantes, comme si la musique guidait l’outil. Parfois, la musique m’entraîne vers des couleurs qui m’étonnent moi-même, passant de gammes monochromes à des gammes saturées, à la limite de mes attentes”.

Reydel Espinosa n’a pas encore fait de sculptures, mais cela devrait venir, quasi-naturellement. “Pour l’instant, j’ai fait des dessins à l’aquarelle juste pour expérimenter”.

L’artiste laisse donc les choses venir, et il agit de même avec son rapport au public: “Je suis autodidacte et j’aime que mon travail soit simplement perçu comme illustratif. J’aime que le spectateur ait la liberté d’interpréter lui-même mes observations”. Et pour l’y aider, l’artiste a mis dans la plupart de ses œuvres “le personnage étrange en train d’essayer de faire sourire le spectateur”.

Le monde de Reydel Espinosa est plein de créatures plus variées les unes que les autres mais l’artiste avoue quand même un faible pour deux animaux précis: les singes et les paons: “Les singes sont capables d’obtenir le sourire de l’observateur, ils permettent de traiter de sujets mystiques tout en accompagnant cela d’une atmosphère de bonne humeur. Quant au paon, il est en parfaite harmonie avec les animaux métamorphiques et confère des éclaboussures de beauté à mon univers surréaliste”. Avec lui, l’impensable devient possible.   Texte : A.D

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Découvrez son travail ( 49 œuvres )



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