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Ajouté le 18 févr. 2020 | Commentaires

ALBA

Une Peinture, deux artistes, trois triptyques

Le Pape, sa puissance, mais aussi ses doutes. Son côté divin, habité, et les ors et fastes de ses palais. Son côté intemporel, et son ancrage bien réel dans le monde actuel… Delphine Alliens et Joël Bardeau n’ont pas eu peur de s’emparer d’un sujet ambitieux, hors norme, inventant pour le traiter une nouvelle manière de travailler


L’idée est venue, très simplement. « Je venais de faire un voyage en Europe, à Rome, en Autriche, bref dans des terres pétries par le sacré, explique Joël Bardeau. J’en avais ressorti tout un travail photographique autour du thème de la Vanité. Dans la même période  Delphine Alliens exposait son travail et l’une de ses peintures s’appelait « Le Pape ». Joël Bardeau la découvre et les deux plasticiens discutent, échangent …

Pourquoi ne pas prolonger ce travail, en consacrant cette fois-ci une série entière à ce thème-personnage? Delphine Alliens est enthousiaste: « Même si cela reste involontaire, on me dit souvent que dans mes peintures, j’ai une écriture en lien avec le sacré ».

« L’image du Pape permet d’aborder de nombreux thèmes, précise Joël Bardeau: l’image d’une figure humaine qui incarne le divin, l’image également d’un gouvernement qui se suffit à lui-même, l’image d’un personnage habité, qui doit à la fois gérer des affaires terrestres et promouvoir un autre monde ».

Pour parvenir à retranscrire cela, les deux artistes décident vite de partir sur l’idée de triptyques de grande dimension, qui évoquent irrésistiblement la peinture religieuse. Ils utilisent certains symboles propres à cet univers :
des crânes, une tunique, une tiare, parfois une position en croix du personnage ou des visages de personnage exaltés, passionnés, habités, comme on peut en trouver dans la grande peinture catholique espagnole (Ribeira, Le Greco, etc).

Les éléments classiques sont plantés, le thème est une évidence. Commence alors un travail signé d’un nouvel artiste : ce n’est pas l’oeuvre de Delphine Alliens et de Joël Bardeau, c’est l’oeuvre de leur duo, ALBA, sans trop savoir comment chacun intervient dans ce travail fusionnel.

Les deux imaginent la scène, puis Joël Bardeau le photographe installe le studio (pour les deux premiers triptyques, dans un château), la mise en place des éléments, la lumière, et pour cela fait poser Delphine Alliens qui joue alors le rôle du souverain Pontife.

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Quand tout est prêt, le photographe, homme imposant à la grande barbe poivre et sel, prend sa place, et prête son physique intemporel au personnage.
Delphine Alliens le remplace derrière l’appareil et prend les photos: « Je deviens le photographe, il devient le modèle».

S’en suit un long travail de traitement des images avant que les deux artistes en sélectionnent trois qu’ils tirent alors sur de grandes toiles, dans une version qui comprend volontairement du grain, « à la fois pour aboutir à quelque chose d’immatériel et pour valoriser les interventions postérieures », précise Joël Bardeau.

Car le travail ne s’arrête pas là. Le Pontife est là, imprimé, figé sur la toile, dans un décorum intemporel. C’est alors que les plasticiens interviennent sur la toile: les gestes sont saccadés et appuyés comme dans l’art brut.

Delphine Alliens travaille les pastels et l’acrylique au doigt (mains, phalanges, comme si elles étaient au centre d’une radiograhie), les deux utilisent les fusains, les encres, les brosses et pinceaux et créent des traits de construction qui entourent certaines parties du personnage ou du décor, des prolongations des volutes de la tapisserie, la matière prenant alors l’ascendant sur les personnages, que ce soit le Pape ou l’ange.

Les techniques se mêlent, les motifs aussi. Bref, les artistes ramènent alors cette figure divine au rang qui est ici le sien: celui d’un sujet sur la toile d’un artiste.

Delphine Alliens, Noël Bardeau, les deux noms mis bout à bout forment tout simplement Alba, le nom de ce nouvel artiste bicéphale à quatre mains. « Alba, cela signifie blanc en italien, mais cela désigne aussi le moment du point du jour », précise Joël Bardeau.

L’une est peintre, pendant que l’autre est avant tout photographe, les deux étant plasticiens, car ne rechignant pas à s’aventurer au-delà de leur art d’origine.

Ce travail a reçu en 2016 le Grand Prix Henri Molina au Salon d’Automne de Colomiers , l’année suivante  en septembre 2017 le Grand Prix du Salon EurOpen’Art de Carcassonne.

Les artistes poursuivent aujourd’hui la série avec trois autres triptyques, chaque triptyque devant incarner un sentiment, un pêché, une réflexion particulière. Le tout constituera alors une série de 15 tableaux du même format. Cette oeuvre sera complétée par une présentation vidéo incluant les échanges, les discussions et réflexions sur les axes créatifs choisis, les “backstages” et moments de créations dans les ateliers.


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