Ajouté le 25 févr. 2020 | Commentaires

JÁNOS KUJBUS

Des personnages volontairement sortis de leur contexte

Janos Kujbus aime peindre ses contemporains: il s’attarde sur les visages, sur les corps, sur des postures spécifiques dans des vêtements que chacun pourrait porter.

Mais sorti de ce traitement réaliste des personnages, voire de cet hyperréalisme, le reste de la toile est au contraire fait de peinture et de rien d’autre: des à-plats en guise de fonds, des personnages qui sont concentrés sur la toile sans qu’il n’y ait d’échange entre eux, des ajouts de traits d’encre ou de feutre autour des personnages.

L’artiste aime donc représenter ses semblables en les extrayant de leur contexte. “Je travaille souvent à partir de photos de magazine, mais après, j’effectue des recherches pour transformer ces photos en œuvre d’art”. 

Quand il trouve les modèles avec des poses, des compositions, des gestes vraiment intéressants, alors la mutation peut s’opérer: “J’essaie de créer des récits spécifiques et compose les peintures de manière à ce qu’elles deviennent plus qu’un instantané. L’histoire ou l’action peut alors renvoyer à quelque chose de plus intemporel, permettant au spectateur d’ajouter sa propre idée, visualisation ou conception”.

C’est évidemment cette période de brainstorming, de recherche, avant le début du processus de création lui-même, qui lui permet d’intégrer ses sources diverses pour les faire entrer dans un même univers qui fera sa signature. Un univers qui flirte à la fois avec celui de Dali (pour l’étrangeté générale) et celui de Giorgio de Chirico (pour l’incommunicabilité entre les personnages), deux artistes eux-mêmes en marge du surréalisme.

Hongrois, János Kujbus ne cite guère les surréalistes européens ou américains comme source d’inspiration. Il parle davantage de l’art qui l’a entouré dans sa jeunesse: l’art d’Europe de l’Est, notamment l’école de Leipzig, avec par exemple les œuvres de Neo Rauch. Mais immédiatement, l’artiste précise qu’il puise surtout son inspiration “dans les médias actuels, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent: magazines, vidéo, clips, films”. Et de fait, difficile de dire d’où viennent ses personnages, ce qui, de toute façon, n’est pas essentiel devant ses toiles: on se demande davantage ce que “ces gens” font, ce qu’ils cherchent à faire que de savoir s’ils sont hongrois, européens, américains, etc. Il en ressort une vision finalement assez pessimiste, mais parfois drôle, de nos contemporains. 

VOIR LE TRAVAIL DE JÁNOS KUJBUS →

Dans son enfance, en Hongrie, János Kujbus visitait souvent des expositions avec ses parents. Il est séduit par les peintres hongrois des années 80 comme par les peintres romantiques hongrois qu’il découvre au Musée national. Il a également été marqué par des séjours à Dresde, dans l’ex-Allemagne de l’Est, où il découvre Rubens. Élevé dans un milieu culturel, pratiquant lui-même le dessin et la peinture dès son enfance, sa vocation d’artiste a été précoce, ce qui lui a permis de fréquenter une école secondaire avec une spécialisation en art pour ensuite enchaîner avec les Beaux-Arts de Budapest. Il est membre de l’Association des artistes créateurs hongrois et de l’association des peintres de Saxe, en Allemagne. 

Nombreuses expositions (États-Unis, Allemagne, Pologne, Suisse, Roumanie, Hongrie).

Logiquement, l’artiste qui aime sortir les personnages pour leur donner une dimension hors du temps travaille également sur des installations. Mais il ne les présente que dans des expositions spécifiques.

Découvrez son travail ( 55 oeuvres )


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János Kujbus
Hongrie


peinture hongrois la vie

Ajouté le 19 févr. 2020 | Commentaires

ABEL BURGER

Parcours de vie, parcours d’artiste

A 35 ans, Abel Burger a déjà vécu de nombreuses vies, qui viennent aujourd’hui alimenter une création protéiforme. Pour atteindre une forme de lâcher-prise, il a fallu commencer par multiplier les expériences.

Abel Burger peint, dessine, écrit, découpe, colle… le tout avec une grande liberté et spontanéité. Mais tout cela, l’artiste ne peut le faire que parce qu’elle a au préalable beaucoup voyagé, rencontré, lu, expérimenté.

Chez cette jeune artiste installée depuis peu à Port-Vendres, la vie nourrit l’art qui à son tour essaie de restituer toutes les émotions que peut procurer une vie bien remplie.

Difficile de schématiser un travail qui est déjà aussi complexe que son parcours de vie, mais, à gros traits, on peut dire qu’elle crée des paysages abstraits, qui renvoient à l’enfance parfois, à des univers plus exotiques souvent, à des références plus livresques ou cinématographiques de temps à autre: l’artiste peut s’inspirer aussi bien de la mythologie grecque, des films de la Nouvelle Vague que des émotions que lui procure le chamanisme découvert en Amazonie. 

Ces grands écarts sont possibles tout simplement parce que Abel Burger est une adepte des changements brutaux de mode de vie: elle a vécu dans des espaces reculés du Canada, sans eau ni électricité, où elle a pu se plonger en toute concentration dans l’oeuvre de Bukowski… et passer à l’écriture, avant de s’installer à Paris pour travailler dans la communication. 

A d’autres moments, elle s’est immergé dans la culture grecque, ressortie ensuite dans certaines toiles. Et puis elle s’est installée dans la petite ville de Rachel au Nevada… pour aller à la rencontre des ovnis. Encore avant (ou après, peu importe!), ce fut un détour par l’ancien hôtel des Roches Noires où Marguerite Duras vécut, à Trouville.
“J’y suis restée quelques mois et cela m’a inspiré un roman qui est aujourd’hui à l’étude dans une maison d’édition”.

Sans oublier sa découverte du chamanisme en Amazonie: “J’ai été inspirée par ce que j’ai pu voir et expérimenter du chamanisme, ce qui se ressent dans mes tableaux: je recherche un lâcher-prise, mais qui soit source de création. Il ne s’agit pas de partir n’importe où, n’importe comment, mais de se laisser guider par des intuitions, des rêves, des images, des sentiments pour les creuser, et atteindre une certaine complétude. Ce n’est pas si évident. Au final, je ne peux transmettre que ce qui m’est accessible, par un biais ou par un autre. Ni plus ni moins”.

Ce n’est sans doute pas un hasard si Abel Burger a été marquée dans ses lectures par des textes de Carl Gustav Jung, “un auteur qui m'a permis de faire le lien entre mon mental (avec la psychanalyse) et mon esprit (avec le chamanisme)”.

Bref, à 35 ans, Abel Burger a vécu de quoi nourrir son oeuvre d’images et d’univers variés, qui ont peut-être pour point commun une recherche de la prise en compte de l’individu dans sa globalité.

Toutes les expériences, du moment qu’elles ont enrichi son parcours de vie, nourrissent sa création, quelque soit le biais utilisé. Pas de règles pré-établies. 

Quand elle a essayé de s’en imposer, ce fut un échec: “J’ai voulu structurer mon travail, j’ai réfléchi à une armature avant de m’engager, mais j’ai toujours été déçue du résultat, qui était artificiel et du coup sans émotion”. Aujourd’hui, elle procède différemment: faire ce qu’elle a envie, la nuit le jour, se concentrer sur les souvenirs, parcourir un livre, etc. Et passer de manière insensible à la création qui va se nourrir de ses moments de détente. De là sans doute une juxtaposition d’éléments disparates qui peuvent venir de l’enfance, des souvenirs, des lectures, ou de choses plus conceptuelles.

L’oeuvre en cours (écriture, peinture, collages, etc) commence à constituer un univers qui lui est propre: en matière picturale, une recherche de couleurs pour un fond abstrait mais doté de réelles profondeurs, un travail de gravure ou d’ajout au trait (bic, pastel gras, crayon, fusain, charbon), qui surligne les changements du couleur du fond ou qui, au contraire, superpose des dessins sans tenir compte des changements de couleurs déjà en place.
Parfois, mais parfois seulement, émergent des animaux, des crânes, des motifs géométriques ou des signes, lettres identifiées ou hiéroglyphes mystérieux. On s’y retrouve… ou pas, mais cela indiffère l’artiste qui n’a pas envie de rendre les oeuvres plus explicites pour autant.

Pas d’influence particulière d’autres plasticiens, même si son oeuvre peut évoquer par moment Basquiat. “Je ne vois guère qu’un peintre dont je me sens peut-être proche, c’est Jackson Pollock: à la fois pour son évolution vers l’abstraction et pour le petit quelque chose qui relève de la transe dans son exécution du dripping (le geste de jeter des taches de peinture sur la toile en secouant son pinceau comme un panier à salade, ndlr)”.

Abel Burger continue à chercher. Pour l’instant, elle montre encore ses oeuvres timidement, persuadée qu’elle n’en est qu’au début du chemin:
“Je m’approche progressivement de ce que je cherche. Comme je fais tout cela dans mon coin, cela prend du temps. Mais c’est la condition pour ne pas se laisser asphyxier par des influences extérieures”.

VOIR LE TRAVAIL D'ABEL BURGER →

A 35 ans, Abel Burger a décidé de se donner les moyens de se concentrer sur son art: elle quitte les grandes villes où elle a longtemps habité (Montréal, Paris), s’installe en décembre 2017 en bord de mer, dans le sud, dans une commune de taille plus humaine, Port-Vendres. Elle renonce en parallèle à un travail dans l’univers de la communication et s’octroie désormais du temps pour la peinture et la poésie.

Découvrez son travail ( 10 oeuvres )


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Abel Burger
Port Vendres, France


peintures art brut couleur

Ajouté le 19 févr. 2020 | Commentaires

PRISCILLE DEBORA

Des individus prêts à se marcher dessus pour être sur la toile

Chez Priscille Deborah, cela grouille de vie.  Les personnages émergent du chaos, et jouent presque des coudes pour figurer dans la scène, sans pour autant prendre la pose. la vie avant tout, colorée, étouffante, parfois absurde.

Les toiles sont grandes, les couleurs gaies, les personnages semblent en activité, heureux en groupe, dansant, bougeant. Ils ne sont pas beaux, ils sont parfois juste évoqués, mais il émane de ces scènes quelque chose de vivant, qui peut évoquer les bizarreries d’Ensor, ou les nefs des fous du Moyen-âge.

Priscille Deborah est peintre, et aime avant tout des présences vivantes, la plupart du temps des êtres humains, parfois des formes plus animales ou plus fantomatiques. « Et je dois dire qu’il y a de plus en plus de personnages dans mes toiles et que ces personnages sont de plus en plus délurés, festifs! ». Comme s’ils lui échappaient.

Le côté spontané, brut, à peine esquissé des personnages vient tout droit de la technique employée par l’artiste: « Ma vraie peinture, c’est le travail à l’huile qui va fouiller la matière. Je ne sais jamais ce que je vais faire quand je commence une toile. Je ne veux pas partir dans le mental, dans des questionnements trop lourds, théoriques. Je pars donc toujours d’un visuel existant, soit quelque chose que je vois, soit une photo. Si c’est un arbre, j’essaie de me perdre dans les aspérités du feuillage, du tronc, de rester le plus libre possible. Le plus proche du réel, même si ensuite je m’en éloigne. Si je prends un modèle vivant, je ne prendrai pas tout son corps. Je vais plisser les yeux, retenir des impressions différentes, pour éventuellement évoquer plusieurs corps. Si c’est une photo, je peux très bien la mettre à l’envers pour ne m’inspirer que des taches et des lignes». 

Le geste libre, mais à partir d’un motif. Peu importe le motif, ce qui compte, c’est que l’attention soit fixée au départ sur des éléments existants, l’harmonie des couleurs ou l’équilibre des lignes.

Cette méthode a plusieurs avantages. Un, très simple pour commencer: l’artiste ne connaît pas l’angoisse du démarrage, de la « page blanche »; un autre, plus important: la primeur du médium sur le message. Ce qui l’intéresse, c’est de sortir des expressions par la peinture, de trouver dans ce mode d’expression une forme qui lui est propre.

L’artiste ne se contente pas de peindre à l’huile, elle multiplie également les travaux sur papier, les encres, les collages. Tout comme elle fusionne différents éléments que lui inspire un motif de base, de même elle fusionne et entremêle les techniques jusqu’à trouver les éléments qui feront rentrer l’oeuvre dans son univers, fait de cette humanité grouillante et un peu envahissante. L’homme n’est rien sans ses congénères, mais l’homme doit lutter en permanence pour ne pas se faire étouffer par ses semblables.

Pour ne pas se répéter, Priscille Deborah aime aussi les performances, travailler devant un public. « Je fais alors des oeuvres qui sont différentes de ce que je réalise en atelier. Devant un public, il faut être rapide, spontané, ne pas trop se poser de question, il faut qu’en une demi-heure, le public qui vous suit voit quelque chose émerger de la toile.

La performance représente alors une espèce de mise en danger, qui convient bien à cette artiste, qui a beaucoup donné pour parvenir enfin à vivre de sa passion.   Texte : A.D

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La peinture, une renaissance
Priscille Deborah a un parcours particulier: cette parisienne a toujours peint, mais s’est néanmoins engagée sur une voie professionnelle toute autre à la sortie d’une bonne école de commerce. La voilà qui travaille dans l’univers du cinéma, un bon métier, un secteur qui peut faire des envieux.

Mais elle ne trouve pas sa voie, elle se trouve dans une impasse, ne trouve pas la solution et décide d’en finir.

Elle en ressort, mais y laisse une partie de sa santé. La renaissance cette fois-ci passera par la peinture, qui ne l’a plus quitté. Pour symboliser ce nouveau départ, un nouveau nom: “J’ai pris un pseudo, car je trouve que mon parcours, mon nouveau départ dans la peinture se reflète dans ce choix: deux prénoms, autrement dit prendre pour nom un deuxième prénom pour nom: c’est ce que l’on faisait dans les siècles précédents quand un enfant n’avait pas de famille”.

Sans faire de sa peinture une lecture trop biographique, il est évident que ce n’est sans doute pas un hasard si les oeuvres débordent de vie et de personnages.

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Peinture personnages portrait

Ajouté le 18 févr. 2020 | Commentaires

OLIVIER CHEVALIER

Le plaisir de l’harmonie

Certains artistes, dans tous les arts, arrivent à créer des oeuvres qui dégagent un faux sentiment de facilité, d’évidence. La peinture d’Olivier Chevalier en fait partie: chaque oeuvre propose des harmonies et des équilibres qui semblent aller de soi… Un sentiment de plaisir partagé qui demande évidemment une grande maîtrise de son sujet.

Au départ, une ambiance colorée, une harmonie qui accroche le regard. Et puis l’oeil se plonge dans la toile et entraperçoit ici, une maison qui se devine, là un visage, parfois un paysage de forêt ou de montagne. 

Olivier Chevalier essaie de tenir en équilibre cette double attirance: une harmonie abstraite et quelques éléments figuratifs, qui se lisent dans ce sens-là: le figuratif n’est pas (ou rarement) l’élément premier, il vient juste pour permettre de s’attarder un peu plus sur la toile.

L’artiste le dit clairement: “Je ne pars jamais d’un sujet. Je ne veux aucune contrainte au départ, je mets de la matière, je recouvre, j’étale, je râcle parfois jusqu’à retrouver le bois, je rajoute des pigments ou du décapant, je change d’outil, je cherche jusqu’à ce qu’une ambiance se dégage”.

Olivier Chevalier a dû patienter pour parvenir à cet équilibre, pour des raisons liées à l’acceptation de ce que l’on fait et de ce que l’on est. 

Pendant des années, il a donc mené de front son travail artistique d’un côté, et un travail de designer d’espaces commerciaux de l’autre: “C’est pour cela que dans mon travail artistique, je ne veux m’imposer aucune contrainte: c’était un contre-point au travail d’aménagement intérieur qui, lui, au contraire, vise à trouver des solutions en tenant compte de nombreux paramètres”.

Pas de contraintes donc de couleurs, de formes ou de matières: Olivier Chevalier utilise l’acrylique, l’huile, les pigments, le fusain, les pastels, crayons… et recouvre aussi bien toiles, cartons, bois, dans tous les formats possibles.

Bref, un nouveau départ pour chaque création. 

Et puis les formes apparaissent dans la matière. Parfois, il les souligne jusqu’à en faire le sujet principal. La plupart du temps, il ne fait que les ébaucher, quitte à utiliser une loupe pour rester au plus près de la matière et de ce qu’elle suggère.  “Je ne mets presque jamais de titre à mes toiles. Je souhaite que le ‘récepteur’ se sente libre dans son interprétation. Parfois, des personnages ont besoin d’être précisés, parfois il me semble que la toile se tient mieux si elle reste dans l’abstraction. J’aime rester sur le fil. Pour ce personnage, la main était plus importante que le visage; ici, les formes sombres évoquent des présences, cela n’aurait rien apporté de les préciser. Ce qui est certain, c’est que je considère que je n’ai pas de message à délivrer, j’essaie juste de construire un univers cohérent qui permet d’ouvrir un dialogue avec les autres”.

Cette façon de faire qui vise à attendre que le tableau “se tienne” peut prendre quelques heures comme elle peut prendre six mois.
Encore une citation pour créer quelques passerelles, citation qu’on attribue à quantité d’artistes, notamment Picasso: à une dame qui regardait un de ses dessins et qui lui dit: ‘Cela a dû vous prendre cinq minutes’, l’artiste aurait répondu: “Non, madame, soixante ans et cinq minutes”.

Olivier Chevalier préfère évoquer un autre artiste, mais l’idée est la même: la recherche d’une harmonie qui sera évidente au premier regard est le fruit d’un long labeur pour l’artiste, labeur dont le spectateur n’aura pas idée: “Francis Bacon parle d’accidents qui obtenus grâce à l’inconscient perdent en force à partir du moment où l’intellect entre en jeu”.

Cette harmonie quelque soit la construction géométrique ou quelque soit la palette a donc demandé du temps à l’artiste, et des exigences qu’il s’est lui-même imposées: “J’ai eu une période où je travaillais dans les bruns, les ocres, bref une palette un peu éteinte. Pour m’en sortir, je me suis imposé une contrainte: c’était il y a une dizaine d’années, j’ai demandé à ma femme d’aller choisir les couleurs et j’ai travaillé avec ce qu’elle m’a rapporté… Depuis, c’est vrai, ma palette est à la fois plus variée et plus lumineuse”.

Une palette qui convient parfaitement à cette peinture, étroitement liée à une notion de plaisir: Plaisir de peindre pour l’artiste, plaisir de s’attarder sur ces harmonies, ces équilibres de construction pour celui qui regarde. 

VOIR LE TRAVAIL D'OLIVIER CHEVALIER →

Olivier Chevalier s’est formé à l’Ecole Corvisart, où il acquiert une formation très technique (lettrage, graphisme), complétée par une formation aux Arts appliqués, où il se forme aussi bien à la peinture qu’au design espace. Pendant de nombreuses années, cette double formation lui permettra de mener cette double activité, avant de se consacrer uniquement à la peinture depuis 2015.

Découvrez son travail ( 11 oeuvres )



peintures abstrait abstraction

Ajouté le 18 févr. 2020 | Commentaires

JEAN PIERSON

Présence fugitive au bord de la Méditerranée

Jean Pierson peint des lieux de vie dans des paysages méditerranéens. Des chaises au bord d’une terrasse, noyée au milieu des arbres, ou face à la mer. Des éléments où l’homme se sent chez lui… même s’il a eu la délicatesse de s’éclipser avant que le peintre immortalise la scène.

Chez Jean Pierson, il y a souvent des vérandas. Sur la véranda, des chaises et une table basse et sur la table basse, des verres, des livres ou une partie de jeu en cours. Le peintre insiste d’ailleurs souvent dans les titres sur ces éléments: “Café croissant”, “retour du marché”, etc.

Mais personne pour tenir les verres, tourner les pages du livre ou distribuer les cartes. Le point de vue est habité, c’est une évidence, mais on n’en saura pas plus. Derrière ces objets, la plupart du temps un lointain, souvent la mer. On est à l’ombre, il fait chaud, on voit loin...

L’appel du large, du grand air, de la mer ou d’une balade en forêt est sans doute le plus fort.

Car les objets révélant la présence humaine sont importants, mais restent finalement anecdotiques par rapport à la force des éléments naturels.

Cette façon de représenter, en creux, la présence humaine, donne évidemment un côté intemporel à la scène. La Méditerranée, telle que Jean Pierson la connut, un jour, dans une enfance qui s’éloigne petit à petit: “Enfant, avec mes parents, nous passions nos étés sur la Méditerranée. Quand j’étais étudiant aux Beaux-Arts à Paris, déjà, j’étais attiré par la représentation de ces paysages qui ont marqué mon enfance”.

Deux ou trois décennies plus tard, l’artiste tourne toujours autour de ce thème. Les personnages ne sont toujours qu’évoqués. Mais les paysages aussi, sans que cela ne saute aux yeux: la plupart n’existe pas réellement, et sont le fruit d’une reconstitution en atelier. En partie un travail de mémoire, en partie un travail de re-création, fait sur la base d’aquarelles qui, elles, sont faites sur le vif.

“Pendant longtemps, j’ai peint d’après nature, explique l’artiste.  Maintenant, je reconstruis en atelier. Je peins finalement les espaces ou les moments où j’ai envie d’être: des repas partagés, la sieste, la chaleur, le soleil du printemps ou de l’été. Tout est prêt, il ne reste plus qu’à s’installer”.

Le tout sur des formats assez grands, spacieux, pour entrer vraiment dans la scène. Et avec un luxe de détails et une précision dans la touche qui renforcent le réalisme. Jean Pierson travaille à l’huile, et prend le temps qu’il faut pour apporter les touches de lumière sur chaque branche ou donner son volume à la vague en train de s’échouer sur le rivage. L’huile impose cette lenteur qui se retrouve dans ses toiles. Rien d’urgent, tout est calme, intemporel.

Ses toiles, par cette présence humaine un peu fantomatique, par leur côté nostalgique et par le côté répétitif et finalement obsessionnel du thème font penser à un autre artiste, qui s’exprime lui par l’écriture, Patrick Modiano. Même volonté de faire revenir le passé dans le présent, même importance accordée à la présence humaine, tout en l’abordant de manière périphérique, même façon de traiter, toile après toile ou livre après livre, un seul et même sujet.

Dans un entretien publié l’an dernier, Patrick Modiano expliquait simplement son projet d’écriture: «Dans cette vie qui vous apparaît quelquefois comme un grand terrain vague sans poteau indicateur, au milieu de toutes les lignes de fuite et les horizons perdus, on aimerait trouver des points de repère, dresser une sorte de cadastre pour n'avoir plus l'impression de naviguer au hasard.»

Depuis des années, Jean Pierson sait que ses points de repère à lui sont du côté de la Méditerranée. Il les évoque, il les cherche, il les imagine, toile après toile.

Jean Pierson est né en 1964 dans une famille d’artistes, avec deux parents passés par les Beaux-Arts pour devenir architectes. Jean Pierson passe lui-même par les Beaux-Arts à Tours, en reconnaissant que la formation n’était peut-être pas ce qu’il cherchait: “Ils m’ont donné le diplôme en me demandant d’aller voir ailleurs”. Il réussit le concours des Beaux-Arts de Paris, tout en faisant en parallèle des études d’architecture. Deux cursus distincts et complémentaires dont il sort diplômé. “Aux Beaux-Arts, j’ai pu dessiner tous les matins avec modèle, et avoir des cours théoriques passionnants, notamment en morphologie avec Jean François Debord ou en histoire de l’art avec le regretté Bruno Foucart”.

Parallèlement à son travail de peintre, Jean Pierson a réalisé de nombreuses fresques sur les murs de villes qui l’ont inspirées, en France ou à l’étranger : Argentan, Angoulême, Berlin, avec des panneaux totalisant 750 m2 représentant des rues de Montmartre, Montpellier au centre régional de lutte contre le cancer Val d’Aurelle, ou des panneaux décoratifs dans la vitrine de la librairie Clareton de Béziers à l'occasion de son centenaire.


peintures marine mer plage cabane véranda terasse

Ajouté le 18 févr. 2020 | Commentaires

ALBA

Une Peinture, deux artistes, trois triptyques

Le Pape, sa puissance, mais aussi ses doutes. Son côté divin, habité, et les ors et fastes de ses palais. Son côté intemporel, et son ancrage bien réel dans le monde actuel… Delphine Alliens et Joël Bardeau n’ont pas eu peur de s’emparer d’un sujet ambitieux, hors norme, inventant pour le traiter une nouvelle manière de travailler


L’idée est venue, très simplement. « Je venais de faire un voyage en Europe, à Rome, en Autriche, bref dans des terres pétries par le sacré, explique Joël Bardeau. J’en avais ressorti tout un travail photographique autour du thème de la Vanité. Dans la même période  Delphine Alliens exposait son travail et l’une de ses peintures s’appelait « Le Pape ». Joël Bardeau la découvre et les deux plasticiens discutent, échangent …

Pourquoi ne pas prolonger ce travail, en consacrant cette fois-ci une série entière à ce thème-personnage? Delphine Alliens est enthousiaste: « Même si cela reste involontaire, on me dit souvent que dans mes peintures, j’ai une écriture en lien avec le sacré ».

« L’image du Pape permet d’aborder de nombreux thèmes, précise Joël Bardeau: l’image d’une figure humaine qui incarne le divin, l’image également d’un gouvernement qui se suffit à lui-même, l’image d’un personnage habité, qui doit à la fois gérer des affaires terrestres et promouvoir un autre monde ».

Pour parvenir à retranscrire cela, les deux artistes décident vite de partir sur l’idée de triptyques de grande dimension, qui évoquent irrésistiblement la peinture religieuse. Ils utilisent certains symboles propres à cet univers :
des crânes, une tunique, une tiare, parfois une position en croix du personnage ou des visages de personnage exaltés, passionnés, habités, comme on peut en trouver dans la grande peinture catholique espagnole (Ribeira, Le Greco, etc).

Les éléments classiques sont plantés, le thème est une évidence. Commence alors un travail signé d’un nouvel artiste : ce n’est pas l’oeuvre de Delphine Alliens et de Joël Bardeau, c’est l’oeuvre de leur duo, ALBA, sans trop savoir comment chacun intervient dans ce travail fusionnel.

Les deux imaginent la scène, puis Joël Bardeau le photographe installe le studio (pour les deux premiers triptyques, dans un château), la mise en place des éléments, la lumière, et pour cela fait poser Delphine Alliens qui joue alors le rôle du souverain Pontife.

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Quand tout est prêt, le photographe, homme imposant à la grande barbe poivre et sel, prend sa place, et prête son physique intemporel au personnage.
Delphine Alliens le remplace derrière l’appareil et prend les photos: « Je deviens le photographe, il devient le modèle».

S’en suit un long travail de traitement des images avant que les deux artistes en sélectionnent trois qu’ils tirent alors sur de grandes toiles, dans une version qui comprend volontairement du grain, « à la fois pour aboutir à quelque chose d’immatériel et pour valoriser les interventions postérieures », précise Joël Bardeau.

Car le travail ne s’arrête pas là. Le Pontife est là, imprimé, figé sur la toile, dans un décorum intemporel. C’est alors que les plasticiens interviennent sur la toile: les gestes sont saccadés et appuyés comme dans l’art brut.

Delphine Alliens travaille les pastels et l’acrylique au doigt (mains, phalanges, comme si elles étaient au centre d’une radiograhie), les deux utilisent les fusains, les encres, les brosses et pinceaux et créent des traits de construction qui entourent certaines parties du personnage ou du décor, des prolongations des volutes de la tapisserie, la matière prenant alors l’ascendant sur les personnages, que ce soit le Pape ou l’ange.

Les techniques se mêlent, les motifs aussi. Bref, les artistes ramènent alors cette figure divine au rang qui est ici le sien: celui d’un sujet sur la toile d’un artiste.

Delphine Alliens, Noël Bardeau, les deux noms mis bout à bout forment tout simplement Alba, le nom de ce nouvel artiste bicéphale à quatre mains. « Alba, cela signifie blanc en italien, mais cela désigne aussi le moment du point du jour », précise Joël Bardeau.

L’une est peintre, pendant que l’autre est avant tout photographe, les deux étant plasticiens, car ne rechignant pas à s’aventurer au-delà de leur art d’origine.

Ce travail a reçu en 2016 le Grand Prix Henri Molina au Salon d’Automne de Colomiers , l’année suivante  en septembre 2017 le Grand Prix du Salon EurOpen’Art de Carcassonne.

Les artistes poursuivent aujourd’hui la série avec trois autres triptyques, chaque triptyque devant incarner un sentiment, un pêché, une réflexion particulière. Le tout constituera alors une série de 15 tableaux du même format. Cette oeuvre sera complétée par une présentation vidéo incluant les échanges, les discussions et réflexions sur les axes créatifs choisis, les “backstages” et moments de créations dans les ateliers.


peintures photographie triptyque pape

Ajouté le 18 févr. 2020 | Commentaires

DIDIER SABY

“En peinture, les sujets font évoluer la pratique”

Didier Saby aime le dessin, la pratique du dessin. La peinture, la couleur, la matière, tout cela n’est venu qu’après, et par phases successives, en fonction de ses lieux de vie et des thèmes retenus. Itinéraire d’un artiste qui intègre la peinture à son chemin de vie.

Didier Saby dessine et peint. Mais il le fait dans un lien étroit avec le reste de sa vie: ses lieux de vie, ses rencontres, sa disponibilité. Parler de sa peinture revient donc, dans une certaine mesure, à retracer des éléments biographiques.

Il y a quelques années, Didier Saby peignait à l’aquarelle. “C’était à Collioure, il y avait une école artistique, qui mettait l’accent sur une aquarelle très contrastée, des oeuvres réalisées sur papier sec, ce qui donnait des résultats très éloignés de ce que peuvent être par ailleurs les aquarelles, avec leur côté vaporeux qui, pour le coup, ne m’inspirent guère”. Peu à peu, grâce à ce groupe, Didier Saby maîtrise une technique qui jusqu’ici n’avait pas particulièrement retenu son attention.

A Collioure, l’artiste parvient à concilier son goût pour le dessin avec une mise en couleur franche et rapide: “L’été, nous peignions devant le public, et c’est une excellente école!  Et l’hiver, je travaillais en atelier sur une peinture plus personnelle. Je faisais alors des oeuvres à l’huile, mais en utilisant un médium pour accélérer les temps de séchage et permettre un travail en transparence. A l’époque, je vivais en appartement. J’utilisais alors des miroirs pour avoir les bonnes distances avec mon sujet”. Là encore, une technique liée tout simplement à ses conditions de vie de l’époque.

Et puis l’artiste part s’installer dans le Lot. “Les couleurs froides sont arrivées! J’ai continué à travailler en transparence, mais ma palette a changé: le bleu, les alliances de vert et de rose… Et puis j’aimais jouer avec le contraste des matières, il m’arrivait même d’intégrer des morceaux de faïences. C’était le cas dans des oeuvres représentant des iris, ou des paysages. Et puis, un jour, un singe est arrivé dans un tableau, un peu par hasard, un peu par besoin de créer une dimension fantastique dans l’oeuvre en cours. Il se trouve qu’à cette même époque, je découvre dans un magazine un reportage sur les macaques dans une ville indienne. Il y avait chez ces singes un côté famille fusionnelle qui me plaisait. J’en ai donc fait le point de départ d’un travail en matière, pour aller du glacis à une peinture plus classique”.

Ce cheminement était important à décrire: Didier Saby n’a pas toujours peint des singes, et n’a pas non plus toujours peint avec la même technique: “En peinture, le sujet n’est pas anodin. C’est même lui qui fait évoluer la pratique. Je suis passé à une peinture plus empâtée à partir du moment où je me suis passionnée pour ce thème des singes. C’était un changement technique qui me semblait nécessaire si je voulais bien rendre compte du pelage de ces animaux”.

Les singes lui permettent finalement de se concentrer sur tout ce que cherche l’artiste depuis ses débuts: un travail sur la couleur, sur la matière, un dessin rigoureux pour rendre compte du mouvement et du mouvement arrêté, des connaissances en morphologie, …

“Finalement, les singes sont devenus un support pour évoluer dans ma peinture!” reconnaît volontiers l’artiste. Je ne me définis certainement pas comme peintre animalier, les singes m’ont simplement permis de me poser des problèmes de peintre”.

L’artiste déménage encore une fois et part s’installer en Aveyron où il réside toujours. Là encore, nouvelle étape, nouvelle évolution dans sa peinture, mais qui tiendra à deux facteurs bien différents. Le premier est extérieur à son oeuvre: il décroche un poste de prof d’arts plastiques et, conséquence immédiate, consacre beaucoup moins de temps à son propre travail: “Du coup, j’ai eu tendance à me centrer pleinement sur les singes colorés! Au début, je n’étais pas content, puis un jour, j’ai senti que les tableaux se tenaient, quand j’ai réalisé des toiles d’un mètre sur un mètre”. Et le bestiaire s’enrichit: des pigeons, des chats, voire parfois des portraits.

A chaque fois, une technique qui part d’une photo réaliste pour aller vers une composition où ne comptent plus que l’équilibre et l’harmonie purement plastiques: une photo, une maquette à l’aquarelle, un dessin, une toile et le choix d’une palette. “Ce qui me donne envie de faire le tableau? Quand je suis content de mon dessin!”. Et puis, des fonds parfois quasi-abstraits, avec quelques évocations de feuillages pour venir en contrepoint de la souplesse du pelage de l’animal. 

La deuxième évolution en revanche tient pleinement à ce nouveau lieu de vie, l’Aveyron, Rodez. “Qu’on le veuille ou non, la présence du noir est incontournable dans une ville comme Rodez. Et je ne pense pas d’emblée à Soulages. Je pense à la terre, à l’ardoise. C’est particulièrement frappant quand on arrive de Collioure ou du Lot!”.

Jusqu’ici, le noir n’apparaissait pas dans son travail. “Il a une présence trop puissante. Quand j’en mets, je ne m’en sors pas”. 

Didier Saby le sait et l’affirme simplement: “ma peinture est vraiment le produit de mon environnement!”. Qu’il y ait des singes ou non à Rodez ne change rien à l’affaire.


peinture animaux singe singes

Ajouté le 18 févr. 2020 | Commentaires

MÉLISSA TRESSE

La mixité fragile du vivant

Melissa Tresse aime les animaux, morts ou vivants, réels ou imaginaires. Ils constituent sous sa pointe sèche un bestiaire qui plonge ses racines dans les contes médiévaux mais qui en dit long aussi sur la précarité du vivant à l’époque actuelle.

Sur le site de Melissa Tresse, quatre entrées principales: gravures, peintures, dessins et… “ces bêtes”.

Il faut sans doute commencer par cette rubrique pour comprendre ensuite les oeuvres. Ces bêtes… ou toutes les petites bestioles que la jeune Melissa Tresse gardait, conservait, exposait dans son enfance: une chauve-souris suspendue en l’air entre quatre fils, un squelette de belette, sagement présenté, os par os, dans une petite boîte, une créature composée d’un corps d’insecte volant et d’un crâne de souris...

 “J’ai grandi à la campagne, et j’ai toujours aimé collectionner les choses, notamment les os, les squelettes. J’avais même créé un musée chez nous, dans le poulailler. J’avais viré les poules, et j’exposais mes animaux à moi. Et puis, petit à petit, j’ai continué à collectionner, mais en personnalisant un peu mes trouvailles. J’assemblais les éléments et créais des chimères. Toute cette enfance a évidemment alimenté ma création artistique”.

Avec ce contexte en tête, on passe aux peintures, dessins, gravures, pour découvrir un bestiaire comprenant toute sorte d’animaux vivants ou imaginaires.

“Ce monde animal m’a toujours permis de relier mon enfance aux contes, au monde médiéval réel ou fantasmé”.

Dernier dessin en date: une arche de Noë, thème qui par essence intègre toutes les espèces existantes, mais que l’artiste a justement traité autrement. Dans un premier dessin, un bateau ventru, mais échoué et sans plus aucun signe de vie, humaine ou animale. Dans le deuxième, trois êtres vivants ont réussi à prendre le large… mais il s’agit de trois êtres humains, et dans le troisième, les seuls animaux visibles sont des poissons échoués et sans doute asphyxiés…. 

Au XXIè, siècle, avec ce que l’on sait de la destruction du milieu naturel, voilà la vision d’une arche de Noé qui laisse peu d’espoir. 

Autre vision, guère plus optimiste dans un autre dessin, où l’on voit un poisson volant remorquer des individus dans une barque à la dérive.

“Le mythe et la fable sont pour moi comme un langage vivant qui me sert à interroger le présent. Ces images poétiques entrent en résonances les unes avec les autres, se répondent, comme si comme si elles avaient fait partie d’un livre dont on aurait perdu le contenu”.

D’autres gravures ou dessins montrent des traitements plus légers, où l’humour, voire l’absurde, se font une place: “Je suis fascinée par l’incroyable mixité du vivant et le potentiel de formes qu’elle recèle. En dessinant, je tente de suggérer plutôt que définir avec précision la nature étrange des corps représentés, tout en gardant une grande spontanéité dans l’écriture graphique”. 

Que ce soit en dessin ou en gravure, les personnages se mêlent ainsi aux poissons, oiseaux, mammifères, sans souci de réalisme ou d’échelle, tous mis au même plan, l’artiste accordant la même importance aux uns et aux autres.

Melissa Tresse fait des liens entre les différents acteurs du monde vivant, comme elle en fait avec les techniques: “Pour l’Arche de  Noé, ce sont des dessins à l’encre de Chine pour pouvoir ensuite les tirer en sérigraphie, éventuellement avec des couleurs. C’est une technique que j’ai encore peu pratiquée, mais qui permet de faire des ponts entre gravure et dessin”.

Car l’artiste pratique avant tout la gravure, sous toutes ces formes: les eaux-fortes sur plaque de zinc, en incisant la plaque vernie avec une pointe sèche, une technique permettant d’infinis détails; mais également des pratiques plus brutes, comme les bois gravés, qui permettent d’autres formes d’expression.

Le travail de Melissa Tresse est a priori intemporel: la gravure, sous toutes ses formes, est un art ancien; le thème du Bestiaire remonte au moins au Moyen-âge, voire à l’Antiquité. L’artiste ne cache pas que des artistes comme Jérôme Bosch ou Brueghel ont été de vraies sources d’inspiration.

Malgré tout, elle apporte une touche de modernité évidente, à la fois en reliant le thème à la situation actuelle de la planète, et en intégrant des gravures dans des présentations parfois insolites, où la gravure est par exemple découpée… en suivant le bord du motif (hérésie suprême pour tous les amateurs de gravures anciennes).

Elle a ainsi exposé en 2013 des gardiens imposants au château de Lanoux, des figures gravées dans des planches de cèdre de très grand format. “Exposer les bois directement apporte autre chose que d’exposer les gravures, car cela revient à exposer un travail qui relève de la sculpture, un travail en relief fait avec les burins et les ciseaux à bois. Ce qui compte ici, c’est que l’image du corps apparaît dans des creux, des éraflures, des grands coups de gouges, des petites griffures laissées dans la matière dense. A partir de ces bois,  j’ai réalisé de grands frottages. Les figures sacrées, très simple, imposantes sur le bois, prennent alors l’apparence de linceuls extrêmement fragiles”.

Derrière l’apparence ventrue de l’arche de Noé, derrière la solidité des gardiens, se cache toujours une autre façon de voir les choses.
Le monde est peuplée d’êtres vivants… mais cela ne pourrait avoir qu’un temps.    Texte : A.D

VOIR LE TRAVAIL DE MELISSA TRESSE →

Née en 1985, Melissa Tresse a toujours vécu en Ariège, dans la campagne. Elle choisit une option arts plastiques au lycée.

Pour comprendre son parcours, il faut mentionner un élément familial important: Mélissa Tresse a pour parents deux artistes peintres: “Ce qui veut dire deux choses. D’une part, je savais qu’il était possible de vivre de cet art, mais…. d’autre part, en grandissant, je ne voulais surtout pas reproduire le modèle que j’avais sous les yeux. J’ai donc choisi le théâtre”.

Le goût pour le dessin et les arts plastiques l’a rattrape, et Melissa Tresse s’inscrit en fac d’arts plastiques à Toulouse. Elle y reste deux ans, et choisit la troisième année de poursuivre par l’enseignement à distance pour pouvoir avoir en parallèle plus de pratique: elle part en Tunisie apprendre le soufflage du verre six mois, puis aux Canaries, chez un graveur qui lui fait découvrir toutes les potentialités de la gravure. 

Elle poursuit en intégrant les Beaux-Arts de Nîmes en troisième année, et continue la gravure…. “mais c’était une pratique considérée comme ringarde. Donc au bout d’un moment, j’ai continué mais sans montrer mes travaux aux profs!”.

Depuis, Melissa Tresse pratique en alternance dessins, gravures et peintures.

Découvrez son travail ( 8 oeuvres )



Gravure peintures sculptures noir&blanc

Ajouté le 18 févr. 2020 | Commentaires

CLAUDE THIBAUD

Des personnages qui s’activent, malgré tout

Claude Thibaud aime le corps humain. Il le représente dans la plupart de ses toiles tout en s’affranchissant des contraintes de la forme et des règles anatomiques. Les personnages s’activent dans un décor fait d’aplats qui ne donne pas plus de précision. Le corps humain, comme en apesanteur, dans un vide où tout est possible...

Les personnages de Claude Thibaud évoluent souvent dans le vide ou entre des aplats qui restent bien abstraits. Ils ont un aspect blême, commun à tous, pas de tête très expressive, pas d’âge qui les distinguerait les uns des autres, mais un regard insistant.  Ils sont pour la plupart nus, sans être franchement sexués. Bref, des personnages anonymes dans un univers anonyme. Quasiment des fantômes ne vivant que dans leur regard.

Si on s’en tient à cette description, on peut poursuivre facilement la réflexion: un univers morbide, des personnages guettés par la mort, un univers sans élément concret, et donc peu engageant. Le fond est constitué d’à-plats bien souvent noirs ouvrant sur un ailleurs sombre et mystérieux, comme des trouées dans les tableaux.

Et pourtant… ils dansent, font de la gymnastique (barre au mur ou cerceau), ils s’amusent, ils jouent avec les chiens, ils s’enlacent, ils discutent avec un cacatoès, portent des masques.

Parfois même, ils sont inscrits dans un contexte bien précis: avec Guinefort, Claude Thibaud livre son interprétation d’une légende médiévale, mettant en scène un comte, un serpent et un chien, tout en gardant le mystère qui entoure toutes ses oeuvres, avec notamment la profondeur apportée par l’à-plat noir du fond.

Bref, au-delà de la première apparence, cette peinture n’a rien de morbide ou angoissante. Elle serait même assez aérienne, chaque oeuvre étant vraiment centrée sur le personnage et son activité. Rien pour détourner le regard, quoique certains symboles soient présents pour aider à une lecture comme le cacatoès, réincarnation provisoire d’une âme, juste des personnages et une façon de figer le temps. La vie, malgré tout… 

Une peinture qui peut faire penser avant tout au divertissement pascalien, ou à la philosophie de l’absurde d’Albert Camus, avec son personnage emblématique de Sisyphe qui roule encore et toujours son rocher en haut de la montagne pour le voir dévaler la pente et, malgré tout recommencer l’opération. C’est absurde? Peu importe, la vie est en marche.

Parfois, évidemment, le pinceau de Claude Thibaud se dirige davantage vers un univers à la Francis Bacon: les corps se font encore plus contorsionnés, déstructurés, et l’artiste pousse parfois même la filiation à intégrer ses créatures dans de grands triptyques comme le faisait le peintre britannique. Dans le triptyque Métamorphose, la figure humaine finit par être tellement démantelée que plus grand espoir n’est permis: toute cette agitation semble quand même épuiser le sens d’une présence sur terre.

En fait, dans un cas comme dans l’autre, Claude Thibaud se laisse guider par son pinceau. Sa peinture est tout sauf une construction intellectuelle préalable : “Généralement, j’ai une idée et je dessine très rapidement, puis cela se modifie. La scène va se construire directement sur la toile, mais tout cela va finir par prendre du temps”. Cette façon de procéder renforce l’ambiguïté du sens de ses toiles. Dans Diffraction, on a d’abord le sentiment de voir un personnage en décomposition, des chairs qui laissent apparaître un squelette, … mais on peut tout aussi bien voir un pinceau qui, à partir de tâches initiales, a au contraire recréé quelque chose de vivant… ou disons qui tend à s’approcher d’une forme de vie. Dans le premier cas, l’oeuvre tire vers le lugubre, dans le deuxième, elle est pleine d’espoir.

En moyenne, l’artiste ne peint guère plus d’une toile par mois. Et pour rester dans cette logique qui veut que le pinceau prime sur le concept, le titre vient en dernier.

De temps à autre, l’artiste a complété ce travail de peinture par des collages, qui s’inscrivent dans la droite ligne de sa peinture: par essence, le collage est un art relativement ludique, qui vise à imaginer comment associer des éléments disparates, mais l’artiste utilise la technique là encore pour brouiller la vision que l’on peut avoir d’un être humain: les têtes sont là encore reconnaissables, mais irréelles. L’être humain n’abandonne pas, il est toujours là, même si on se demande à quoi rime cette présence sur terre...

La peinture de Claude Thibaud est donc complexe, pleine de sous-entendus, ouverte à de nombreuses interprétations, énigmatique. Mais les toiles, se complétant les unes les autres, finissent par créer un univers qui, dans sa globalité, possède une vraie harmonie. Chaque personnage ne le sait sans doute pas, mais il évolue dans un monde finalement très cohérent, dans sa palette et dans ses constructions. La vie n’est pas si absurde que ça…    Texte :  A.D

VOIR LE TRAVAIL DE CLAUDE THIBAUD →

Né en 1948 en Touraine, Claude Thibaud manifeste très jeune un talent pour le dessin et la peinture. A l’âge de 10 ans, il part aux Etats-Unis où il fait ses études secondaires puis universitaires. Il étudie à la School of Visual Arts à New York dans les années 70. De retour en France en 1980, il fonde une entreprise à laquelle il consacre une longue période de sa vie. Retiré des affaires, il renoue à partir de 2014 avec sa passion première et reprend ses pinceaux, ses toiles et ses couleurs.

Il vit actuellement près de Cahors où il a son atelier.

Tous les ans en octobre, il participe au salon de l’association Figuration critique, dont il est membre, qui rassemble 70 artistes à la Bastille.

Vu par un confrère : 
 “Dans les 27 oeuvres que l’artiste a peintes de 2014 à 2016, j’ai apprécié une grande unité et cohérence stylistique et formelle. Les toiles montrent une grande perspicacité psychologique, où la solitude de l’homme est évidente. Il y a un grand fond de pessimisme et de tristesse, d’oppression réelle et d’angoisse existentielle causée par la question du mystère de la nature humaine et du sens de la vie.

La présence du temps et la finitude inexorable de l’homme est évident. Les figures ectoplasmiques / fantomatiques sont des taches organiques qui se profilent dans un milieu ou un espace qui semble hostile, quelque chose de comparable à des taches d’huiles dans un milieu aqueux. L'image de l'homme apparaît comme une lumière de magma visqueuse colorée d'une grande complexité organique dans la plupart des cas. Les lambeaux de chair émergent d’un fonds qui semble hostile: fait de matière noire, invisible, cet espace devient un espace cosmique impénétrable vide et asphyxiant, fermé”

Angel Muriel, peintre espagnol

Découvrez son travail ( 100 oeuvres )


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Claude André THIBAUD
BARGUELONNE EN QUERCY, France


fantastique peinture surrealisme figuration

Ajouté le 19 nov. 2019 | Commentaires

HABIB HASNAOUI

Ecartelé entre deux pays qui se tournent le dos

Habib Hasnaoui vit entre deux rives: la France, où il est né, a fait ses études et où il s’est maintenant installé. Et, dans l’intervalle, l’Algérie, dont sont originaires ses parents, où il a fait son service militaire et a décroché son premier emploi pendant les années de guerre civile.
Son oeuvre tente à la fois de rendre compte de ce drame et de dire l’impossibilité d’appartenir à deux terres à la fois.

Qu’il soit en France, qu’il soit en Algérie, Habib Hasnaoui est un éternel exilé, et sa peinture s’en ressent. D’abord dans les thèmes, avec ces nombreux ports, ces bateaux, précis ou esquissés, ces quais où l’on part et où l’on arrive, mais aussi ces installations qui évoquent des tragédies algériennes..

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Elle s’en ressent aussi dans les matières: des couleurs de terres méditerranéennes, mais également des mélanges de matériaux naturels et d’ajouts de matériaux industriels, comme venant de deux mondes différents, des techniques mixtes sans cesse renouvelées pour montrer que rien n’est figé, que tout se joue “dans un entre-deux”... Des traces d’écriture latine et des signes qui évoquent l’arabe, sans en être vraiment: l’artiste ne maîtrise pas l’écriture arabe, mais tient à évoquer ainsi les deux mondes, et peut-être aussi sa propre mère, restée analphabète toute sa vie.

Mais l’artiste n’en reste pas à la confrontation des deux mondes. Une fois revenu en France, il a eu besoin d’affronter la tragédie algérienne: “Quand je suis arrivé d’Algérie pour me réinstaller en France, c’était en 2000: l’Algérie sortait quand même de dix années de guerre civile. J’ai été meurtri dans ma chair et j’ai eu besoin d’évacuer tout cela”.

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Parmi les oeuvres qui évoquent le plus directement cette période, l’installation Tibhirine, sur laquelle il a travaillé trois ans, en hommage aux moines assassinés par les islamistes: “J’étais à Médéa quand cela est arrivé, dans ce qu’on appelait alors ‘le triangle de la mort’, par loin du monastère”. Vingt ans après les faits, l’artiste a donné sa version de ce drame, cet assassinat, d’une simplicité effrayante, dans une oeuvre elle-même « simple et digne, occultant volontairement la violence et la barbarie du crime» : sept sacs en chanvre, accrochés à sept cintres tous différents, comme pouvaient l’être ces sept moines. Ces cintres eux-mêmes suspendus à une corde qui finit au sol dans un sac de noeuds.

Tout aussi frappant, cette valise faite de barbelés, qui désigne à la fois le désir de partir et son impossibilité.

Dans une troisième oeuvre, l’artiste évoque un drame qui parle à tous les Algériens, peut-être moins aux Français: le massacre de Ramka, qui s’est produit en 1998, au cours duquel un millier de personnes ont été égorgées par le Groupe Islamique armé. “Je devais en parler”, dit simplement l’artiste qui a choisi pour ce faire de prendre un vecteur qui parle aux Occidentaux: le Guernica de Picasso.

Voilà pour le volet le plus violent de son travail, sa façon à lui de ne pas fermer les yeux, de témoigner par son art de ce qu’il a vécu.

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Quand il évoque plus simplement l’exil, les oeuvres ne sont pas pour autant apaisées. Dans la série “Ports et exode”, la mer est bien souvent rouge, les environs restent souvent lointains, au mieux imprécis, au pire inaccessibles. De Marseille, on voit clairement les bateaux, mais on n’aperçoit que très légèrement, au loin, Notre Dame de la Garde. 

Oran, Alger, Marseille… “Deux pays qui se tournent le dos”.

Aujourd’hui, l’artiste fait beaucoup de personnages, des visages, des portefaix, des gens qui portent des choses sur leur dos. Bref, des gens pour qui la vie n’est pas de tout repos. “Si l’art est fait pour rendre compte de ce qui est joli et beau, cela ne m’intéresse pas vraiment”, poursuit cet artiste, qui ressent les difficultés qu’il y a à vivre et qui ne cherche qu’à les faire partager dans son oeuvre.

VOIR LE TRAVAIL DE HABIB HASNAOUI  →

Habib Hasnaoui est né en Algérie et a fait ses études en France. Il a ensuite fait son service militaire en Algérie où il a décidé de rester travailler en tant que dessinateur industriel, à une période difficile où le pays était plongé dans la guerre civile. 

Il est revenu en France, s’installer dans le Tarn où il se consacre désormais entièrement à son travail d’artiste. Quand j’étais dessinateur industriel en Algérie, j’étais amené finalement à faire des collages et des découpages. C’est sans doute par ce biais-là que je suis passé à l’art. Aujourd’hui, il varie encore plus les techniques, ne s’interdisant rien: peintures, installations, acrylique, collages, techniques mixtes, etc. 

Il a enrichi encore les techniques en travaillant sur les ajouts de matière: ‘j’aime rajouter des microbilles de verres aux pigments ou au vernis, quand j’ai besoin de donner de la matière à certaines toiles. Je mets plusieurs couches, mais après, je gratte, j’enlève, pour parfois retrouver les couches inférieures”.

Expo 2018...

L’artiste va exposer en septembre au musée de Ferrières, dans le cadre de l’exposition Exils et refuge. L’exposition comprendra également des oeuvres du peintre irakien Genjo Selwa, les œuvres du peintre  espagnol Francisco Bajen (décédé en 2014), les œuvres du peintre  estonien Nicolaï Greschny (décédé en 1985.) 

Découvrez son travail ( 21 oeuvres )


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Habib Hasnaoui
Mazamet, France


valise peinture sculpture pays visages figuratif

Ajouté le 19 nov. 2019 | Commentaires

FABIEN BOITARD

“Ça aurait pu être une très belle toile!

Fabien Boitard peint des paysages, des portraits, des natures mortes… Bref, il ne renie aucune des catégories de genre reconnues de l’histoire de la peinture, mais celui qui pense y trouver une sorte de réconfort en sera vite pour ses frais : l’artiste brise  les codes en apportant à ses toiles une touche volontairement iconoclaste. Entretien avec un artiste qui joue avec ambiguïté de la notion de “style”. 

Vous avez fait les Beaux-Arts à une époque où l’on disait que la peinture était morte. Comment en êtes-vous venu à faire malgré tout de la peinture figurative?

A partir du moment où on vous assène : “En peinture, tout a été dit, tout à été fait”, il y a deux réponses possibles: on s’exprime par d’autres médiums, ou on s’obstine en se disant: “puisque tout a été fait, je suis totalement libre de tout faire”, sans chercher absolument l’interstice restant entre tous les genres existants. J’ai donc au contraire repris les thèmes classiques de la peinture, le paysage, le portrait, la peinture d’histoire, en essayant tout de même d’apporter une attitude qui apporte quelque chose de nouveau. Pour cela, j’aime composer avec des intentions (chercher à retranscrire le doux, le violent, etc) et trouver tous les outils, ce que je nomme factures/outils, les possibles pour y parvenir: l’attitude, le thème, les techniques, les formats, devaient pouvoir un jour me servir... sans protocoles pré-établis.
emptyname-4.jpgComment définiriez-vous votre travail?

C’est compliqué, car j’ai effectivement développé tout un langage, un “style”, même si au départ, il s’agissait de fuir le style! Ce n’est pas un hasard si j’habite dans une zone rurale: j’ai choisi de m’isoler des réseaux culturels et du bruit qui impose, qu’on le veuille ou non, ce qu’on doit faire.

Au bout de quinze ans de travail, je pense être parvenu à trouver ma voie… Aujourd’hui je vois arriver une nouvelle génération de jeunes peintres proches d’une esthétique que j’ai contribué entre autre à défendre. Celle de la combinaison et du rapport de factures.
Il faut dire aussi que mon travail est lié aux nouveaux outils apportés par des logiciels comme Photoshop, qui permettent désormais d’intervenir sur l’image et d’isoler certains effets (le flou, le violent, le doux, le sale, le propre, le Noir et Blanc, etc) pour transformer l’image de manière parcellaire, en fonction de ce que l’on souhaite obtenir.

J’aime l’idée de pouvoir me déplacer très vite. Que l’on puisse prendre la mesure des possibles en peinture. Ces combinaisons peuvent apparaître comme un ajout numérique. Je recours à ces codes pour objectiver certaines parties du plan de la toile mais je prône au final le recours à une subjectivité totale. Je ne peux y échapper. Je me suis inventé les moyens de poser un regard personnel sur ce qui m’entoure. Comment je perçois le monde. Un outil qui me force à faire des choix et à prendre position. Les sujets quant à eux sont puisés sur les écrans ou dans ce qui m’entoure ou m’arrive directement. Mon rève serait d’inventer une nouvelle perspective… quasi affective.

sans-titre-2012-huile-sur-toile-110x145-cm.jpgDans la série La Cène, le sujet est classique, le traitement m’est personnel. La nappe à carreaux vichy est peinte et j’y tiens beaucoup: le fond est aussi important que ce qu’il y a dessus. Et puis, je pense qu’il y a une dimension iconoclaste dans mon travail, dimension qui disparaît si je prends simplement une nappe vichy que je colle directement sur ma toile.

En fait, soyons francs: j’aime l’idée que les gens se disent: “Cela aurait pu être une très belle toile!”.
Pour cette série sur la Cène, ce fond peint très laborieusement avec cette autre façon de poser la soupe dans les assiettes est finalement une autre façon d’envisager le médium même. J’ai renforcé encore l’apparente simplicité du travail en n’utilisant que des contrastes simples. L’une des toiles joue sur les complémentaires rouge/vert, une autre sur les complémentaires bleu/orange. Donc je fais une belle nappe, sur laquelle sont posées 13 assiettes peintes.

Sur quel sujet travaillez-vous actuellement?

Je suis simplement à l’écoute de mes envies. Aujourd’hui, je ferai bien un portrait, peut-être un paysage. En fait, d’une certaine manière, j’ai passé quinze ans à ouvrir des portes. Maintenant, je vais rentrer dans les pièces! Et comme j’ai essayé d’annexer un territoire très large, il y a de multiples possibles et, je le sais d’avance, je n’aurai pas assez d’une vie pour en explorer tous les recoins.Mais le départ est toujours le même: je pars d’une envie, et j’avance à l’aveugle. 

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De manière générale, je fais d’ailleurs très peu de dessins préparatoires. Ce que j’ai à dire, je ne le sais pas à avance et j’aime être surpris par ce que je perçois du monde, mon rapport à lui.

Fabien Boitard est originaire du Loir-et-Cher et a étudié aux Beaux-Arts de Bourges.

Il s’est installé dans la région Occitanie en 2001, à Aniane (34), où il a monté en 2003 avec Olivia Mauron une association d’art contemporain qui a organisé des expos dans un des lieux emblématiques de la ville, La Chapelle des Pénitents.

Fabien Boitard est maintenant un artiste confirmé qui a exposé dans plusieurs musées de la région et ailleurs. Il a travaillé avec plusieurs Frac dont celui du Languedoc-Roussillon et est maintenant représenté par plusieurs galeries dont la galerie Odile Oms à Céret (66) ou la galerie Dupré et Dupré à Béziers.

Il est aussi représenté par la galerie Le Corridor à Arles et la Galerie Benjamin Derouillon à Paris.


peinture style abstrait figuratif

Ajouté le 24 sept. 2019 | Commentaires

DARIO AGRIMI

L’Italien Dario Agrimi ne se donne aucune limite : peinture, sculpture, installations, au gré de son inspiration et de son envie de transmettre une idée, une émotion.

Dario Agrimi peut peindre, dessiner, inventer de nouveaux objets, poser une phrase sur un socle et la transformer en œuvre. Bref, il ne s’interdit aucun thème ni aucun médium. 

Et cette gourmandise ne fait que se renforcer année après année, de manière selon lui toute naturelle : « Chaque artiste s’inspire de sa propre expérience. Et plus vous avez d’expérience, plus vous êtes inspiré ! Et puis, je me laisse facilement contaminer par tout ce qui m’entoure ». 

Il résulte de cette curiosité insatiable, de cette écoute attentive à tout ce qui l’entoure une œuvre abondante et extrêmement variée. Si l’on regarde les objets et les sculptures, certains évoquent évidemment Duchamp et ses ready-made, quand l’artiste met sous vitrine un objet non transformé, mais d’autres penchent davantage vers des artistes de l’absurde quand il donne vie à de nouveaux objets, comme ce balai-béquille, intitulé sobrement : « faire de nécessité vertu »…

Dans tous les cas, ce qui intéresse l’artiste, « c’est l’idée et la réaction que j’ai décidé d’éveiller chez le spectateur. Mes sculptures ont clairement pour but de le troubler, et si ces bouleversements sont négatifs (vis-à-vis de l’œuvre ou de l’artiste qui l’a produite !), finalement tant mieux. L’art n’est pas fait juste pour faire sourire. Ce qui compte, c’est que l’oeuvre laisse une trace dans l’âme humaine, et finalement ce sont les expériences négatives qui y parviennent le mieux ».

Quelle que soit le sujet et le medium, l’artiste pense son œuvre très en amont : « Le début des travaux est prévu et étudié en détail. Il n’y a pas de spontanéité dans ce que je fais. Une étude, des calculs et de la précision ».

Tout comme il réfléchit au sujet de ses sculptures et installations, l’artiste ne choisit pas au hasard ses mediums quand il s’attaque à des représentations figuratives: quand il réalise des portraits avec des cheveux, la démarche a un sens : « L’idée est de représenter quelqu’un ou quelque chose en utilisant son patrimoine génétique. Les cheveux contiennent ces éléments. Ils peuvent permettre de revenir au propriétaire. Je comprends que certaines personnes puissent éprouver de dégoût, mais personne n’a dit que l’art est pour tout le monde ».

L’artiste ne s’interdit rien, et estime que c’est même là l’essence de l’art : « N’ayant pas de limites, l’art offre d’infinies possibilités d’accomplissement à la fois économique et esthétique. Aujourd’hui, l’art est un véritable business. La société de masse tend à sous-estimer les chances de gagner dans ce secteur. Finalement l’art et la politique sont très proches l’un de l’autre».

Cette approche globale, cette responsabilité qu’il se donne en tant qu’artiste le ne laisse pas lui-même exempt de toute inquiétude et angoisse. Même s’il avoue que le temps nourrit son œuvre, le temps lui apporte aussi son lot d’interrogations et de peur : « La peur de ne pas être en mesure de réaliser ce que je devrais. La peur de cesser un jour d’exister en tant qu’artiste. J’imagine mon esprit, un jour bloqué, incapable d’accomplir ce pour quoi il a été fait. Le temps est la chose qui m’effraie le plus ». Et pour rajouter encore à cette angoisse qui le ronge, quand on lui demande son œuvre préférée, il répond : « Celle que je n’ai pas encore créée».     Texte  A.D

VOIR LE TRAVAIL DE DARIO AGRIMI →

Découvrez son travail ( 107 oeuvres )


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Dario Agrimi
Italie


sculpture peinture éclectisme peur

Ajouté le 14 sept. 2015 | Commentaires

Une œuvre, une histoire - La seule différence entre moi et les surréalistes, c'est que moi je suis surréaliste.

UNE ŒUVRE, UNE HISTOIRE

C’est en  1995 que Christian Girault a visité le sud de la Bolivie où les paysages désertiques sont parfois hallucinants. Il ne le savait pas à l’époque, mais une partie de ces déserts est appelée le désert de Dali, en raison des formes improbables de ses rochers, rappelant des éléments des tableaux de Salvador.

Travaillant dans l’informatique et le secteur bancaire, c’est seulement en 2008 que Christian Girault décide de changer de vie pour se consacrer à sa passion première : la peinture. Son approche est originale et il travaille principalement sur des compositions photographiques qu’il réalise comme story-board préalable à l’œuvre. Il se définit comme un "cinéaste sur toile", tant le scénario est généralement le moteur de l’action qui va suivre sur la toile.




Pouvant laisser sédimenter une idée dans son esprit durant une année et la reprendre au moment jugé opportun, il lui est donc devenu évident d’associer ce paysage bolivien à Dali. C’est en hommage au génie, mais aussi au côté impertinent de Dali, d’où sa présence théâtrale et pour tout dire surréaliste sur la toile. En véritable "cinéaste sur toile", il joue avec le noir et blanc du paysage et la couleur du rocher. Mais Dali, devait-il être en couleur ou en noir et blanc ? Que pouvait apporter la couleur à une apparition surréaliste de Dali ? En définitive, le fait que Dali jeune vivait au moment de la photo noir et blanc a fait qu’il est représenté en noir et blanc. Restait à trouver le lien entre lui et le rocher…

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Ajouté le 14 sept. 2015 | Commentaires (1)

Une œuvre, une histoire - Lines of water d'Alexander Shumtsov

 

 

 

 
 
 

UNE ŒUVRE, UNE HISTOIRE

LINES OF WATER (LIGNES D'EAU) - ALEXANDER SHUMTSOV

Quel nom étrange ! Ou plutôt quel pseudonyme étrange ! Votsmush est en fait l'anagramme de Shumtsov, son véritable nom de famille. Il aime par-dessus tout mettre les choses sans dessus dessous, c'est même devenu un principe de vie pour cet artiste aquarelliste diplômé de l'École des beaux-arts de Crimée et qui vit actuellement entre Sébastopol et Moscou.

 


 

 

Ce soir-là, c'était la fête de l'eau. Alexander Votsmush avec quelques amis ont plongé de grandes feuilles de papier dans l'eau de la rivière, puis se sont jetés à l'eau. Allongés sur les feuilles de papier, ils se sont laissé porter par le courant jusqu'au pont. Une fois sortis de l'eau, ils ont déposé les feuilles de papier sur le parapet du pont et ils sont tranquillement rentrés dîner. C'était le papier qui servit de support à la création du tableau  "Lines of water" (Lignes d'eau) .

 

 
 
 

Comme souvent chez Votsmush, son tableau "Lines of Water" évoque un lieu que l'on croit connaître. Ici, l'église Santa Maria della Salute à Venise, mais si l'on regarde bien, ce n'est pas vraiment Venise. Ce n'est pas non plus la Sallute, et ce pont n'existe pas dans la "cité des doges". Les bateaux ressemblent à des gondoles, mais n'en sont pas vraiment. Sommes-nous dans une Venise d'un autre temps ? Votsmush brouille les pistes avec poésie et nous emporte dans un monde inhabituel où son imagination débordante se conjuguent à sa technique impulsive.

 

 

 



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