Ajouté le 2 oct. 2019 | Commentaires

Le Mo.Co.

Montpellier s’apprête à ouvrir un centre d’art dédié aux collections

Avec le Mo.Co, Montpellier inaugure un lieu d’une conception nouvelle: ce ne sera ni un musée cherchant à acquérir des oeuvres, ni un centre d’art cherchant à concevoir des expositions inédites.

Entre les deux, le Mo.Co, pour Montpellier Contemporain sera un lieu dédié principalement à l’accueil et la présentation de grandes collections, qu’elles soient d’origine privée ou publique. C’est a priori le seul centre d’art public qui va être inauguré en Europe en 2019.

Crédit photo : PCA-STREAM

Le lieu va ouvrir le 28 juin en accueillant les chefs d’oeuvre d’une grande collection privée japonaise, la collection d’oeuvres qui vont des années 60 à nos jours, rassemblée par un industriel, Yasuharu Ishikawa. L’exposition suivante viendra de Russie et sera au contraire une collection publique. Dans tous les cas, Nicolas Bourriaud cherche des collections qui présentent un point de vue sur l’art et qui permettent de montrer des oeuvres inédites jusqu’ici en France, voire en Europe.

A l’origine de cette initiative, le maire Philippe Saurel qui a fait venir à Montpellier Nicolas Bourriaud, co-fondateur du Palais de Tokyo et ancien directeur des Beaux-Arts de Paris. Nicolas Bourriaud est arrivé à Montpellier en 2016 avec pour mission de refonder un peu la sphère art contemporain dans la ville. Il chapeaute désormais trois institutions, ce futur musée-centre d’art qui va s’installer dans un hôtel ancien du centre ville, à deux pas de la gare, mais également un autre centre dédié à des expositions, la Panacée, et il dirige en parallèle l’école des Beaux-Arts. C’est en fait l’ensemble des trois qui est regroupé sous l’intitulé du Mo.Co, mais le vaisseau amiral est clairement le centre d’art.

Avant l’arrivée de Philippe Saurel à la mairie de Montpellier, le bâtiment qui va héberger le Mo.Co-centre d’art devait accueillir tout
autre chose: un musée de la présence française en Algérie, voulu par l’ancien maire George Frêche, dans une ville qui compte de très nombreux Français d’Algérie.

Changement de cap, et changement d’ambition avec le Mo.Co.

De gauche à droite :  Sébastien Truchot (Chiambaretta Architecte), Nicolas Bourriaud (Directeur Général du Mo.Co.), Philippe Saurel (Maire de Montpellier, Président de Montpellier Méditerranée Métropole),  
Vanessa Bruno (Présidente de l’ EPCC Mo.Co.), B. Lavier (artiste)
crédit photo : Ville et Métropole de Montpellier

Les travaux avaient déjà commencé pour aménager les lieux et la ville avait même fait des premières acquisitions pour doter les lieux de documents. Mais le nouveau maire a donné un coup d’arrêt à un projet qui restait délicat, pour le réorienter sur quelque
chose de plus inédit et plus contemporain: les collections ont été revendues au Mucem et un nouveau cabinet d’architecte a réorienté les travaux. Coût total: 22 millions €, dont 6 millions qui ont dû être ajoutés pour réorienter le bâtiment. Le coût de fonctionnement annuel, lui, sera de 6 millions par an pour les trois sites.

L’hôtel qui accueille le centre d’art possède une cour et un jardin qui vont eux aussi faire l’objet d’une rénovation. Nicolas Bourriaud a eu l’idée de faire appel pour cela à Bertrand Lavier, artiste conceptuel connu mais qui a aussi pour caractéristique d’avoir fait ses
premières études à l’école d’horticulture de Versailles. C’est donc davantage en tant que paysagiste qu’il a été sollicité. Bertrand
Lavier a choisi des plantes de tous les continents pour un jardin qui proposera une carte géographique, avec cinq plages
matérialisant les cinq continents. Et au milieu, la fontaine classique avec son bassin rond assez large accueillera une sculpture à la fois paysagère puisqu’elle sera constituée d’un empilement d’arrosoirs, et ludique, puisqu’elle pourra évoquer malicieusement l’arroseur arrosé des frères Lumière. Et, petit plus auquel semble beaucoup tenir l’artiste, “il y aura aussi deux petites mascottes dans ce jardin, deux tortues”.

Pour inaugurer comme il se doit ce nouveau lieu, la ville a décidé d’accompagner cette ouverture d’un parcours d’oeuvres d’art, qui sera visible  du 8 juin au 28 juillet, et qui permettra de relier les trois lieux, le Moco-Centre d’art, la Panacée et l’Ecole des Beaux-arts: 100 artistes, régionaux, nationaux et internationaux, présenteront des oeuvres sur ce parcours, soit dans la rue, soit dans des vitrines. “Nous avons reçu des projets, nous en avons commandé d’autres”, explique pour l’instant Nicolas Bourriaud.

Avec cette configuration nouvelle et inédite, Montpellier compte bien se faire une place en matière d’art contemporain au niveau
méditerranéen et mondial.         Texte : A.D


Deux questions à Nicolas Bourriaud

“Le Mo.Co. permet une organisation efficace”

Vous gérez trois organismes. N’est-ce pas une complexité supplémentaire?

Au contraire. L’organisation du Mo.Co, qui regroupe trois lieux aux objectifs
différents, permet de relier l’ensemble de la chaîne de l’art contemporain dans la ville, de la formation (l’école des Beaux-Arts) à la conception d’exposition et la
présentation de collections. Le Mo.Co, avec l’Hôtel Montcalm, va devenir le lieu des collections du monde entier.

Plus important encore, il permet une synergie efficace et des économies d’échelle
importante. Cela nous a par exemple permis de recruter récemment plusieurs
curateurs de dimension internationale, qui vont à la fois s’occuper du programme
d’exposition des deux lieux et intervenir à l’école des Beaux-Arts.  Vous savez, avec trois cycles d’expo annuelles à la Panacée, avec trois expositions par an au Mo.Co, plus quelques projets hors les murs, il y a de quoi faire!

Vous êtes en parallèle cette année le commissaire de la Biennale d’Istanbul 2019. Comment gérez-vous cela depuis Montpellier?

Je vais là aussi essayer de créer des synergies, puisque six étudiants des Beaux-Arts de Montpellier vont aider à l’organisation sur place de l’événement. Et on devrait récupérer pour une exposition à la Panacée certaines oeuvres produites pour la
Biennale d’Istanbul.

Nicolas Bourriaud - crédit photo : Ville et Métropole de Montpellier


Montpellier Nicolas Bourriaud MoCo art contemporain

Ajouté le 1 oct. 2019 | Commentaires

INTERVIEW PHILIPPE SAUREL

Depuis votre élection en 2014, l’art contemporain est l’un des piliers de votre politique culturelle. Pourquoi ce choix?

Quand je suis arrivé à la mairie en 2014, clairement l’art contemporain était le maillon manquant de la culture à Montpellier. Il fallait faire quelque chose pour compléter l’offre riche par ailleurs en matière artistique, notamment grâce au dynamisme du musée Fabre.

J’avais deux options: “L’option Bilbao”, autrement dit faire un geste architectural remarquable et réfléchir ensuite à ce qu’on mettait dedans. Ou considérer que Montpellier est une émulsion de culture et réfléchir avant tout à apporter une dynamique à ce terreau culturel. C’est ce que j’ai choisi.

J’ai tout de suite eu des projets, mais ils ont évolué. J’avais prévu de transformer l’ancienne mairie en Centre d’art contemporain, car la morphologie du bâtiment s’y prêtait. J’avais même déjà décidé le logo d’accroche! (voir photo)

Mais la problématique en parallèle de l’Hôtel Montcalm a fait évoluer les choses. Cet Hôtel, en coeur de ville, devait accueillir le musée de la France en Algérie, que personne ne voulait réellement, ni le public ni les politiques.

Dès mon élection, j’ai visité le bâtiment. On m’avait dit que les travaux étaient presque terminés, j’ai vu en réalité un gros chantier. Du coup, j’ai tout arrêté, à un moment où le chantier était encore convertible. J’ai passé une convention avec le Mucem de Marseille pour qu’il intègre à ses collections les documents déjà achetés par la ville et j’ai transformé le projet pour qu’il porte le projet d’art contemporain que je souhaitais.

Tout cela a pu se faire car en parallèle, l’agglomération se transformait en métropole, qui obtenait le label FrenchTech, ce qui permettait de transformer l’ancienne mairie en hôtel d’entreprises pour la FrenchTech!

Philippe SAUREL, Maire de Montpellier, Président de Montpellier Méditerranée Métropole - Crédit photo : Ville et Métropole de Montpellier

Nicolas Bourriaud porte ce projet, le MoCo, Montpellier Contemporain. Quel est son rôle exactement?

Il nous fallait quelqu’un d’ambitieux et doté d’une belle notoriété pour porter l’art contemporain à Montpellier. Nicolas Bourriaud est la personne idéale, il a dirigé le Palais de Tokyo et l’école des Beaux-Arts de Paris et a un parcours international important (il va diriger la Biennale d’art contemporain d’Istamboul 2019). Nous avons du coup souhaité lui donner un poste avec de grandes responsabilités: il va diriger le MoCo, qui rassemble à la fois la Panacée, l’école des Beaux-Arts dont il deviendra le directeur au départ à la retraite du directeur actuel, et le nouveau musée de l’Hôtel Montcalm.

Et pour compléter cette dimension internationale, je n’ai pas souhaité prendre la présidence du Moco. C’est Vanessa Bruno, une styliste de renommée internationale, qui a accepté de rejoindre l’équipe.

En parallèle, la ville s’appuie sur deux autres piliers pour compléter l’offre culturelle artistique: Michel Hilaire, conservateur du musée Fabre, dirige le Musée Fabre, le musée Sabatier d’Espeyran et va s’occuper de la programmation du Carré Sainte Anne que je souhaite elle aussi tournée vers le contemporain.

Et la ville gère la programmation de l’espace Bagouet, de la salle Saint Ravy et du Pavillon populaire, qui, lui, est consacré à la photo.

Nicolas Bourriaud Directeur Général de Montpellier Contemporain (MoCo)  - Crédit photo : Ville et Métropole de Montpellier

Quels rapports la ville de Montpellier (et vous-même) entretenez avec les artistes présents sur le territoire?

La ville compte de très nombreux artistes à qui la ville n’offrait pas de possibilité d’exposition. Dès mon arrivée, j’ai décidé que la salle Bagouet allait accueillir des artistes de Montpellier et de la région: Michel Descossy, Mohammed Lekleti, Bocaj, Al, etc, ont bénéficié d’importantes expositions. Et en parallèle, la salle Saint Ravy accueille des expositions d’artistes sélectionnés sur dossiers par la ville, ce qui permet à des jeunes de se faire connaître. Certains ont ensuite trouvé des galeries. 

Mais il faut croiser un peu les régionaux et les autres. Je suis également très fier d’avoir exposé Hervé di Rosa au Carré Sainte Anne: cet artiste, sétois et international, n’avait jamais exposé à Montpellier. Et puis, tous les lieux profitent les uns des autres: le street artiste américain Jone One a exposé au Carré Sainte Anne mais a offert à la ville une superbe toile qui a intégré les collections du Musée Fabre.

En dehors des lieux, la ville a activé une nouvelle politique d’installations des artistes en centre ville. Nous avons installé des ateliers d’artistes dans des locaux qui appartiennent à la Serm, la société d’équipement de la ville, et des artistes et artisans d’art ont pu s’installer, aussi bien dans le quartier Figuerolles que dans le quartier proche du Musée Fabre. L’un des derniers dossiers aboutis concerne Abdelkader Benchamma.

Et puis j’essaie de proposer un projet une ou deux fois par an aux étudiants des Beaux-Arts de la ville pour qu’ils puissent intervenir sur des édifices publics. Cette année, nous avons organisé un concours pour les halles Laissac, et c’est une jeune Coréenne  (Mona Young-Eun KIM, Artiste et étudiante en 5ème année à l’ESBAMA (École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier Méditerranée Métropole) qui l’a emporté avec une magnifique proposition qu’on pourra voir sur la verrière du bâtiment. J’avais déjà fait cela quand j’étais adjoint à la culture: c’est un jeune des Beaux-Arts, Betka, qui avait ainsi fait la fresque sur une façade en face du Corum.

Et nous allons continuer à habiller le tram. Le concours sera lancé pour habiller la ligne 5. On a déjà beaucoup de propositions, y compris venant d’enfants! Le jury recrutera quatre ou cinq noms pour la finale en 2019.

Mohamed Lekleti à l’Espace Dominique Bagouet - Crédit photo : Ville et Métropole de Montpellier

Quels sont les artistes de Montpellier que vous appréciez personnellement?

J’ai des liens d’amitié avec Pierre Soulages que je vois fréquemment, et j’aime beaucoup certaines figures importantes de Support-Surfaces, Vincent Bioulès, Claude Viallat ou François Rouan. Mais j’aime aussi des artistes plus jeunes. En 2000, on avait fait une belle expo au Carré Sainte Anne avec Yann Dumoget, qui avait fait participer les Montpelliérains à des tableaux de l’an 2000. Suite à cette expo, l’artiste avait ensuite été pris en résidence à Berlin. Et puis j’avoue avoir moi-même pratiqué un peu la peinture et la sculpture (sur bois, cire, plâtre, pierre) et c’est sans doute pour cela que j’ai aussi beaucoup de goût pour le travail de la matière. On a la chance d’avoir des céramiques importants, à Saint Jean de Fos par exemple. Dernièrement, j’ai pu apprécier le travail de Loul Combres, qui travaille la terre à Prades-le-lez.

La ligne 4 a été habillée par Christian Lacroix - Crédit photo : Ville et Métropole de Montpellier

Le MoCo va ouvrir en 2019. Que prévoyez-vous pour cette ouverture?

Chaque année, Montpellier organise une ZAT, une zone artistique temporaire qui se passe dans les quartiers. En 2019, exceptionnellement, la Zat aura lieu dans toute la ville et sera entièrement consacré aux arts plastiques pour accompagner l’ouverture du Moco. On va accueillir 100 artistes, le plus possible dans les espaces publics. Une partie sera consacré aux artistes du mouvement Support-Surface, une autre aux artistes de la région, une troisième à des artistes internationaux.


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