Ajouté le 2 oct. 2019 | Commentaires

PHILIPPE PICQUART

La ville, terrain de destruction et de création

Le photographe Philippe Picquart s’intéresse aux paysages urbains. Mais il n’hésite pas à intervenir sur ses photos noir et blanc pour proposer une interprétation personnelle du lieu.

Philippe Picquart est attiré par les lieux où la vie s’en est allée, par les êtres croisés avant d’être rencontrés. Et notamment par les murs des grandes villes où il traque les témoignages des activités humaines. Les murs : certains vont droit dedans, d’autres les contournent, les plus courageux les abattent, des taggers les signent, des publicitaires les investissent, le temps les use, Philippe Picquart, lui les prend à témoin. Traces ou témoignages, soulignés d’accidents urbains, d’actes volontaires, créatifs ou destructeurs, le photographe a toujours cherché sur les murs les témoignages des activités humaines.

Il sillonne pour cela la planète: Paris, Berlin, Rabat, mais également Riga, Manille, Hanoï ou Bamako.

Mais il intervient ensuite sur ce que la ville peut lui offrir. Première forme d’intervention, assez classique: le choix du Noir et Blanc, qui magnifie et donne tout de suite un cachet intemporel à ses vues urbaines. Mais le photographe-plasticien ne s’arrête pas là: il réintervient une fois chez lui par un travail plastique en intégrant d’autres éléments photographiques, donnant ainsi une dimension plus graphique à l’image d’origine. Ces différentes traces de couleur jaune, en fonction de leur forme et de leur positionnement apportent lumière, énergie et modernité à la photographie. Elles orientent le regard du spectateur, et mettent généralement l’accent sur la force des personnages.

« Et puis dans les années 2000, je me suis installé à Rabat au Maroc et j’ai entamé un travail sur la rupture du jeûne pendant le
Ramadan ». Ce travail, qui permet de mettre l’accent sur les moments de partage entre les Marocains, a donné lieu à une exposition en 2008 puis un livre.

Quel que soit le thème retenu, le photographe-plasticien essaie par son travail “de rendre beau ce qui a priori ne l’est pas, tout en attirant l’attention du spectateur sur l’état d’abandon dans lequel les hommes laissent des sites industriels, culturels, cultuels ». L’œil sensible du photographe transforme les lézardes et les graffitis en tableaux.

« Mon travail peut-être à la fois très spontané mais il peut aussi exiger un long travail de préparation quand il s’agit de faire de longues heures de pistes pour rejoindre un ancien fort abandonné ou de réaliser un travail relevant plus du reportage comme celui sur la rupture du jeûne qui avait nécessité des autorisations pour entrer dans une prison, dans un hôpital ou un orphelinat ».

Un travail à la croisée de deux regards, celui d’un photographe documentaire et celui d’un plasticien.  Texte : A.D

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Noir et blanc photographie abstrait Maroc