Ajouté le 19 févr. 2020 | Commentaires (1)

CAILHOL

Quand la campagne aveyronnaise mène à des oeuvres fantastiques

Cailhol est né en Aveyron il y a plus de 70 ans et continue à y vivre. C’est là qu’il a construit l’essentiel de son oeuvre, qui passe de scènes figuratives inspirées par la campagne qui l’entoure à des paysages abstraits qui virent au fantastique, le tout à l’aide d’un simple stylo bille.

Cailhol n’aime pas voyager. Il est né en Aveyron, y vit toujours et c’est dans ses terres que s’inscrit son parcours d’artistes, même si sa peinture n’a jamais été franchement réaliste. “Dans les années soixante-soixante-dix, j’ai réalisé des peintures qui représentaient des moments de la vie à la campagne, des personnages et des animaux cernés de noir avec une recherche dans les nuances de couleur,  ce qui leur donnait un aspect quasi religieux”, explique l’artiste.

Autodidacte, Cailhol découvre l’histoire de l’Art au travers de magazines et  approfondit sa technique de peinture à l’huile en reproduisant d’après photos, des œuvres de Van Gogh, Gauguin, etc…. Il va d’ailleurs très vite commencer une collection de livres d'art qu'il ne cessera jamais d'étoffer.

Son oeuvre se caractérise alors par ce double ancrage, dans sa terre aveyronnaise et dans l’histoire de la peinture, qui le pousse à chercher une certaine stylisation. Les lignes se déforment, les personnages apparaissent plus anguleux, la couleur plus lumineuse est utilisée par aplats.

En 1977, son style se transforme radicalement et aboutit aux peintures fantastiques, de grands paysages oniriques sans aucune présence humaine. L’artiste enrichit sa technique en associant alors peinture, collages, crayon.
L’artiste a toujours été fasciné par les civilisations disparues et leurs vestiges, aussi bien les précolombiens que les statues-menhirs du Sud Aveyron. C’est ainsi qu’il crée des oeuvres qui finalement racontent un monde détruit par quelque cataclysme et dont il ne reste que des vestiges… tout en restant fermement ancré à sa terre.

Du religieux, par le biais des statues-menhirs, l’artiste est vite passé à quelque chose d’un peu plus … fantastique. “Quelque soit la technique, il y a dans mon oeuvre des sujets récurrents, et je pense que cette veine fantastique, que j’ai développée par la suite était présente dès mes premiers travaux”.

Cette injection d’éléments fantastiques au sein d’un univers figuratif se voit notamment dans la série «parties de campagne» , directement issue des peintures paysannes de ses débuts dans laquelle l’espace est complètement rempli de personnages et d’objets. Au premier abord une scène banale de vie quotidienne, mais en regardant mieux, le spectateur découvre une infinité de  seynettes qui cohabitent, plusieurs univers qui se cotoient. On la retrouve également dans les livres, où l’artiste crée, sans se poser la question de définir son univers: “Certains livres comme ceux qui concernent les champignons s’appuient sur un travail concret, les autres (cranepelotes, oisofer , …) sont totalement imaginés. J’écris les textes dans tous les sens du terme : invention puis écriture à la main lors de l’élaboration du livre sachant que chaque livre n’existe qu’en un seul exemplaire’.

Petit à petit, année après année, son oeuvre évolue, à la fois dans ses sujets, pour s’affranchir de plus en plus de la figuration, et dans sa technique, l’artiste privilégiant rapidement le dessin, un dessin qui se doit d’être juste au premier trait, puisqu’il privilégie le stylo bille qui n’autorise aucun repentir. 

“Dans le dessin il y a une recherche de la difficulté avec la suppression de la couleur. La technique s’est simplifiée et depuis 2001, l’artiste se consacre exclusivement au dessin au stylo bille, avec parfois deux couleurs (rouge et noir), parfois une seule.
L’artiste va continuer à alterner les « Dessins fantastiques » et une veine plus réaliste, avec par exemple une série de natures mortes comportant des livres et divers objets. Dans les dessins fantastiques, l’artiste propose des compositions parfaitement équilibrées, qui jouent avec le vide: les éléments représentés se serrent les uns contre les autres sur une toute petite partie de la feuille, le reste étant laissé totalement blanc. Le vide non pas comme élément de respiration mais au contraire comme quelque chose d’asphyxiant, qui prend toute la place.
Mais les statutes-menhirs ne sont jamais loin: en 2015, il réalise une série de dessins intitulés «méga lithes» , en deux mots, pour marquer leur originalité, leur différence. traits au stylo bille, parfois agrémentés de collages.

Comme des amis lui font remarquer que ces dernières statues n’ont plus grand chose à voir avec les statues menhirs du Sud Aveyron, il leur invente une histoire… et les dote d’un univers propre. L’artiste qui travaille beaucoup par série a donc enrichi le patrimoine aveyronnais: il y avait les statues menhirs, il y a maintenant les dessins de Cailhol. Tout aussi énigmatiques, et qui posent autant de questions à ceux qui les regardent.


dessin aveyron gravures

Ajouté le 18 févr. 2020 | Commentaires

MÉLISSA TRESSE

La mixité fragile du vivant

Melissa Tresse aime les animaux, morts ou vivants, réels ou imaginaires. Ils constituent sous sa pointe sèche un bestiaire qui plonge ses racines dans les contes médiévaux mais qui en dit long aussi sur la précarité du vivant à l’époque actuelle.

Sur le site de Melissa Tresse, quatre entrées principales: gravures, peintures, dessins et… “ces bêtes”.

Il faut sans doute commencer par cette rubrique pour comprendre ensuite les oeuvres. Ces bêtes… ou toutes les petites bestioles que la jeune Melissa Tresse gardait, conservait, exposait dans son enfance: une chauve-souris suspendue en l’air entre quatre fils, un squelette de belette, sagement présenté, os par os, dans une petite boîte, une créature composée d’un corps d’insecte volant et d’un crâne de souris...

 “J’ai grandi à la campagne, et j’ai toujours aimé collectionner les choses, notamment les os, les squelettes. J’avais même créé un musée chez nous, dans le poulailler. J’avais viré les poules, et j’exposais mes animaux à moi. Et puis, petit à petit, j’ai continué à collectionner, mais en personnalisant un peu mes trouvailles. J’assemblais les éléments et créais des chimères. Toute cette enfance a évidemment alimenté ma création artistique”.

Avec ce contexte en tête, on passe aux peintures, dessins, gravures, pour découvrir un bestiaire comprenant toute sorte d’animaux vivants ou imaginaires.

“Ce monde animal m’a toujours permis de relier mon enfance aux contes, au monde médiéval réel ou fantasmé”.

Dernier dessin en date: une arche de Noë, thème qui par essence intègre toutes les espèces existantes, mais que l’artiste a justement traité autrement. Dans un premier dessin, un bateau ventru, mais échoué et sans plus aucun signe de vie, humaine ou animale. Dans le deuxième, trois êtres vivants ont réussi à prendre le large… mais il s’agit de trois êtres humains, et dans le troisième, les seuls animaux visibles sont des poissons échoués et sans doute asphyxiés…. 

Au XXIè, siècle, avec ce que l’on sait de la destruction du milieu naturel, voilà la vision d’une arche de Noé qui laisse peu d’espoir. 

Autre vision, guère plus optimiste dans un autre dessin, où l’on voit un poisson volant remorquer des individus dans une barque à la dérive.

“Le mythe et la fable sont pour moi comme un langage vivant qui me sert à interroger le présent. Ces images poétiques entrent en résonances les unes avec les autres, se répondent, comme si comme si elles avaient fait partie d’un livre dont on aurait perdu le contenu”.

D’autres gravures ou dessins montrent des traitements plus légers, où l’humour, voire l’absurde, se font une place: “Je suis fascinée par l’incroyable mixité du vivant et le potentiel de formes qu’elle recèle. En dessinant, je tente de suggérer plutôt que définir avec précision la nature étrange des corps représentés, tout en gardant une grande spontanéité dans l’écriture graphique”. 

Que ce soit en dessin ou en gravure, les personnages se mêlent ainsi aux poissons, oiseaux, mammifères, sans souci de réalisme ou d’échelle, tous mis au même plan, l’artiste accordant la même importance aux uns et aux autres.

Melissa Tresse fait des liens entre les différents acteurs du monde vivant, comme elle en fait avec les techniques: “Pour l’Arche de  Noé, ce sont des dessins à l’encre de Chine pour pouvoir ensuite les tirer en sérigraphie, éventuellement avec des couleurs. C’est une technique que j’ai encore peu pratiquée, mais qui permet de faire des ponts entre gravure et dessin”.

Car l’artiste pratique avant tout la gravure, sous toutes ces formes: les eaux-fortes sur plaque de zinc, en incisant la plaque vernie avec une pointe sèche, une technique permettant d’infinis détails; mais également des pratiques plus brutes, comme les bois gravés, qui permettent d’autres formes d’expression.

Le travail de Melissa Tresse est a priori intemporel: la gravure, sous toutes ses formes, est un art ancien; le thème du Bestiaire remonte au moins au Moyen-âge, voire à l’Antiquité. L’artiste ne cache pas que des artistes comme Jérôme Bosch ou Brueghel ont été de vraies sources d’inspiration.

Malgré tout, elle apporte une touche de modernité évidente, à la fois en reliant le thème à la situation actuelle de la planète, et en intégrant des gravures dans des présentations parfois insolites, où la gravure est par exemple découpée… en suivant le bord du motif (hérésie suprême pour tous les amateurs de gravures anciennes).

Elle a ainsi exposé en 2013 des gardiens imposants au château de Lanoux, des figures gravées dans des planches de cèdre de très grand format. “Exposer les bois directement apporte autre chose que d’exposer les gravures, car cela revient à exposer un travail qui relève de la sculpture, un travail en relief fait avec les burins et les ciseaux à bois. Ce qui compte ici, c’est que l’image du corps apparaît dans des creux, des éraflures, des grands coups de gouges, des petites griffures laissées dans la matière dense. A partir de ces bois,  j’ai réalisé de grands frottages. Les figures sacrées, très simple, imposantes sur le bois, prennent alors l’apparence de linceuls extrêmement fragiles”.

Derrière l’apparence ventrue de l’arche de Noé, derrière la solidité des gardiens, se cache toujours une autre façon de voir les choses.
Le monde est peuplée d’êtres vivants… mais cela ne pourrait avoir qu’un temps.    Texte : A.D

VOIR LE TRAVAIL DE MELISSA TRESSE →

Née en 1985, Melissa Tresse a toujours vécu en Ariège, dans la campagne. Elle choisit une option arts plastiques au lycée.

Pour comprendre son parcours, il faut mentionner un élément familial important: Mélissa Tresse a pour parents deux artistes peintres: “Ce qui veut dire deux choses. D’une part, je savais qu’il était possible de vivre de cet art, mais…. d’autre part, en grandissant, je ne voulais surtout pas reproduire le modèle que j’avais sous les yeux. J’ai donc choisi le théâtre”.

Le goût pour le dessin et les arts plastiques l’a rattrape, et Melissa Tresse s’inscrit en fac d’arts plastiques à Toulouse. Elle y reste deux ans, et choisit la troisième année de poursuivre par l’enseignement à distance pour pouvoir avoir en parallèle plus de pratique: elle part en Tunisie apprendre le soufflage du verre six mois, puis aux Canaries, chez un graveur qui lui fait découvrir toutes les potentialités de la gravure. 

Elle poursuit en intégrant les Beaux-Arts de Nîmes en troisième année, et continue la gravure…. “mais c’était une pratique considérée comme ringarde. Donc au bout d’un moment, j’ai continué mais sans montrer mes travaux aux profs!”.

Depuis, Melissa Tresse pratique en alternance dessins, gravures et peintures.

Découvrez son travail ( 8 oeuvres )



Gravure peintures sculptures noir&blanc