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11 juil. 2017
L’art aborigène d’Australie : un art millénaire menacé de disparition Commentaires 3


Les premières peintures rupestres aborigènes remontent à la nuit des temps (plus de 50 000 ans). Elles sont antérieures à celles retrouvées en Europe (Chauvet ou Lascaux). Premières formes d’art connu, perpétuées sur leur support originel (roche, sable…) jusqu’à il y a une vingtaine d’années et en utilisant des techniques « modernes » ( toile, acrylique…) depuis les années 1970, elles sont à présent menacées de disparition.

L’art aborigène est à la fois un art sacré et un art rituel utilisé lors des cérémonies d’initiation. Il représente les récits mythiques du Temps du Rêve, le temps des êtres surnaturels qui ont surgi de la terre, voyagé et créé le monde et les êtres vivants. L’espace temps sacré, espace parallèle au notre, existe toujours, mais seuls les initiés peuvent entrer en contact avec lui lors de cérémonies rituelles.

Au moment de la génèse du monde, ces êtres mythiques surnaturels ont laissé des traces dans le paysage. Les peintures, sortes de cartographies narrative et symbolique, en figurent les itinéraires et redonnent vie aux actes de création du monde. En liant les deux mondes, le mode sacré et le monde profane, en activant et en diffusant l’énergie vitale des grands ancêtres, elles permettant à la vie de se perpétuer et au monde de ne pas disparaître. Les grands artistes aborigènes peignent pour assurer la survie de leur communauté et plus largement du monde ! L’art aborigène est un art spirituel fondamentalement collectif au style naturaliste, figuratif ou géométrique.

Le « mouvement artistique aborigène » proprement dit est né dans les années 1970 sous l’impulsion d’un professeur anglais Geoffrey Bardon qui poussa les élèves de la communauté de Papunya (centre de l’Australie) à reproduire sur des murs, des panneaux ou de la toile les motifs du Temps du Rêve. Selon le critique Robert Hughes, le dernier grand mouvement artistique pictural du XXème siècle était né… Les représentations sacrées porteuses de pouvoir et d’histoire étant réservés aux initiés, différentes techniques (comme le pointillisme) furent utilisées par les artistes pour préserver leur caractère secret et n’en montrer que la partie profane. Le succès fut tel que les ventes d’art aborigène culminèrent jusqu’à 200 Million USD par an dans les années 1990-2000. Après avoir été longtemps ignoré, ce succès commercial permit aux communautés aborigènes de se reconstituer et de diffuser leur culture millénaire au monde sous une forme adaptée.

Considéré comme l’héritage d’une civilisation en voie d’extinction, cet art fut catégorisé par le marché de l’art comme « art ancien, ethnographique ». Progressivement cantonné dans des stéréotypes, des techniques et des motifs standardisés, il donne la part belle aux artistes « historiques » et laisse peu de place à une création aborigène contemporaine. Rares étant les marchands à se risquer à soutenir de jeunes artistes, les grands initiés porteurs de la tradition picturale millénaire disparaissant sans transmettre leur art, la vitalité et le renouveau de l’art aborigène est sérieusement en question. D’autant que les communautés aborigènes disséminées dans le pays, souvent isolées et porteuses de leurs propres traditions, sont menacées de regroupement près des grandes villes par les gouvernements régionaux.

L’art rupestre ancien, est lui aussi en danger, menacé par le développement urbain l’exploitation minière, l’érosion et le vandalisme. 50% des œuvres rupestres pourraient disparaître dans les quarante prochaines années si elles ne sont pas protégées.

Le soutien de quelques institutions muséales internationales telles que le Musée du Quai Branly ne peut se substituer à celui des autorités locales qui peinent à reconnaître, préserver et soutenir l’identité, la culture et l’art des natifs de la « terra nullus » (terre qui n’appartient à personne » selon la déclaration en 1770 de James Cook, un des découvreurs de l’Australie), pourtant composante première de l’identité australienne.

Au-delà, sans mobilisation, ce qui constitue le plus ancien patrimoine de l’humanité pourrait à terme se réduire à une base de données numériques de pétroglyphes disparus et de peintures produites pour les profanes, tronquées de leurs motifs originels sacrés, ce qui signerait la disparation de l’art aborigène d’Australie, art premier essentiel se perpétuant depuis l’âge de pierre.

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Art Aborigène Australie