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Antoine Zamariola - Enfanteur de troubles

L'œuvre d'Antoine Zamariola peut évidemment s'envisager de bien des façons. Comme souvent lorsque la peinture abstraite ne se contente pas de s'afficher hors des champs de notre perception ou de notre capacité à l'appréhender, lorsque l'œuvre abstraite fait sens donc, elle stimule de nombreuses interprétations.
Elle les stimule mais ne s'y prête pas. Au contraire de certains tableaux qui font tâche parce qu'ils ne sont rien d'autre, tâches, jet, gouttelettes ou aplats en recherche de chair, au contraire donc de ces tableaux qui se prêtent, se coulent pour ainsi dire, au moule interprétatif de n'importe quel bavard, les tableaux de Zamariola ne se donnent pas, ils ne se laissent pas faire. Ils sont un peu rétifs, rebelles. Ils sont en réaction.
En les observant, on est frappé d'emblée par quelque chose de l'enfance.

D'une enfance qui n'aurait rien d'enfantin, rien de naïf, qui pourrait même être assez sombre.

De l'enfance, l'œuvre garde parfois les traits épais, comme jetés par des doigts dans la hâte de trouver une forme qui conviennent à l'élaboration graduelle de ce qui advient presque malgré soi sur la toile. Fauteur de trouble, certainement pas, mais enfanteur de troubles, oui.

De l'enfance encore dans certains tableaux qui se découvrent soudain des accointances avec quelques animaux de fabulistes, oiseau, mouche, taureau, loup… Des animaux qui se perdraient dans une sorte de vitrail au bestiaire fantastique, tout un paganisme libéré de la stricte conscience.

Dans d'autres tableaux, visible sur son site, c'est la profondeur qui nous frappe. Une profonde noirceur, un terreau cauchemardesque nourri aux grandes errances de l'humanité, celle d'aujourd'hui et celle d'hier. Il y a alors de la tragédie, du drame qui se répand en balafres douloureuses, à peine contenue par l'espace du tableau. Les univers flirtent parfois avec le fantastique d'un Jean Ray, mais ils se heurtent également aux meurtrissures du siècle qui vient de s'éteindre.

Ce n'est plus d'enfance alors qu'il s'agit, à moins qu'il ne s'agisse de l'enfance des démocraties, de l'errance d'un monde trop jeune encore et trop peu sage pour prendre la pleine conscience du mal qu'il se fait à lui-même.

Ce monde qui va si mal, si tragiquement de travers, je ne sais si l'art en général, l'art plastique en particulier, peut le soigner, le guérir. Ce que je sais, ce dont j'ai la certitude, c'est que l'art en général nous offre la possibilité d'y porter un regard différent, un regard plus lucide, détaché des contingences immédiates du matérialisme libéral, détaché des passions individualistes du pouvoir politique ou économique, détaché mais pas indifférent. Détaché mais pas niais.


Finalement, Nous regardons les tableaux de Zamariola et quelque chose dans les tableaux de Zamariola nous regarde


Christophe Kauffman

Antonio Zamariola