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Patrick Jannin

Patrick Jannin
fr France

Patrick Jannin, né en 1971, nous livre, au travers d’une œuvre abondante et protéiforme, une vision du monde des plus dérangeantes, ou pour reprendre l’expression freudienne, d’une inquiétante étrangeté. Cet adorateur de la beauté a au fil des ans construit un monde à part, en marge des modes et des courants artistiques, dans lequel l’homme, déchu et condamné depuis la nuit des temps à l’enfer perpétuel, côtoie – comme pour faire plus ressentir, si besoin était, sa laideur et sa bassesse – des créatures à la beauté saisissante, femmes à têtes d’animaux ou animaux à corps de rêve, déesses tout droit venues des mythes anciens, qu’on a dit barbares puis condamnés afin d’installer dans la tête des hommes un symbole de mort et de vide existentiel, un dieu vengeur, le dieu menteur. Quant à la vérité, chez ce peintre, elle se trouve, tout simplement, pour qui sait seulement ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure, sur la branche de l’arbre ou sous les taillis d’une forêt équatoriale, sous la forme du Cerf ou du Rouge-gorge, de la Hyène ou du Zèbre. Autant d’animaux-symboles, autant de totems jalonnant l’existence de celui qui aspire à aller plus haut, plus loin et plus profond, et tous porteurs d’une même énergie, tous beaux et lumineux, même dans leur noirceur et dans leur cruauté, car ainsi que les a fait la Nature. Alors oui, ainsi peut-on voir l’univers de Jannin : un monde à trois entrées, où chaque médium (dessin, photographie et peinture) apporte avec lui ses propres questionnements mais aussi au final LA réponse : la beauté. La beauté comme quête, la beauté comme un rempart contre la bêtise inhérente aux hommes, la beauté comme source de lumière, nécessaire à la vie elle-même.



Articles

C.V

C.V

Expositions collectives :

- 2017 : IMPETUS FESTIVAL, Les Docks, Lausanne / du 27 AVRIL au 8 MAI

- 2016 : Ticket to Ride ! / Minimenta, Paris
Who the fuck is Misungui ??, Paris
A L'Intérieur, festival Impetus, Belfort
E² Fest: CHAIRS FRAICHES, Bruxelles
Festival Freak Wave, galerie Pop Up + La Briqueterie, Amiens


- 2015 : Danse Mort & Veuves Joyeuses (UDA), à Nancy
BRUTS, Le Chantier + L’Art en Marche, à Cassaignes
ZOO, Le Cabinet d'Amateur, PARIS
Minimenta / 1 Figure, Le Cabinet d’Amateur, Paris
La Chapelle, exposition United Dead Artists, Paris

- 2014 : BILAN PROVISOIRE, 5 ans d'éditions à La Belle Epoque, Lièges
Un Figure, une figure, Le Cabinet d'Amateur, Paris
BILAN PROVISOIRE, 5 ans d'éditions à La Belle Epoque, Galerie La Belle Epoque, Villeneuve d'Asq
Freak Wave, Le Point Ephémère, Paris X
Buffonneries, au Cabinet d'Amateur, Paris XI

- 2013 : Inside / Outside, avec La Belle Époque [Arts Contemporains] et l'Association Antimatières, à La Cité St Georges, à Lille.
Blanc & Black, au Cabinet d'Amateur, à Paris.
Nuit Blanche, mairie du XI, à Paris.
Féebrile + Jannin, galerie Les Singuliers,
à Paris
Small is Beautiful, au Cabinet d'Amateur - Paris. Du 5 au 14/09
Love etc. (titre provisoire), au Cabinet d'Amateur, à Paris.
L'Etrange peuple de Freak Wave, au Musée de l'Erotisme - Paris.

- 2012 : L'Etrange peuple de Freak Wave, au Musée de l'Erotisme - Paris.
Small Is Beautiful (II), Le Cabinet d'Amateur, Paris
Strip-tease, Le Cabinet d'Amateur, Paris
Chic Dessin, Paris
Bestiaire Mariole et Bestioles Singulières, Paris

- 2011 :CHIC ART FAIR, à Paris
Art Cannes, à Cannes
CHIC Dessin, à Paris,

- 2010 : Petits Formats, Le cabinet d’Amateur, Paris
Works on Paper, Le Cabinet d’Amateur, Paris
Singular Art-Fest, galerie Casa Matei de Cluj-Napoca, Roumanie
Art Nomade/Art en Marche - Musée de Lapalisse, à Issoire
Vanités, Le cabinet d’Amateur, Paris
Cutlog au Palais de La Bourse, Paris
(N’)ayez (Pas) Peur, Galerie Golden Brain, Paris

- 2009 : Feuilles Libres, au Cabinet d'Amateur, à Paris.
Nuit des Arts & des Mondes, à Paris 15
Personally Political - Contemporary Sensation, Juin 26 -Juillet 17, Art House Tacheles BERLIN
Objectif Lune 69 09, au Cabinet d'Amateur, à Paris, en juillet et septembre
Itinéraires – Art Contemporain, mairie du 9ème, à Paris, en septembre

- 2008 : Salon de Lyon et Sud est - L'Art dans la Rue, à Luxeuil - Salon Figuration Critique, à Lyon

- 2007 : Livres d’Art, galerie Jane Huart, à Bordeaux, et Dessins à la galerie Artmateur, à Tours
L’Art dans la Rue, à Luxeuil,
The Bic Show, galerie Art de Rien, à Paris
La 1ére Nuit Des Arts Et Des Mondes, Paris XV

- 2006 : Arts Partagés, à Rives - Salon de Baugé - Galerie Artmateur, à Tours - Festival d’Art Singulier, à Banne
Puls’Art, au Mans - Le Frisson du Marais, à Saône

- 2005 : La Vigne et Le Vin, Galerie WAM, à Caen
Biennale des Arts Plastiques, à Besançon
Festival d’Art Singulier, à Banne - M.A.C de Pérouges
Itinéraires Singuliers, à Dijon


- 2004 : Galerie Geste, à Besançon
exposition itinérante avec Bô, ( jusqu’en 2007 ) -
Galerie des 4 Coins, à Hauterives -
Musée de L’Art En Marche, à Lapalisse -
Festival d’Art Singulier, à Banne -
La Vigne et Le Vin, Musée Marcel Sahut, à Volvic

- 2003 : La Vigne et Le Vin, à Latresne – Galerie des Trois Pignons, à Dijon


- 1997 et 1998 : Salons des Artistes Ouvriers, au Havre


Expositions personnelles :

- 2014 : Fables Ineffables, Le Coin De Rhu, Douarnenez.

- 2013 : Féebrile + Jannin, galerie Les Singuliers,
à Paris

- 2012 : solo show à Chic Dessin - Paris
Prix du Dessin 2012

- 2008 : "Sacre et Massacre", Galerie Kennory Kim, à Paris

- 2007 : Galerie Jane Huart, à Bordeaux

- 2005 : bibliothèque de Belfort

- 2004 : "Typhus et Choléra", au Bal des Ardents, à Lyon

- 1997 : Les Yeux d’Elsa, au Havre


Publications :

- 2017 : Banzaï spécial Horreur
- 2016 : Banzaï VIII
Chairs fraîches, catalogue d'exposition, galerie E²
Perspectives, auto ed.
Freak Wave #6
Chambre Pâle #3
- 2015 : Chambre Pâle #3, éditions micrOlab
Catalogue expo UDA, Danse mort & Veuves Joyeuses
ZOO, auto-édition
Féebrile + P.Jannin, auto-édition
- 2014 : Chambre Pâle #2, éditions micrOlab
RIFUEL FANGLANT # Hors série spécial TMNT, collectif - éd.Le Mat
Catalogue expo Blanquet Tête / Face à Liège, UDA
Patrick Jannin, photographies, aux Editions derrière La Salle de Bain
Freak Wave #5
- 2013 : Dead Panini #6, United Dead Artists
- 2012 : Freak Wave #3
Tranchée Racine 6, United Dead Artists
Le Coltin Grafik N°5 : La Musique Classique, Siranouche éditions
- 2011 : Père - Mère, de Hyves Haddad, ed. La Martinière
Le Coltin Grafik, n°4 - Les contes de Perrault, Siranouche éditions
- 2010 : Hopital Brut # 9 - Le Dernier Cri
- 2009 : Le Coltin Grafik, n°2 - Clap sur le Cinéma et n°3 - Le Jeu (collectif), Siranouche ed.
- 2008 : Le Coltin Grafik, n°1 - La Mythologie Grecque (collectif), Siranouche éditions
- 2003 : Alph’Art du Meilleur Fanzine au Festival BD d’Angoulême pour Rhinocéros contre Elephant, album collectif aux éditions Thot L’Ibis
- 2002 : Primé au Festival BD de Sierre pour La Fourmi Sismographe, album collectif aux éditions Thot L’Ibis
- 2001 : Supérette n°2 (collectif)

DE NATURA RERUM

DE NATURA RERUM

A coups de pinceaux, à coups de couleurs, à coups
d’écorce,
à coups de plume, à coups de canines
je construis, oeuvre après oeuvre, un rempart entre
moi et le monde.
Mes animaux, fiers, beaux, pleins de superbe, mes
animaux si dignes !
Mes animaux, même enragés,
contre la médiocrité et contre la laideur,
contre la faiblesse et contre la bassesse
Mes animaux contre la masse grouillante
des hommes.


Fables Ineffables

Fables Ineffables

J’ai donné au Hibou un corps d’enfant qui rêve, et au Cerf celui de deux femmes au moins, parce qu’il les aime belles et nombreuses. Au Serpentaire aussi d’ailleurs, mais ça c’était seulement pour rétablir la vérité, car Eve – et ça tout le monde l’ignore encore – après avoir croqué la pomme croqua également le serpent. Au Lapin, j’ai donné une tête oui, mais une tête de Lièvre, et par là-même les clés du clapier car on n’enferme pas les lièvres, et ça par contre, tout le monde le sait. C’est à ce moment-là que le Lièvre-Lapin est sortit de mes tableaux et s’est - sans demander la permission, car les lièvres sont ainsi faits - juché sur mes épaules. Alors moi, pas bégueule, je profitai derechef de ce nouvel anonymat pour exercer la photographie en toute quiétude.
Et puis, et puis j’ai rencontré un Homme. Celui-là était, je ne vous le cache pas, bizarre (comme on dit dans le monde). Il portait un masque, une sorte de Janus, mais à trois faces, et il avait dans la tête une idée fixe. Et il n’avait dans la tête absolument rien d’autre. C’était, comme je l’appris par la suite, L’Homme de La Foule. Et ce jour, j’appris également que cet homme-là, jamais il ne diffère vraiment de son voisin. C’est dommage.
Mais alors, quand fort de cet anecdote, le Lièvre-Lapin de Mars (à décembre au moins) est allé tout rapporter au Tigre, ce dernier se mit à rugir si fort que les murs en tremblent encore. Oh, vous savez ? On dit rougir de honte et on se trompe ! En réalité, je vous le dit, on rugit de honte ; parce que quand on se révolte, on le crie haut et fort, parce que ça fait mal à l’intérieur de soi, qu’on a les dents qui grincent et qu’on voudrait bien tout casser. La preuve de ce que j’avance ? Pardi ! Tu as déjà vu un tigre rouge ? Non ? Bon, alors cela signifie que j’ai raison.


23/05/14


Hélène, une histoire vraie

Hélène, une histoire vraie

Fin 2011, ma vie avait commencé à prendre l’allure d’un roman de Zola ; vous savez, quand vous avez l’impression que tout fout le camp, que vous ne maitrisez plus rien, et que ce qui pourrait vous arriver de mieux serait d’aller embrasser un mur, lancé à grande vitesse. C’est à ce moment que je me suis envolé pour Londres, avec en plus dans mes bagages, pour compléter le tableau, une fièvre carabinée.
Là-bas, plus frissonnant que jamais, je visitai une exposition sur Vincent van Gogh. Je ne sais pas si vous vous êtes déjà trouvé face à un paysage de van Gogh avec une forte fièvre, mais c’est une expérience que je conseille à tout le monde. Quelle claque ! Je voyais tout en 3D ! Je pouvais me promener dans ses toiles, aller même au-delà des cyprès. Je voyais tout, je sentais tout. Je comprenais tout. Une vraie révélation. C’est ça que je voulais faire, c’est à ça que je voulais arriver. Mieux ! C’est à ça que j’avais toujours voulu en venir en peinture, mais que les circonstances de la vie m’avaient, à leur manière sournoise, fait oublier. Le mouvement. Je voulais que ma peinture bouge, je voulais qu’elle vibre devant mes yeux. Je voulais que le spectateur (et moi le premier) ne trouve ni répit ni repos devant mes tableaux. Je voulais que sans cesse son regard aille d’un point à un autre, sans jamais se fixer. Je voulais être pris de vertige.
De retour chez moi, j’ai alors peint ma première Hélène. Une gamine avec des allures de poupée gonflable, un loup, du feu, et puis surtout des points. Des tas de points et de taches qui dansaient derrière elle. J’avais trouvé quelque chose, et ce quelque chose m’amusait. Il était temps !
Hélène allait ainsi revenir de toiles en toiles, elle allait capturer mon regard mais aussi ma raison, et j’en étais heureux. Je ne connaissais plus l’ennui. Et puis – car l’histoire comme toutes les histoires vraies ne s’arrête pas là et qu’un bonheur, dit- on, n’arrive jamais seul – il s’est aussi trouvé qu’un mois après mon retour en Hexagone, j’ai rencontré à une exposition une jeune femme qui portait le soir du vernissage la même robe que cette première Hélène. Elle aussi avait des cheveux longs et noirs, tout pareil. En fait, elle lui ressemblait tellement que d’aucuns ont cru, ce soir là, que je m’en étais inspiré pour mes dernières peintures. Le hasard, vous y croyez vous ? Et si je vous dis que cette fille en question se faisait appeler Féebrile, vous y croyez encore ?
La boucle était bouclée, et depuis ce jour-là, la fièvre ne m’a plus quitté.

Quant à Hélène, il semblerait que ce soit la peur qui jamais ne l’a quittée, même si, une fois, elle a prétendu le contraire (Hélène n’a plus peur) en s’affublant d’un masque au sourire grotesque. Mais nul n’ignore que si un masque peut cacher une expression – c’est son rôle - il ne peut pas couvrir des cris. Car Hélène crie, oh oui ! Elle hurle sa peur, le reste de son corps comme tétanisé face à un prédateur qui semble se tenir dans l’ombre du spectateur. Qu’elle soit seule ou avec ses amis, où qu’elle se trouve, Hélène n’en finit pas de crier. A cappella même ! Car la peur qui la tenaille n’aura au moins pas eu raison de ses valeurs, et la jeune femme reste fermement attachée au beau, si tant est que ce mot ait encore du sens. Mais … et si justement c’était ça qui l’effrayait autant ? Si c’était la laideur, la médiocrité et la bêtise qui la faisaient hurler ? Si c’était la vulgarité, dans tous les sens du terme, ce prédateur auquel Hélène, quasi morte de trouille, oppose, à défaut de mieux, son chant glacé ? Mais que peut-elle faire d’autre au final ? En effet, comment se défend-on face à la bêtise, face à l’ignorance ? La question reste posée. Et ma seule certitude, c’est qu’au train où vont les choses, Hélène n’est pas prête de trouver la paix.

P.Jannin – 07/05/13


PAROUSIE EN PARTOUZIE

PAROUSIE EN PARTOUZIE

Le Jugement Dernier



La vie comme une scène de théâtre. On y joue le Grand Retour du Ridicule – acronyme et nom de code : GRR. La peur et la colère sont de rigueur en temps de guerre, et du temps, nous n’en avons plus, puisque, la TV et le net le vomissent chaque jour, la Fin du Monde approche. 2012. La date est fixée. Le 21.12.2012, tu as rendez-vous avec la Faucheuse. Pas toi tout seul, non, toutes tes sœurs et tous tes frères seront avec toi. Prêts pour le grand saut ? Prêts pour l’ère du Verseau ? Le Grand Sot revient. C’est Mickey Christ, Jésus Clown pour les intimes, qui fait son show. Cène II, acte 1. Au menu ce soir, nous vous proposons une inversion des pôles. Les élus se verront tirés au sort à la fin du spectacle. L’histoire ne dit pas encore s’ils gagneront le Nirvana, une couronne de fleurs ou bien une brochette de vierges. MC J.C parle. Harangue. Exhorte la foule. Les deux mains en avant, il refuse toute charité, et nous dit que son pardon ne sera accordé à Personne. C’est son nom, Personne. Il l’a dit il y a plus de 2000 ans de ça. Mon nom est Personne. Soit. Alors allons nous faire foutre. Mais gardons le sourire, car ce soir c’est la fête.
Cène sur scène. De 12 plus l’UN, ils ne sont plus que trois. On nous refait le coup de la Trinité. Cette version là cependant est simplifiée, afin que même les analphabètes puissent comprendre ce qui se passe. Pour les autres, on a mis quelques clins d’œil, ainsi ces deux créatures. Référence déguisée à la peinture dite Ecole de Fontainebleau, où l’on voit deux femmes dans une loge. L’une pince le téton de l’autre. Renaissance. Après l’apocalypse, l’ignorance et le mépris seront la nouvelle règle. Ou bien est-ce déjà maintenant ?
Marie porte sur son sein l’Enfant Roi. Enfant mort-né, il a les doigts de sa mère en guise de couronne. The King is dead et Ave Maria. De l’œil, jadis si beau, de cette princesse, sortent des vers, car la pourriture la gagne déjà (la beauté est éphémère). L’asticot, véritable chrétien-démocrate, aime et mange toutes et tous. Il s’empiffre et se repaît de nos chairs. La femme de droite, avec son crâne en charpie, attend son heure, elle est sereine. Peut-être a-t-elle lu le Livre où il est écrit que la résurrection n’est possible qu’après le pourrissement de la chair. Ainsi elle ignore la peur et la souffrance.

Jésus Clown, citant Fontenelle, dit alors en ces termes :
<>.
.
Puis, dans un soupir, il ajouta : bande de gogos !
22/06/11


Le Prophète

Le Prophète

Je re-présente un avant-goût de l'Apocalypse.

Je suis un prophète et mon art représente l'avenir de ce monde. Les enfants naitront avec des gueules de vieillards, les autres pourriront sur place, gangrénés, enkystés dans leur propres chair et leurs vices se retourneront contre eux. La violence sera le seul langage possible et compris de tous, la culture sera enterrée, il n'y aura plus d'issue de secours.

Je ne fais pas l'apologie de la violence, pas plus que celle de la perversité, n'en déplaise à beaucoup parmi ceux qui "aiment" ce que je fais, pensant voir en moi un reflet d'eux-mêmes. C'est le contraire. Je déteste ça. Je déteste la violence. Je déteste cette surenchère dans la perversité, aussi fascinante qu'elle puisse être sur le terrain de la psychanalyse et de la sociologie, qui s'exerce sur les moeurs par l'intermédiaire des média. Mais tout ça existe, tout cela est vrai, tout cela est réel ! C'est d'actualité. Alors j'en parle.
Est-ce ma faute à moi si les seules prophéties qui se réalisent, comme nous le prouve l'Histoire de l'Humanité, sont aussi les plus pessimistes ?


Ipso facto

Ipso facto

Je conçois parfaitement que mon oeuvre, au premier abord, puisse rebuter. J'en ai parfaitement conscience, et ce n'est pas les commentaires que je glane ici et là qui me feront changer d'avis. Mais je sais aussi que si l'on veut bien s'arrêter devant un de mes dessins ou une de mes peintures un peu plus longtemps que le temps donné par les statistiques, à savoir les quelques secondes que le spectateur lambda passe devant une oeuvre lors d'une exposition, on peut voir les choses, MES choses, d'un oeil différent. Hors le cul, la violence qui parfois vous sauteront aux yeux à l'instar d'un chien agressif et malfamé, je ne saurais que trop vous engager à vous laisser aller à percevoir les mouvements qui sourdent de mes productions. Je parle du mouvement de la vie, de sa folie et de son caractère aussi vain qu'absurde. Je dessine nos envies, je peins nos rancoeurs, nos fantasmes et nos appétits les plus noirs; donc les moins avouables. Mais qui, possédant une boite crânienne farcie d'un cerveau en état de marche, oserait les renier ? Nous sommes TOUS semblables, au-delà de nos particularités génétiques et culturelles. Nous abritons TOUS autant que nous sommes les mêmes appétits sournois, les mêmes velléités, ça j'en suis sûr. Je côtoie les Hommes depuis trop longtemps maintenant pour qu'on m'en fasse douter. Je sais ce que j'avance, et c'est peut-être bien là ma seule certitude. Nous, Humains, sommes ce que nous sommes, et oui, ce n'est pas forcément beau à voir. Qu'importe alors ce à quoi l'on aspire, si tant est que l'on aspire à quelque chose, moi, et je me répète, je ne peins et ne dessine que ce que je vois. Ne vous en déplaise, je ne suis pas plus "fou" que vous, je ne suis pas le "monstre", l'handicapé mental que d'aucun se plaisent souvent à voir en moi. J'ai par contre, de même que certains artistes qu'on dira plus "lucides", cette sincérité qui m'empêche de mentir, à moi-même comme à vous. Et même si je sais qu'il ne sert à rien de vous demander de la partager, de la comprendre car ça ne vous rendra pas la vie plus facile, prenez sur vous, prenez le temps de regarder. Laissez-vous aller. Voyez-vous, je ne vous ressorts pas la sauce des anciens, je ne travaille pas sur ce que vous savez déjà. Loin de moi l'idée aussi de vous faire plaisir, a priori. Mais quoiqu'il en soit, je vous le promets, si vous prenez le temps de regarder, de respirer ce que je veux bien vous montrer, vous vous apercevrez que "cela" bouge, que "ça" vit, que c'est ça "NOUS".
Pensez-y avant de me condamner. Si j'étais cet énergumène agressif qu'en majeure partie vous pensez que je suis, sachez que je ne passerais pas ma vie à peindre. Non, je ferais la même chose que ceux que vous adulez : je vous mépriserais.

15/02/11


No Man's Land

No Man's Land

No Man’s Land, toile peinte lors d’une résidence que je fis à Paris en mai 2010 se veut être une réponse à Tant Qu’Il Y Aura Des Hommes, dont j’avoue n’avoir qu’un vague souvenir. Quoiqu’il en soit, tant qu’il y aura des hommes, il y aura de la vie, il y aura de l’espoir.
J’avais été invité à faire cette résidence afin de préparer une exposition sur le thème (N) Ayez (Pas) Peur. Il ne me restait plus, à moi, qu’à trouver ce qui m’effrayait le plus. Réponse immédiate : la guerre.
Mes parents l’ont connue, mon père a même participé après 45 à d’autres conflits de part le monde. Quant à moi je n’ai vécu que des luttes intérieures, des angoisses que j’ai su générer ma vie durant, sans faire trop d’effort il me faut bien l’admettre, pimentées ça et là de quelques traumatismes hérités de mes aïeux. Bref, tout est normal. Et l’âge aidant – l’art aidant ? – j’arrive de mieux en mieux à gérer ces luttes.
Enfin, pour information et en guise d’anecdote, j’ai achevé la toile un 8 mai. Y’a pas de hasard comme dirait l’autre.

Ca ne s’arrête pas là pour autant. Car cette peinture a généré dans sa réalisation même d’autres guerres, d’autres destructions.
Lorsque j’ai fait les premiers croquis, lorsque j’ai « pondu » ce projet, j’avais choisi comme titre Alice in No Man’s Land. Eprouvant depuis quelques temps déjà une certaine fascination pour l’ouvrage de Lewis caroll – je travaillais depuis deux ans sur le Lapin Blanc – je venais enfin d’entreprendre la lecture du célèbre livre dont ne me subsistaient que quelques souvenirs d’enfance. Et puis aussi Alice je la connaissais. Elle vivait dans un lointain Wonderland, un pays d’interrogations d’où j’étais à la fois présent et absent et au seuil duquel je rêvais.
Et dans ce projet la jeune fille qui tenait autant d’Alice que de Lolita – car elle n’était pas vraiment ingénue – se trouvait miraculeusement indemne au milieu d’un charnier sous un ciel de feu et de cendres. La vierge-putain était demeurée vivante et pure. Rien n’était alors tout à fait perdu. Il n’y a plus d’hommes ? Qu’importe puisqu’il s’agit d’un rêve, d’un Wonderland. L’espoir subsiste.
Oui mais. Et si ce n’était pas un rêve ?
Sort-on indemne de ses propres cauchemars ?
Si cette Alice là est restée désirable jusqu’à la ceinture, jusqu’au niveau des organes de la reproduction, elle reste néanmoins environnée de cadavres à des stades plus ou moins avancés de décomposition. Donc s’il y a encore un espoir de reproduction, de vie, il ne viendra que du seul spectateur, et à condition qu’il puisse, et veuille bien, « pénétrer » dans cette toile.
Mais qui le voudrait ? Regardez-là bien cette vieille gamine. Même sa poupée a la gueule gangrénée. Le jouet blond, ange pourri, lève sa main en un geste de supplication que le feu de la guerre semble avoir figé depuis longtemps déjà. Et son regard de plastique ne fixe pas le sein nourricier de la jeune fille qui joue à la poupée, mais le ciel, ce ciel multicolore qui évoque plus la palette du peintre-démiurge qu’autre chose.
Et puis même si les hanches de la femme-enfant font encore illusion sous la robe blanc-cassé (souvenir de quelque chose de virginal), le ventre dessiné en creux ne peut à coup sûr plus rien recevoir. Donc plus rien donner.
Le mal est partout, quand bien même le mâle, lui qu’on dit semeur de trouble, n’est plus.

Alors ça y est, c’est fini ? C’est l’Apocalypse, enfin ? Déjà ?
Peut-être pas, car on voit derrière Alice qui prévoyante a revêtu son masque mortuaire se profiler deux ectoplasmes, de sexes opposés pourrait-on dire. En tout cas moi je le dis.
Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Ca nul ne le sait. En tout cas ils sont là, pas menaçant du tout d’ailleurs puisque le plus froid des deux enveloppe la femme d’une gangue de boue glauque. Et puis si l’on regarde bien, il subsiste dans l’absence de barbelés à l’arrière-plan une issue, une porte.
Peut-être qu’on peut toujours rêver après tout.
Mais ça, ça n’est pas une raison pour ne plus avoir peur.

A Paris, le10 mai 2010
Patrick Jann!n


MATER DOLOROSA + SON

MATER DOLOROSA + SON

Lorsque je peignis ces deux toiles en juillet 2009, je sortais, si l’on peut dire, d’une longue période pendant laquelle j’avais dessiné sur toile à la plume et à l’encre de Chine, cherchant, de façon plus ou moins consciente ou raisonnée, à pénétrer au plus profond de l’humain. La plume était mon scalpel et je me voyais tantôt en chirurgien, tantôt en as de la vivisection. Il en était résulté une étude plutôt approfondie de l’horreur de laquelle, il me faut bien en convenir, je m’étais longtemps délecté. Puis petit à petit la couleur était réapparue, et avec elle la chair et puis la peau. Jusqu’à ce qu’enfin, par lassitude peut-être, je délaisse la plume, dont je ne me servirais alors plus que sur feuilles, au profit du pinceau. Au-delà de la lassitude il y avait aussi une tentative de simplification de l’acte, une sorte de logique. Quoi de plus logique en effet que de réserver la plume à dessin au support idéal, le papier, et la couleur et le pinceau à la toile ?
Bref, j’en étais là de ces considérations lorsque je trouvai ces deux toiles ovales, et parfaitement vierges.
Allez savoir pourquoi, cette forme de châssis m’avait toujours évoqué ces portraits en noir et blanc des aïeux. Il y en avait encore un chez mes parents. Un vieillard aux airs de Clémenceau dont on me disait qu’il était mon arrière grand-père. Un inconnu et pourtant mon ancêtre. Qu’il me soit permis aussi d’ajouter que mon rapport à la photographie avait été jusqu’à il y a peu un rapport à la mort. En effet, les seuls portraits qui ornaient les meubles de la demeure familiale furent jusqu’à l’arrivée des premiers petits enfants ceux de nos chers disparus.
En raison de tout ce qui vient d’être dit, il m’était alors apparu « nécessaire » de figurer sur ces toiles deux portraits d’aïeux imaginaires, aux visages graves et emprunts de dignité, mais néanmoins recouverts, en lieu et place d’épiderme, de vers roses et grouillants.
Vous-êtes vous jamais arrêtés à fixer du dessus un plat de spaghettis à la bolognaise ? Essayez et vous comprendrez. Je venais pour ma part de faire cette expérience picturale avec une toile de 100x100, un portrait en buste que j’avais nommé Lilith en hommage à la célèbre démone, et dont le visage était en fait un masque de ces vers.
Il faut bien comprendre qu’au-delà du caractère peu ragoûtant de cette technique, c’est son coté laborieux qui moi m’intéressait. Ces efforts de patience que je ne faisais plus depuis que j’avais délaissé la plume au profit du pinceau, je voulais absolument les revivre. Je n’aime pas la facilité. J’avais besoin d’en chier, besoin de me prendre la tête, besoin de me plonger dans cet état quasi-hypnotique qui quand je peins ou dessine, m’empêche de penser. Besoin aussi sans doute de me contraindre pour m’élever, et par là-même d’élever le niveau de ma création.
Quoi de plus naturel alors, puisque j’en étais là, au sortir je le rappelle d’une toile emprunte de démonologie, que de m’attaquer au plus célèbre des mythes de ce coté-ci du globe : la Sainte Vierge ? Ah je m’en délectais d’avance. Moi le bouffeur de curés j’allais maintenant mettre le paquet, et j’allais y mettre tant de soin que nul ne pourrait prétendre que mon antichristianisme n’était qu’un coup de gueule facile, un pétard mouillé.
N’est-ce pas paradoxal cela dit que de vouloir se plonger dans un état quasi-hypnotique et de faire appel à une discipline de fer, à l’instar d’un jeune converti, afin de lâcher ses ires sur la plus célèbre des religions ? Il serait si simple de peindre une croix à l’envers ou un christ bandant. Non, ça n’est pas paradoxal. Pas pour moi en tout cas.
Primo, c’est avec leurs propres armes qu’on élimine ses ennemis, question de déontologie.
Secundo, même si les religions me font vomir, je reste fasciné par l’art sacré parce que justement il se situe au-delà de tout. Il suffit pour s’en convaincre de regarder le retable d’Issenheim ou le plafond de la Chapelle Sixtine.
Tertio enfin, pour moi tout artiste qui se respecte a rapport au sacré. En ce sens où la création est cet acte par l’intermédiaire duquel l’homme se situe au-delà du commun et grâce auquel il lui est permit de s’entretenir avec les forces, les énergies, la magie ou peu importe le nom qu’on donnera à cet état - l’état de grâce – qui parfois submerge ceux d’entre nous qui savent nager/voler, nous donnant par là-même une bonne raison de poursuivre dans notre voie, de continuer à respirer, de vivre.

Mater Dolorosa ne pouvait pas s’appeler la Sainte Vierge. Je ne convoquai ici nul miracle, nul discours à l’eau (bénite) de rose (cruciforme).
La Douleur. C’est si important encore de nos jours pour l’occidental. La douleur, le pêché, la culpabilité. Encore, encore ! On en réclame toujours plus. C’est le christianisme qui nous y enjoint.
Comment une religion basée sur l’Amour et rien d’autre a donné un tel ramassis de bêtises toutes plus dangereuses les unes que les autres pour le bon développement de l’intelligence individuelle, c’est une autre histoire. Qu’on comprenne simplement pourquoi c’est de douleur que je voulais parler.
Douleur qu’éprouve celui qui cherche encore jour après jour un sens à sa vie, refusant la réponse prédigérée vendue entre les pages du Livre des Livres.
Douleur, douleur notre mère, je sanctifie ton nom !
Douleur enfin de n’être qu’un être de chair quand on se voudrait pur esprit. Car en effet, vous imaginez-vous, vous, la vierge assises toutes jupes retroussées au dessus d’un trou d’aisance, ou Jésus lui-même lâchant quelques vents au beau milieu du discours qu’il prononça devant les Pharisiens ? J’avoue pour ma part que ça me gène un peu, et ça me gène parce que je sais que c’est vrai. Parce que ça aussi c’est être humain. Parce que c’était des humains, des hommes et des femmes de chair et de sang, avec peut-être juste un peu plus de cervelle et de folie que le premier quidam venu pour ce qui concerne Jésus. Mais aussi avec un petit et un gros intestin.
Douleur – Chair – Viande. Des humains donc.
Approcher le Sacré, ce serait alors transcender cet état « physique » via la foi, une croyance forte. N’être pas qu’un intestin sur pattes, être plus que ce que l’on est, que ce que notre naissance a fait de nous. Douleur alors devant l’effort à accomplir.

Le quatrième œil sur l’auréole m’est apparu comme en un songe, puis SON lui-même, le Fils, par transparence. Autosuggestion, fatigue, mauvaise alimentation ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Cela a été. Je l’ai vécu. Ainsi soit-il.
Après, seulement après, j’ai appris que dans la Bible il est écrit qu’il est nécessaire de pourrir pour ressusciter.


Patrick Jannin
Belfort, le 16 mai 2010


Propos sur Le Lapin. Entretien fictif portant sur la série Lapin(e)s ainsi que sur certaines toiles.

Propos sur Le Lapin. Entretien fictif portant sur la série Lapin(e)s ainsi que sur certaines toiles.

Q : Le lapin, qui hante ton œuvre depuis quelques années déjà, qui est-il ?
Et puis surtout, pourquoi ?

R : Pourquoi faut-il se demander pourquoi ? Qu’est-ce que ça peut foutre ? Pourquoi on fait ce qu’on fait, pourquoi on pense ce qu’on pense, pourquoi cependant on fait rarement ce qu’on pense ? Ca ne m’intéresse pas. Je me moque des raisons pour lesquelles j’agis de telle ou telle façon. Toute cette prose pseudo littéraire aux accents psychanalytiques m’emmerde, car ça n’a pas de sens. Chacun est libre – je ne vois de toute façon pas comment ni de quel droit j’empêcherais le spectateur de penser ce qu’il veut et d’y aller de sa propre interprétation. Chaque individu dispose d’une grille au travers de laquelle il juge, analyse et « comprend » ce qui l’entoure. Et chacun d’appeler ça, SA réalité, SA vérité.

Q : Oui, mais alors : qui est-il ce damné rongeur aux oreilles en érection ?

R : Primo, tu l’as dit, c’est un rongeur, et comme tous ceux de sa race, ses dents poussent tout au long de sa vie, à l’instar de nos ongles et de nos cheveux. Ce qui fait que, s’il ne les use pas, elles finiront par être si longues qu’il en crèvera, incapable qu’il en sera devenu de se nourrir. Tu connais l’expression « se faire les dents » ? Ca a une connotation plutôt agressive en général. Et ce n’est pas dénué de sens.
Ensuite, d’un point de vue symbolique, on raconte dans certaines religions que le lapin serait un intermédiaire entre dieu et les hommes, ce qui lui évite de finir en civet. Mais pour d’autres, il a surtout cette sale réputation qu’on attribue à la Cigale dans les fables de La Fontaine. A savoir : un branleur, toujours prompte à faire la fête et à se taper sa voisine de clapier.
Maintenant, pour ce qui me concerne, je vais te dire ce qu’il est, au-delà de tout ce verbiage indigeste autant qu’inutile. Oui, inutile, car quand je peins ou dessine, je ne me dis pas : tiens, je vais mettre tel symbole pour induire telle ou telle pensée chez le spectateur. Mon but n’est pas de prendre les gens par la main pour les conduire à Katmandou ou au temple. Moi, je m’amuse. Et tout le reste, je m’en moque.
Donc : le Lapin est abject, méchant, fourbe, vindicatif, hypocrite, menteur, mythomane, machiste, obsédé, violent, méprisant, méprisable, immoral, puant et chiant .
Le Lapin ne t’aime pas. Le Lapin t’emmerde. Et sous pas mal de points de vue, Le Lapin te ressemble.
A ceci près que lui se fout de ton jugement, de ton avis, de ta morale, de tes hypocrisies.
Comme il se fout de tes attentes. Car il est libre. Dénué de respect, il n’en attend de quiconque.
En définitive, le Lapin ne devrait craindre de jugement que de Dieu, arguant qu’il n’a de compte à rendre qu’au Créateur et à Lui seul. Mais là aussi, il s’en fout !
Parce que Dieu, c’est LUI.



P.Jann!n – 8/12/10


P.JANN!N, vu par Yannick Le Guern

L’œuvre de Patrick Jannin est la matérialisation d’une quête d’absolu, d’expression de révolte, de liberté totale, de singularité puissante, dans ses peintures, ses dessins, sa vie.

Pour décrire son monde, rien moins besoin que de faire appel aux philosophes, dont il ne se réclame pas, mais qu’il incarne : Stirner pour l’Unique, Carlyle pour la Sur-âme, et Nietzsche pour l’acuité du regard sur le monde, l’impératif de nuire à la bêtise, la recherche de la perfection et la volonté d’être, l’éveil des consciences.

Le trait est précis, subtil, nerveux, maîtrisé. La recherche est quotidienne, la production considérable et exigeante, à l’instar du travail des maîtres de la renaissance italienne, fondateurs dans son parcours. Les toiles non parfaites sont détruites.

Sa réflexion, comme son art, sont un syncrétisme parfait, distancié, approprié, nourrissant son œuvre. On pourra y sentir subtilement les influences et les hommages à Bosch, Topor, Grotz, Balthus ou Masson.

Pilier du Mouvement Artistico-Philosophique les Universensualiens, il marquera l’histoire de l’art pour ce qu’il nous révèle, cette part d’intime et d’universel, la figure de la conscience, l’apprentissage difficile de la liberté d’être.

Son monde est de souffre, de foutre et de larme. Son travail est marqué par l’obsession du corps, toujours en déséquilibre, viscéral, en mouvement de révolte.

Ses personnages torturés, éventrés, expulsent le mal, la douleur, la peine. Le rejet du laid fait apparaître le beau dans une expression symbolique et alchimique de recherche du mystique, et de sa libération, de l’Amour.

Patrick Jannin raconte sans fard, une histoire, un vécu, le sien, mais aussi le notre, celui du désir d’humanité et de la difficulté de sa construction, sensible et consciente.

Yannick Le Guern


Sacre et Massacre

Sacre et Massacre

Qu’est-ce qui se passe quand on ouvre les yeux et qu’on se regarde en face ? Vraiment en face. Prendre conscience de ce qu’on est, et puis, après seulement, de qui on est, est-ce que ça fait mal ?
L’image est reine car le mensonge est roi. Des milliers d’icônes connes se disputent notre amour à chaque coin de rue : c’est l’ère du poster rieur, et c’est partout la même heure et les mêmes leurres. Adore-moi ! Achète-moi ! RESSEMBLE-MOI ! Rassemblez-vous ! C’est l’heure de la tétée ! Ah, c’est si beau la fête maman !
Bordels de papier glacé aux tétons étoilés ont les dents plus blanches : le corps, très lisse, est garanti sans orifice. Motus ! Et bouches cousues. Vierges même quand elles baisent sur écran géant, nos idoles ne sont plus que des chimères. Autant de lièvres après lesquels tu cours chaque jour comme un con pour échapper à ta triste condition d’homme sans dieu. Répète-toi que tu es là pour ça, qu’il te le faut ce putain de sofa en peau de bébé-ouvrier, ils l’ont dit ce matin à l’antenne, ils te l’ont dit. Tu es un stakhanoviste, tu es un winner, tu es le meilleur - mais qu’est-ce qu’il fout l’autre connard débile, voit pas qu’il ralentit tout le monde avec sa poubelle de merde !?!
Oui mais, à la fin, dis-moi, qu’est-ce qui se passe si tu ouvres les yeux et que tu te regardes bien en face ? Est-ce qu’on est prêt à entendre la vérité en fait ? Prêt à être seul ? Oui maman, ça va, je saigne, c’est tout. Oui, ça pique un peu, c’est vrai. Je vais caner, c’est sûr, peut-être pas demain, mais un jour, sans doute.
Ouais.
Alors maintenant, je fais quoi ? Qu’est-ce qui se passe quand on devient conscient ?


Réveillez-vous
Cultivez-vous
Cessez d’obéir
SURPASSEZ-VOUS

Voilà, ma peinture, mes dessins, c’est un peu ça, et d’autres trucs aussi, qui ne te concernent pas forcément pour l’instant. C’est les jours débiles qui succèdent aux nuits débiles et où je me demande pourquoi tout ça. C’est l’angoisse face à l’absurde et c’est la lutte face à l’absurde et c’est la vanité de tout ça. C’est le plaisir infini et c’est la peur de l’infini.
Enfin.

Enfin, à tous ceux qui ont peur de trébucher en plein jour : hé, les mecs, achetez-vous une canne !


Malraux a dit : « le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas »

Mon 21ème siècle n’est pas.

Pourquoi Malraux l’a-t-il dit ? Parce qu’il le savait, le sentait, et qu’il a voulu nous mettre en garde. Ainsi que nombre d’écrivains d’anticipation qui avaient prévu les dérives de notre siècle naissant, le totalitarisme, les problèmes écologiques.
Il ne s’agit pas là de se faire le chantre de quelque théorie alarmiste, de prêcher la fin du monde. Il s’agit d’écouter ce que la vie et certains d’entre nous nous enseignent. Il faut écouter, voir et sentir.
Parler d’amour à notre époque est devenu honteux. Ca fleure le catho/pathos et le mauvais goût. Mieux vaut parler sexe et garder la tête froide. Ne rien ressentir, dominer ses émotions, son corps, le corps de l’autre, le corps des autres. Dominer le monde.
On a confondu puissance et domination. La puissance, c’est ce qui nous rend plus forts car meilleurs, pas plus forts car plus riches ou plus musclés. Ca, c’est du bla-bla, c’est ce qu’on nous vend sur toutes les chaines de télévision et dans tous les journaux. C’est superficiel et surtout c’est dangereux. Parce que c’est le Modèle Imposé.
Il est humain de chercher à dominer l’autre. C’est malheureux mais c’est comme ça. On domine pour s’enrichir, pour se protéger. C’est un besoin vital. Mais si on trouve un autre moyen de s’enrichir, via l’esprit, si on n’éprouve plus la nécessité de se protéger parce qu’on est devenu plus fort, alors on n’a plus besoin de dominer, on peut vivre en harmonie, avec soi d’abord, puis avec le reste du monde, et avec l’univers. Là est La Puissance.

L’être que je peins et dessine depuis tant d’années, c’est cet individu de chair et de sang, cet être uniquement organique. C’est ce monstre que je ne veux plus être, et dont la promiscuité me fait horreur car je n’ai pas encore réussi à exprimer, à vivre, ce que je suis en train d’écrire.
Je dis : nous sommes des monstres car nous sommes des pauvres en esprit.
Je dis : mes dessins vous font peur mais moi j’ai peur de vous et c’est pour ça que je vous représente ainsi.
Je dis : ce n’est pas parce que Dieu est mort qu’il faut s’avouer vainqueur. On a déraciné une idole, on s’est libéré de la pensée unique. C’est très bien. On a comblé le vide spirituel, le vide dans nos vies et dans nos peurs par toujours plus de confort. C’est très bien. Mais maintenant ? Maintenant que c’est ce confort et la quête éperdue du plaisir qui nous tuent, qu’est-ce qu’on fait ?
Je dis : il y a urgence.
Je dis : regardez-vous en face.
Je dis : réveillez-vous.




15/05/08


Quelques mots sur ma peinture, quoique j’estime qu’elle parle d’elle-même. Je vois chacune de mes toiles, chacun de mes dessins, comme un témoignage au quotidien. On peut ainsi lire mon œuvre comme un journal, qui n’a plus rien d’intime, sur lequel je couche mes ressentis avec le maximum de lucidité. Ou bien encore comme une étude du genre humain. Je montre ce que chacun dissimule jour après jour, par soucis des convenances. Je me sers de ma plume comme d’un scalpel, je veux faire tomber les masques, je veux comprendre. Enfin, je cherche la vérité. La mienne en tout cas. Il n’y a dans mon œuvre aucune morale, aucun décorum, aucune concession. Et si parfois il m’arrive de flirter avec le mauvais goût, c’est juste parce que je considère la vie comme une gigantesque farce, une comédie absurde.

« Life’s just a walking shadow,
An actor that struts and frets his hour
Upon a stage and then is heard no more
It is a tale, told by an idiot,
Full of sound and fury, signifying nothing “
( Macbeth, V, 5 )


Je ne suis pas un artiste trash. Je ne fais pas dans la provocation par vice ou pour choquer le bourgeois. Je me fous bien de savoir à quel courant artistique j’appartiens, tout comme je me moque de savoir ce que les gens en pensent. Mon seul souci, ma seule gageure, c’est ma sincérité. Rester fidèle à moi-même, quoi qu’il m’en coûte. Ainsi je peins ce que je vois et vis, sans filtre. S’il fallait définir mon geste, je parlerais de lucidité. Il est juste dommage qu’il soit besoin de redéfinir aujourd’hui ce qui n’est à mon sens que le propre de l’artiste. Car c’est que je ne parle pas des décorateurs. Je ne parle pas de tous ceux qui encombrent galeries et salons et cimaises de leurs croutes consensuelles et confondantes de médiocrité. Non, je n’en parle pas car ceux-là ne sont que déjà trop connus, plébiscités et accueillis à bras ouverts par tous les officiels de l’art, les marchands et le public bovin qu’on appelle aussi la masse. Ce dont je parle ici, c’est de l’Art, et des Artistes. Mais peut-être le terme n’a-t-il été que trop usé ? Je parle donc d’Arme, et de guerriers. Oui, l’Art est une arme, car il est censé nous faire ouvrir les yeux sur notre condition, et nous faire réagir. L’artiste, c’est celui qui voit, extra-lucide, et qui parle, qui retranscrit, qui traduit, qui montre. Oh, ça n’est pas un missionnaire, surtout pas ! Point d’évangile sous l’aisselle en guise de cerveau ! Non, juste des yeux OUVERTS, très grands, toujours, et une gueule, grande ouverte aussi. Et puis derrière tout ça, un être VIVANT. Content, pas content, déviant, turbulent, chiant même, mais vivant quand même et surtout. Différent donc, non ?
Moi, la question que je me pose toujours, toile après toile après toile, c’est pourquoi ? Pourquoi on en est encore là, au point mort ? Pourquoi n’y a-t-il rien à attendre de celui qui se prétend au sommet de l’échelle de l’évolution ? Pourquoi toujours cette complaisance affichée pour la médiocrité, la bassesse et la stupidité ? Au nom de quoi ? Pourquoi toutes ces contradictions ? Depuis que l’écriture existe, et sans doute même avant, chaque génération apporte son lot de penseurs, de détracteurs et de philosophes. Et puis rien. Nada. Personne n’a rien entendu. Ou n’a pas voulu, mais dira qu’il n’a pas pu. Lâcheté. Ca s’appelle comme ça. C’est de ça que parlent mes peintures. J’y peins ma peur et mon dégout et mon espérance aussi, malgré tout. Et si c’est trash, c’est que l’homme est une ordure. Pas moi qui l’ai créé ainsi.

PRIX CHIC DESSIN 2012 : PATRICK JANNIN, par Artnet

PRIX CHIC DESSIN 2012 : PATRICK JANNIN, par Artnet

Le lauréat du prix CHIC dessin 2012 est l’artiste Patrick Jannin qui était représenté sur le salon par la galerie Golden Brain – Yannick Le Guern.

Le travail de Patrick Jannin s’inscrit de manière évidente dans une veine post-surréaliste. La synthèse de nombreux référents symboliques et stylistiques saute aux yeux. Les précurseurs du surréalisme eux-mêmes sont convoqués ; romantiques français, anglais, allemands sont présents dans les thèmes, les titres des œuvres ou certaines figures (Shakespeare, Lewis Carroll, Gustave Doré, etc.). Roland Topor n’est pas loin non plus. Il apparaîtrait presque comme la figure tutélaire de l’ensemble de ce travail. Même dans ces interviews, Patrick Jannin révèle des propos qui auraient pu être ceux de Topor. Ceux, certainement, d’un individu qui en a bavé ou qui en vu des vertes et des pas mûres. Patrick Jannin est à la frontière du monde de l’édition indépendante (Le Dernier Cri, le Coltin Graphik, etc.) et du milieu de l’art, comme le sont nombre de ses contemporains, eux-aussi amateurs de sujets « durs » (Anne Van der Linden, Olivier Texier, Muzo). Le jury de CHIC dessin a majoritairement été conquis pas le fil narratif qui raccroche les œuvres de Patrick Jannin les unes aux autres.

magazine/art_graphiques/artnet/annonce-du-laureat-du-prix-CHIC-dessin-2012.asp


Prix Chic Dessin 2012

Prix Chic Dessin 2012

Samedi 31 mars, l’artiste représenté à paris par la Galerie Golden Brain – Yannick Le Guern a été primé par Chic Dessin 2012 pour l’ensemble des œuvres exposées sur le salon. Patrick Jannin prend donc le relais de Mohamed Lekleti (galerie Cinequanon), à l’honneur au rez-de-chaussée de l’Atlier Richelieu.

Membres du jury 2012 :
Alexandre Devaux, rédacteur en chef d’artnet.fr et de la revue Bilan Provisoire.
Angélique Oussedik, responsable de la Délégation aux Actions Culturelles ARTE France.
Stéphanie Pioda, historienne de l’art, journaliste et éditrice.
Sinziana Ravini, critique d’art et commissaire d’exposition indépendante.

2012/04/patrick-jannin-laureat-du-prix-chic-dessin-2012/

Chic Dessin 2012 + Patrick Jannin

Chic Dessin 2012 + Patrick Jannin

L'autre salon du dessin contemporain, avec Patrick Jannin en Grand Prix 2012.

Pour sa troisième édition, Chic Dessin 2012 reprend ses quartiers ce dernier week-end de mars à l'Atelier Richelieu. Une vingtaine de galeries françaises et étrangères ont investi les 700 m2 sous les verrières, sans stand bien défini, dans une ambiance de flânerie plutôt conviviale.

Tout comme Drawing Now, Chic Dessin 2012 se veut un lieu de découvertes du dessin contemporain, avec peut-être moins de talents établis et plus d'artistes en voie d'émergence. Et quoi de mieux pour donner de la visibilité au salon et à ses artistes qu'un Grand Prix?

Le Prix Chic Dessin 2012 a été décerné par un jury de professionnels à Patrick Jannin (galerie Golden Brain) pour l'ensemble de son oeuvre. Choix judicieux, tant le dessin de Patrick Jannin impressionne par sa puissance. Les références à Bosch, Balthus, Topor sont explicites et il est vrai que l'univers grimaçant de Patrick Jannin s'inscrit dans cette lignée. Yannick Le Guern, directeur de la galerie Golden Brain: « Son travail est marqué par l’obsession du corps, toujours en déséquilibre, viscéral, en mouvement de révolte. Ses personnages torturés, éventrés, expulsent le mal, la douleur, la peine. Patrick Jannin raconte sans fard, une histoire, un vécu, le sien, mais aussi le nôtre, celui du désir d’humanité et de la difficulté de sa construction, sensible et consciente. »

Notre galerie ci-contre « donne la parole » à Patrick Jannin, avec une douzaine de dessins souvent commentés par l'auteur lui-même, en sus d'une sélection d'autres artistes présents à Chic Dessin 2012.

Clémentine Gaspard, avril 2012


graphismeart-design/illustration/chic-dessin-2012-patrick-jannin/


Patrick Jannin Le fripon divin

Patrick Jannin Le fripon divin

"Savez-vous au juste ce que c'est que la cruauté ? " Hein ? Et le théâtre de la cruauté ? 'Cruauté' quand j'ai prononcé ce mot, a tout de suite voulu dire 'sang' pour tout le monde. Mais, 'Théâtre de la cruauté' veut dire théâtre difficile et cruel d'abord pour moi-même."Antonin Artaud

Patrick Jannin est un artiste de la cruauté, si tenté que par ce mot nous entendions ce qu'Antonin Artaud voulait dire quand il employait ce terme. A savoir : un artiste ayant su placer au dessus de son amour pour la beauté, une sorte d'exigence tragique. Voilà pourquoi ses oeuvres peuvent parfois sembler choquantes, irritantes, dérangeantes – pour ne pas dire dérangées. Mais ce qui dérange, en elles, n'est pas quelque chose d'intentionnel. Non, la cruauté, ici, n'a pas le goût de la provocation ni de la pose esthétique. Bien au contraire. Elle n'est que l'expression d'une âme ayant choisi d'affronter les conflits qui la fondent – et de faire de cette lutte contre elle-même, le point de départ d'une oeuvre sans ornement. D'une oeuvre absolument honnête.

Patrick Jannin, commentant son propre travail, l'exprime d'ailleurs avec la plus grande clarté : « Je ne suis pas un artiste trash. Je ne fais pas dans la provocation par vice ou pour choquer le bourgeois. Je me fous bien de savoir à quel courant artistique j’appartiens, tout comme je me moque de savoir ce que les gens en pensent. Mon seul souci, ma seule gageure, c’est ma sincérité. (...) S’il fallait définir mon geste, je parlerais de lucidité. »

Si nous devions, à notre tour, définir un peu plus précisément le terme de lucidité, nous serions tenté d'en faire, à la suite du philosophe Méhdi Belhaj Kacem, l’anagramme du mot ludicité1. Car si Patrick Jannin explore, dans ses dessins, les désordres qui affectent la vie affective et sexuelle de l'humanité, il n'oublie jamais, pour autant, de nous aider à en percevoir la dimension comique. Ajoutant ainsi à ce qui aurait pu n'être qu'une sorte d'almanachs des perversions humaines, une touche d'humour ou d'ironie, cet artiste « déjanté » est parvenu à hisser son oeuvre sur les hauteurs de la conscience humaine – là où le rire de l'idiot se mêle enfin à la quête du sage.


C'est pourquoi, d'ailleurs, il serait maladroit de classer l'oeuvre de Patrick Jannin dans la catégorie de l'art brut. Car bien loin de n'être que l'esclave de son inconscient, cet artiste nous prouve, au contraire, qu'il est possible de donner libre cours à ses pulsions (de les regarder en face et de les peindre), sans pour autant sombrer dans la folie ou la démesure. « Ne vous en déplaise, je ne suis pas plus "fou" que vous, je ne suis pas le "monstre", l'handicapé mental que d'aucun se plaisent souvent à voir en moi. J'ai, par contre, de même que certains artistes qu'on dira plus "lucides", cette sincérité qui m'empêche de mentir, à moi-même comme à vous. »

Mais quel est ce mensonge dont nous parle Patrick Jannin et qui, comme par ricochet, voudrait faire de lui un monstre ? Ne serait-ce pas celui que véhicule implicitement toute institution sociale (la famille, l'école, la télévision) en voulant donner pour modèle à nos comportements l'image, par trop naïve, d'un homme policé, d'un homme abstrait, d'un homme ayant désappris à vivre au contact de sa propre chair ? C'est là, en tout cas, ce qui ne cesse de transparaître dans bon nombre de ses dessins, et tout particulièrement, dans cette image au titre ô combien évocateur : « Heil Jésus, ou les valeurs de la famille ».

Mais c'est peut-être plus encore dans sa série intitulée « Lapin, Lapine » que Patrick Jannin a su donner à sa pensée l'archétype dont elle avait besoin pour atteindre à sa plénitude métaphysique. Inspiré, en apparence, par l'histoire d'Alice au pays des merveilles, c'est pourtant du côté de la mythologie, et plus particulièrement du côté de la figure du Trickster (du fripon divin) qu'il nous faut nous pencher si nous voulons en saisir toute la valeur. Car tout comme la figure du Trickster, la figure du Lapin, dans l'oeuvre de Patrick Jannin, a pour fonction de transgresser les limites, d'apporter, au sein de la cité, le désordre dont elle a besoin pour que se trouve, enfin justifié, le bien fondé de ses normes.

C'est pourquoi Gustav Jung a pu faire de ce personnage mythique un archétype (qu'il nommera « L'enfant intérieur ») appartenant aux structures les plus élémentaires de la psyché humaine. Et c'est pourquoi aussi, nous ne pouvons que saluer, dans l'oeuvre de Patrick Jannin, la renaissance d'une telle figure capable de nous conduire, comme par la main, jusqu'au coeur des problèmes les plus fondamentaux de la condition humaine. Et si, envers et contre l'optimisme rationnel qui guide, aujourd'hui encore, nos sociétés, Patrick Jannin nous rappelait qu'il ne sert à rien de vouloir vivre dans la lumière si cette lumière n'a pas pour préalable, l'ombre qui la soutient.

Frédéric-Charles Baitinger


Lieu d'exposition
Galerie Golden Brain

Galerie Ab Irato : Les oeuvres présentées sont des dessins à la plume et à l'encre de Chine, sur fond d'acrylique, sur toile, avec parfois des collages, du pastel à l'huile, des crayons de couleur.
Galerie Folie, Colère, etc .. : Acrylique sur toile, ou bois parfois.
Mes dessins, sauf mention contraire, sont réalisés à la plume et à l'encre de Chine.

Ma production, classée par ordre chronologique, s'étend de 2005 à aujourd'hui.