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Malika Ameur dialogue avec la matière par Renée Malaval
Pour rencontrer Malika Ameur, il faut voyager en voiture jusqu’au petit village d’Aboën dans la Loire. La nature, celle du Livradois-Foretz, sert d’écrin à ce petit village situé à 700 m d’altitude.
Il faut pousser le lourd portail de bois, traverser la cour et gravir l’escalier de pierre pour pénétrer dans le monde de Malika. Malika est née au Maroc et a grandi à Die dans la Drôme. C’est dans cette ville au riche passé gallo-romain que naît sa passion pour la mosaïque.
Pour transformer cette passion en métier, Malika intègre en 2002 l'école des mosaïstes du Frioul à Spilimbergo, dans le
nord de l’Italie ; rapidement, elle s’épanouit dans son apprentissage et reçoit en 2003 le prix Gian Dominico Facchina, qui récompense la meilleure oeuvre réalisée en fin d’année.
Malika dévoile les facettes de son métier de mosaïste.
Elle répond à des commandes, publiques et privées. Elle sait en effet interpréter les peintures en mosaïque avec un rendu très fidèle au modèle original, tout en jouant avec la forme de la matière, la lumière et les textures.
Elle participe à des chantiers de restauration, comme ce fut le cas en 2012, avec le chantier de restauration des mosaïques pariétales de la Basilique de Fourvière, à Lyon, avec l’atelier Patrizio.
Elle enseigne l’art de la mosaïque dans son atelier où elle propose différents accompagnements, par le biais de stages et de formations qui tournent autour de projets personnels.
Elle intervient aussi dans différentes structures où elle propose des projets pédagogiques ouverts à toutes sortes de public. Mais l’âme du travail de Malika est son travail personnel. « Mes créations sont influencées par l'expressionnisme abstrait » explique-t-elle. Mais avant tout, « la création est un dialogue avec la matière ».
L’artiste privilégie les matériaux naturels, galets, pierres ou plumes, mais aussi les matériaux qui ont déjà noué une histoire avec l’homme, ardoise, vieilles tuiles, briques, clous, métal ou bois vieilli qui retrouvent un nouveau souffle. Elles les choisis avec soin pour leur texture, leur couleur revenant sans cesse aux couleurs chaudes de la brique et de la rouille. Elle les taille en tesselles à l’aide d’une marteline et d’un taillant, les outils qui se transmettent d’une génération de mosaïstes à l’autre depuis l’Antiquité.
Au moment de poser les tesselles, elle sublime la matière qui nait de leur juxtaposition en multipliant les nuances subtiles, en les réveillant avec les smalti de verre qu’elle a appris à utiliser à Spilimbergo, jouant avec les rythmes et avec la lumière ; Malika aime par dessus tout la « Confrontation des matières ». La rouille s’oppose à la pierre, au verre, au métal.
La composition devient jeu optique ou harmonie et se transforme en matière.
La matière ainsi créée ira à la rencontre de celle du marqueteur, du ferronnier d’art, du céramiste.
La confrontation deviendra collaboration.

Malika AMEUR