Mona BESSAA


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PARIS, France

Artist News Mona BESSAA

Added May 13, 2020
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In the blue silence of the moon Through vapors and mists In the light of your images All listening to your messages I fall asleep under your slow smile To the sound so far from the lyre. Mona


Added Mar 24, 2020
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The caduceus is one of the oldest Indo-European symbols. It is the attribute of the Greco-Roman god of medicine Asclepius. This emblem of medicine was originally a shepherd's staff, then a sceptre representing the axis of the world around which two snakes representing the balance and alliance of opposing forces (left, right; up, down; day, night; good, evil etc.) are wound in opposite directions and symmetrically. Associated with the intervention of Hermes, who separated two fighting snakes from his magic wand to finally wrap himself around the rod, the caduceus is also a symbol of spiritual elevation. We find this same symbolism in the Brahmanic staff representing in Tantrism the nadi sûshumana, and the two serpents, the ida and pingala energy channels that allow the circulation of the main forces.


Added Sep 20, 2019
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Chrisme : mon dernier tableau-symbole mis en scène avec l’inspiration des onctions sacrées. Ce monogramme est un symbole du Christ (Khristos). Il est composé des lettres grecques X (chi) et P (rhô). En grec ancien, le terme en réfère à ce qui est sacré. Il désigne "l'oint", c'est à dire Celui qui a reçu l'onction sacrée : Jésus-Christ,  fondateur de l’Église chrétienne. Le monogramme est ici accompagné de l’alpha et de l'oméga, première et dernière lettre de l’alphabet grec, signifiant le commencement et la fin.
Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Apocalypse 22, 13.
Un légende (contestée) raconte comment ce symbole de protection serait apparu en rêve à l'empereur romain Constantin 1er, accompagné du message "Par ce signe, tu vaincras". Le contexte est celui de la bataille du Pont Milvius qui oppose en l'an 312, Constantin 1er à Maxence. Effectivement victorieux, Constantin 1er se serait alors converti au Christianisme. Il se fera baptiser sur son lit de mort en 337.


Added Jun 19, 2019
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Added May 11, 2019
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Quand la sensibilité d'un réalisateur vient interroger la mienne...


Added Mar 3, 2019
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Mona BESSAA - The process of creation of a work : with reference to the 7 principal chakras.

I explain through these lines how the work “The 7 principal chakras” was born in my spirit, how it took form over time and what its purpose is.

In 2012, after several years of blocks and stagnation in my artistic creation, where my inspiration was reduced to nothing, I decided to undergo a Hatha yoga retreat and meditation in Ariège in the Pyrenees.  The purpose was to find myself again, to find my path again, to isolate myself and to listen to the silence in order to center myself again.  For in effect, in the urban brouhaha and the turbulence of a chaotic life course, I had lost my way.

In two weeks of yoga and meditative  practice, in the heart of the mountains, without internet, telephone, radio and bank card, for a (re-) discovery of self.  Every day, or almost, wakened at 5 a.m., for eight or nine hours of intense and varied exercises, of which an hour and a half was Karma yoga (also called seva).

Asanas, pranayamas and meditation were not long in showing their effects.  The energy, like a geyser, burst out and into circulation.  The first locks were sprung one by one.  The energy is at this point so powerful that it kept me awake some entire nights, with any fatigue in the early morning.  The meditation sessions transcended me, literally.   The meditation dissolved the cavalcade of thoughts while a state of well-being and of quietness installed itself, as simple as it was marvelous.  Is that, then, happiness?  To hear the surrounding noises, there, at that instant, to focalize one’s attention, to be conscious of one’s respiration, simply this tranquility, this marvelous present moment. 


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It was in the course of one of these long meditations, named Ajapa Japa, that the idea emerged and imposed itself of representing the seven principal chakras, I who had not painted any more for several years.  I know then how to situate the chakras in the body and how to name them. I do not know everything about the functioning of these cycles of energy.  I feel nonetheless their action and I would be literally invaded by a quasi-mythical inner experience, I would understand it later, at the awakening of the kundalini.

A year passes during which I pursue the practice of Hatha Yoga in Paris with Christian Möllenhoff who transmits his teaching following the traditional training that he received from Swami Janakananda Saraswati.

The fire of passion has returned.  I have taken up my paint brushes again, I have taken up etching also and registered for training in enamel on copper.  I work at night, in the den of its silence, in total concentration.  One of my very first enamel pieces will be a mandala representing Muladhara chakra.  There will follow in the course of the same year a piece for each of the principal chakras.

 After a collaborative work with my teachers, with photographers and graphic artists, the work which had appeared to me during a powerful meditation, develops today under the form of a large cloth banner representing the 7 principal cycles of energy.  May it take place in the yoga studios and with each person, to sustain their practice.


Added Feb 17, 2018
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Œuf et gastronomie au XVIIè siècle (3/3)

La nouvelle cuisine

Dans L’art de bien traiter (ouvrage curieux et fort galant), célèbre livre de cuisine publié en 1674, son auteur, un mystérieux L.S.R Robert, déclare : « Aujourd’hui une pléthore de plats, une abondance de ragoûts et autres salmigondis, un prodigieux entassement de viandes ne suffit plus à constituer une bonne table (…), que le mélange confus d’épices, les montagnes de rôtis, ni même le succession de services dans lesquels il semble que la nature et l’artifice aient été entièrement épuisés (…). Ce qui compte, au contraire c’est l’excellence dans le choix des viandes, la délicatesse de leur assaisonnement, ainsi que le soin et la courtoisie avec lesquels elles sont présentées ».

Ainsi, la cuisine des anciens commence à être critiquée. A ses règles compliquées, succède la « cuisine moderne », plus simple, plus légère et toute aussi nourrissante. Les ingrédients et surtout la façon de les accommoder subiront alors une évolution rapide et radicale. Une nouvelle génération de chefs et d’auteurs culinaires décidait de remettre en question les habitudes héritées de leurs prédécesseurs, il s’agissait essentiellement de énoncer le manque de respect accordé au produit.

Entre les cuisines des 17 et 20è siècles, de nouveaux ingrédients font leur apparition. Les chefs d’alors adoptèrent souvent des composants jusque-là écartés car jugés indignes d’être servis aux nobles. C’est ainsi qu’on assiste à l’introduction massive de toutes sortes de légumes, innovation importante au regard de l’époque précédente où la viande rôtie s’inscrivait au centre de tous les repas.

Au 17è, les cuisiniers avaient déjà commencé à présenter des repas élaborés avec minutie et comportant un nombre de plats importants. Au cours des deux siècles suivants, la tendance se confirma. Cette incroyable profusion de mets apparait clairement dans les peintures de l’époque où le moindre centimètre de table est recouvert de plats. Il ne faudrait pas cependant en conclure que les convives mangeaient à l’excès. L’explication est ailleurs : personne ne se servait de tous les mets proposés à chaque service, cela aurait été impossible, ne serait-ce que du fait que ces innombrables plats ne restaient posés sur la table qu’entre vingt et vingt-cinq minutes. Chaque convive sélectionnait quelques mets par services, deux ou trois peut-être, et se confectionnait ainsi un repas personnalisé.

Sur les tables, la vaisselle métallique est supplantée par la porcelaine importée de Chine. Les cafetières, les jattes en faïence prennent place en cuisine. On découvre l’épicier ou le chocolatier, le traiteur, puis le restaurant les jours de fêtes. Des dictionnaires répertorient les ingrédients, les préparations de base, leur qualité et défaut médicaux, les méthodes culinaires et les repas mémorables.

Les sciences vont s’intéresser à l’importance du goût. En témoignent les multiples articles de l’Encyclopédie.  A une société qui s’élève par la culture doit correspondre une gastronomie subtile. La cuisine est bien un art, porté à son excellence par les Français sous Louis XV. Mais, à l’exemple des maîtres italiens de la Renaissance, elle doit ravir le palais sans l’empoisonner par des complications superflues.

Tous n’appréciaient pas cette nouvelle cuisine. Ainsi Voltaire écrit-il en 1734 à l’un de ses amis qui le prie de dîner : « il y a des nourritures fort anciennes et fort bonnes dont tous les usages de l’Antiquité se sont fort bien trouvés. Vous les aimez et j’en mangerai volontiers avec vous ; mais j’avoue que mon estomac ne s’accommode pas à la nouvelle cuisine. Je ne peux souffrir un ris de veau qui surnage dans une sauce salée, laquelle s’élève quinze lignes au-dessus de ce petit ris de veau. Je ne puis manger un hachis composé de dinde, de lièvre, de lapin et que l’on veut me faire prendre pour une seule viande. Je n’aime ni le pigeon en crapaudine, ni le pain qui n’a pas de croûte… (1).

Rousseau quant à lui prône plus simplement les régimes végétariens, le fromage et les fruits, déclarant qu’il n’y a que les Français qui ne savent pas manger puisqu’il faut un art si particulier pour leur rendre les mets mangeables. Dans les Confessions, Rousseau déplore cette cuisine trop élaborée. Que n’aurais-je pas donné dit-il, pour une simple omelette au cerfeuil. Il dénonce encore l’excès de raffinement culinaire, refusant les cerises en plein hiver au nom de la santé.

Au cours de ce siècle aux tables fastueuses, il est fait grand cas de l’œuf. On apprécie toujours sa simplicité et les multiples recettes auxquelles il se prête. Les œufs à la coque rencontrent un grand succès chez les bourgeois. Louis XIV se montrait gourmand de « vents », meringues de blancs d’œuf et de sucre cuites au four. Quant à Louis XV, il se régalait d’œufs à la coque tous les dimanches. C’était un spectacle offert aux Parisiens qui venaient en famille admirer la dextérité du souverain. Au milieu d’un silence quasi religieux, il faisait sauter le petit bout de l’œuf d’un seul coup de fourchette tandis que l’huissier annonçait : « Attention ! Le Roi va manger son œuf ! ». En conséquence de quoi, on installa à Versailles, dans le château même, les pondeuses royales dont les meilleurs suivaient la Cour dans ses déplacements.

 

L’œuf, un aliment sain

Selon Lombard L.M. (2), les œufs constituent une alimentation saine, nourrissante, éminemment réparatrice. Fraichement pondus et dégustés mollets, cuits à la coque, ils se digèrent bien et conviennent aux enfants, aux vieillards, aux convalescents. En raison de la promptitude avec laquelle ils réparent le sang, ils sont forts utiles dans les cas d’affaiblissement causé à la suite d’hémorragie, de diarrhées ou de dysenterie. Durs ou mêlés à du beurre,  du lard ou autres ingrédients, ils se digèrent plus difficilement et ne conviennent guère qu’en état de santé ; encore est-il certains estomacs qui ne s’en accommodent pas. C’est l’expérience de chacun qui doit guider à cet égard.

Les médecins disciples d’Hippocrate de Cos, tel Celse, recommandent les œufs peu cuits comme le « bon suc », c’est-à-dire plus nourrissants.

Jean-Siméon Chardin. Les aliments de la convalescence, 1747, 46 x 37 cm. Washington, National Galery of Art.

 

Il est des préparations revigorantes à ne pas oublier, tel l’œuf dans le bouillon, préparation stimulante pour les sportifs ; la «soupe à la reine» est une soupe de lait préparée avec deux œufs battus, les « laits de poule » sont recommandés aux personnes malades ; la « crème américaine » dont la base est composée d’œufs battus, d’eau-de -vie et de sucre (3).

Autrefois, on citait divers moyens de conserver les œufs, comme de les encaisser avec des cendres résultant de la combustion de bois neuf auquel on aurait joint des sarments de genévrier, de laurier, etc. ou tous autres bois odoriférants. On mêlait alors à ces cendres une certaine quantité de sable fin bien sec. On réussissait encore parfaitement bien à conserver les œufs en les laissant dans de l’eau de chaux. C’était un excellent moyen qui n’avait d’autre inconvénient que de rendre la coquille de l’œuf plus tendre et plus fragile. Un autre mode bien simple et dont les résultats ne laissaient rien à désirer, consistait à faire cuire comme pour les manger à la coque (un peu moins cependant), des œufs pondus le jour même de l’opération. En les sortant de l’eau, on les enveloppait de sel et les tenait en lieu frais. Lorsqu’on voulait se servir de ces œufs, il ne restait plus qu’à les faire réchauffer dans de l’eau bouillante. On avait ainsi l’avantage, au bout de quelques mois de conservation, de manger des œufs aussi frais, aussi laiteux, aussi  agréables au goût que s’ils venaient d’être pondus. On conservait encore les œufs dans du son, de la sciure de bois, du papier journal ou dans de l’ouate.

On faisait anciennement des conserves d’œufs « entre les deux Notre-Dame », c’est-à-dire entre le 15 août et le 8 septembre, époque où ils étaient de meilleure qualité et bon marché. Comme le précisait Parmentier en 1806, on peut juger de la fraicheur d’un œuf en le présentant devant une chandelle. Un œuf plein et transparent témoigne de sa fraicheur. On peut aussi plonger l’œuf dans un bain d’eau salé. A deux ou trois jour, il reste vertical au fond du récipient. A quatre jours, toujours en position verticale, il affleure la surface du liquide. Après cinq jours, il tend à flotter dans une position d’autant plus horizontale qu’il est vieux.

 

Le pique-nique

Le repas champêtre est une pratique qui remonte à la nuit des temps.  Adam et Eve se partageaient le fruit défendu de l’Eden, hommes des cavernes, pèlerins du Moyen Age, guerriers, vagabonds, chasseurs, voyageurs, monarques et manants, tous par hasard ou  nécessité ont gouté aux charmes et aux rigueurs de ces déjeuners sur l’herbe. Qu’il soit organisé ou improvisé, qu’il soit collation aristocratique, repas de chasse, médianoche galant (repas du soir que l’on prenait après minuit, après un jour maigre) ou partie de campagne familiale et dominicale, le pique-nique suggère l’informel, la pause, la détente, la liberté, le plaisir. Un plaisir de tous les sens, plaisir de chère et de bonne chère, généralement bien arrosé. Voilà donc un repas polymorphe qui peut s’improviser n’importe où, n’importe comment et qui satisfait toutes les bourses et tous les appétits.

Le pique-nique peut être aussi une « fête galante » (du vieux français galer : s’amuser), carrousels, comédies, soupers, médianoches et feux d’artifices. Ces divertissements s’étalent généralement sur plusieurs jours et reposent sur le principe de la métamorphose, les bosquets deviennent des salles traitées comme des intérieurs, somptueusement illuminés et décorés.

De quoi se compose donc ce repas en plein air ? Entre la modestie d’un repas solitaire composé d’une tomate et d’un œuf dur ou d’un sandwich, le grappillage dans la nature auquel se livre le randonneur et les bombances des fêtes champêtres ou royales, l’écart gastronomique est grand. En général cependant, le plat se sert froid. Quand la faim se fait sentir, on déploie les nappes à carreaux, on sort les serviettes, les pilons de poulets rôtis la veille ou le veau froid, et on casse des œufs durs. On les savoure avec délice ces œufs durs parfois légèrement mollets relevés avec quelques grains de sel qu’on y dépose avant chaque bouchée. Si l’œuf dur est quasi inévitable dans la composition d’un pique-nique, c’est parce qu’il est idéal pour être transporté. Petit, nourrissant, préservé dans son emballage naturel, il ne redoute ni les chocs ni l’humidité.

L’œuf dur est également un aliment idéal pour le voyageur. Le marin, qu’il embarque pour la journée ou le tour du monde, sait prévoir le temps et les denrées nécessaires à s survie. Il sait que pour rester frais durant des semaines, les œufs doivent être au préalable huilés avant d’être soigneusement rangés à l’abri de la lumière.

 


1. Œuvres de Voltaire avec des remarques et des notes historiques, scientifiques et littéraires. Correspondance générale. Tome XI, P. Pourrat Frères, Paris : 1839.

2. LOMBARD, L.M. Le cuisinier et le médecin. Marseille : Laffite Reprints, 1980.

3 cf. CASTELOT, André. L’histoire à table. Si la cuisine m’était contée… Paris : Plon, Perrin, 1972 – p. 485.


Added Feb 13, 2018
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Oeuf et catholicisme au XVIIè (2/3)

Dans la France de l’Ancien Régime, la religion est inscrite dans la vie quotidienne. La culture est avant tout religieuse. Naissance, mariage, mort sont consacrés selon la liturgie chrétienne. Baptême, sacrement, extrême-onction, messe, confession, communion…, la foi reste unanimement pratiquée par tous les Français. L’église est le lieu où se réunissent les citoyens pour délibérer ou prendre des nouvelles du Royaume. Elle est encore le lieu où est donnée l’instruction. Elle contrôle l’alphabétisation sans aller cependant jusqu’à l’instaurer systématiquement. La croix est au clocher, dans toutes les maisons, au cou des paysannes, sur le pain qu’on entame… Toute récolte, toute nourriture, tous les actes de la vie sont bénis.

Et l’on s’aperçoit que plus on monte dans l’échelle sociale, moins on se confie aux saints protecteurs. Si le déisme des philosophes reste extrêmes minoritaire, les élites prennent leur distance vis-à-vis de la religion traditionnelle. La société bouge et les hommes changent. Ils croient de moins en moins en Dieu et de plus en plus dans le progrès. Le mouvement scientifique tentera d’ébranler l’édifice religieux en rejetant les solutions théologiques et l’autorité des traditions.

Menu de gras, menu de maigre

La religion chrétienne fortement présente au XVIIème siècle, inspira chez les artistes de nombreuses natures mortes. C’est ainsi que les thèmes du déjeuner gras et maigre, inventés par les Hollandais du siècle précédent seront fréquemment employés dans la peinture.

Le Menu de Gras de Chardin propose un morceau de viande, des rognons crus et du pain. S’y oppose le Menu de Maigre imposé par la religion les jours saints, composés de poisson, d’œufs et de légumes. Pour mieux comprendre le contenu de ce tableau, il faut se reporter à certains commandements de l’Église. Le 5è commandement oblige à jeuner à certains jours de l’année. Il est ainsi dit Quatre-temps, vigiles, jeuneras, et le carême également.

Ce commandement concerne le jeûne donc, comme le suivant concerne l’abstinence. Ce sont deux pratiques de pénitence qui consistent à se priver de nourriture ou d’un certain type de nourriture. En imposant ces commandements l’Église a voulu aider le fidèle à observer le précepte de pénitence imposé par Jésus, « Si vous ne faites pénitence, a dit le divin maître, Vous périrez tous » (Saint Luc, XIII, 5).

 

     

Chardin, Menu de gras et Menu de maigre , 1731, Huile / toile, 33 x 41. Paris, Louvre.

 

Jeûner consiste à ne faire qu’un repas principal par jour auquel il est permis d’ajouter un repas plus léger appelé collation. Jeûner c’est en effet se priver d’une certaine quantité de nourriture. Ce repas devrait être pris en maigre mais cette loi comporte des exceptions pendant le carême. Quand le repas peut être pris en gras il est permis d’y mélanger la viande et le poisson.

Le fidèle doit jeûner tous les jours du carême sauf le dimanche à certains vigiles (veilles des principales fêtes) et aux quatre-temps (ce sont 3 jours de pénitence, mercredi, vendredi, samedis, placés au commencement des 4 saisons de l’année). Le carême est le temps compris entre le mercredi des Cendres et la Fête de Pâques. Le mot carême, en latin quadragesima signifie « quarantaine ». En effet, le but du carême est de rappeler et d’imiter le jeûne auquel s’astreignit Jésus-Christ dans le désert pendant 40 jours.

 

Un repas de jeûne chez les moines siennois.

Giovani Antoni Bazzi, Saint Benoît donnant à manger aux moines. Fresque, abbaye de Monte Oliveto Maggiore, Sienne.

 

Le carême a encore pour but de préparer par la pénitence à la Fête de Pâques, la plus solennelle de toute l’année ecclésiastique. Le carême commence le mercredi des Cendres, 46è jour avant le dimanche de Pâques. S’il dure 46 jours au lieu de 40, c’est qu’il comprend 6 dimanches où l’obligation du jeûne et de l’abstinence est suspendue.

Le carême était très rigoureux aux premiers siècles de la chrétienté. Selon les arrêts du Concile de Tolède en 653, ceux qui mangeaient de la viande durant le carême en étaient privés impitoyablement tout le reste de l’année. Charlemagne n’hésitait pas à condamner à mort les réfractaires. Quant à Charles V, il leur faisait arracher les dents !

 

Carraci Annibal, Le mangeur de haricots, vers 1583, huilie sur toile, 57 x 68 cm. Rome, Galerie Colonna.

L'oignon, élèment imprtant de ce repas simple, servait de subsitut à la viande.

 

Le fameux livre manuscrit d'économie domestique et culinaire écrit au XIV siècle, Le Ménagier de Paris, est partagé entre menus avec char (viande) et sans char. Car on se rattrapait par une fantaisie débridée dans les plats de poisson. Les jours sans, ce ne sont qu’anguilles, perches, tanches, rougets, saumon et pour le pauvre, le fameux craspois (graisse de baleine encore appelé lard de carême). Beaucoup d’oiseaux de mer ou de rivière avaient acquis le statut de nourriture maigre dans la mesure où ils étaient considérés comme animaux à sang froid (seule cause qui différencie les aliments pour les jours gras ou les jours maigres).

Même si l’Eglise avait quelque peu assoupli avec le temps ses exigences concernant les interdits alimentaires, la pratique du jeûne était devenue si pesante dans les relations sociales au 17è siècle que bon nombre cherchaient à y échapper. Les recettes de cuisine élaborées par La Varenne, cuisinier du marquis d’Uxelles, se divisent en trois groupes : les mets pour les jours gras, les mets pour les jours maigres hors temps de carême et les mets pour les jours de carême. On sait par de nombreux témoignages que les cuisiniers habiles « déguisaient des poissons en viandes ».

Louis XIV se montrait très sourcilleux sur le principe du respect du menu de gras et du menu de maigre. Il ne manquait aucun jour de faire maigre à moins de vraie et très grave incommodité. Quelques jours avant le carême, il tenait un discours public à son lever par lequel il témoignait qu’il trouvait fort mauvais qu’on donnât à manger gras à personne sous quelque prétexte que ce fut. Il ne voulait pas que ceux qui mangeaient gras mangent ensemble. En vieillissant, Louis XIV ne faisait plus le carême, mais lorsqu’il faisait gras, son couvert était fort diminué et il s’abstenait alors de manger en public, par « scrupule ».

Le respect du carême diminua progressivement et les menus conservé par Louis XV montrent bien que les jours maigres, les repas étaient prévus aussi en gras et que chacun pouvait manger à sa convenance. En 1782, Mercier signale dans ses descriptions de Paris que « l’on tolère les œufs et le beurre, les boucheries sont ouvertes et chacun fait ce qu’il veut » (1).

 

Antoine Vollon, Motte de beurre (entre 1875 et 1885), Huile / toile, 50,2 × 61 cm. Washington, National Gallery of Art. (Nous ne sommes plus au 17è avec ce tableau, mais je l’aime tellement que je ne peux résister au plaisir de l’inclure dans cette page).

 

Parmi les protestants de ce siècle, tous ne respectaient pas les commandements du jeûne. Luther les avait critiqués en tant qu’œuvre de loi ; quant à lui-même, il veillait à ce que l’homme fût « justifié » par sa foi. Il considérait que l’on ne devait pas faire loi du jeûne. En revanche, Calvin se prononçait en faveur du jeûne étant donné qu’il servait d’entrainement à la maitrise de la chair et a la préparation de l’âme pour la prière et la méditation pieuse. La pratique du jeûne était aussi une expression d’auto-humiliation et de reconnaissance de ses péchés devant Dieu.

Selon Brillat-Savarin, gastronome illustre, auteur de La psychologie du goût paru en 1825, le jeûne existe depuis la plus haute antiquité. Il dût naitre tout naturellement à la suite de malheurs personnels ou publics. Les gens ne mangeaient pas lorsqu’ils étaient affligés. Puis, l’appétit revenu, ils se sustentaient en associant toujours l’idée du jeûne à celle de catastrophe, et pour la détourner, ils  se dépêchaient de jeûner encore avant qu’elle ne survienne. Ainsi Brillat-Savarin voit une origine religieuse, voire superstitieuse, au jeûne.

Le 6ème commandement de l’église oblige à s’abstenir d’aliments gras le vendredi et tous les jours de jeûne pour lesquels l’église n’a pas accordé de dispense. Il est ainsi formulé Vendredi chair ne mangeras, Ni jour défendus mêmement. Ce commandement ne concerne plus la quantité de nourriture que l’on peut prendre mais sa qualité. Il ordonne en effet de s’abstenir de viande en certains jours. L’abstinence est obligatoire tous les vendredis de l’année exceptés s’ils coïncident avec une fête d’obligation. Par conséquent, en France, les fidèles sont de droit dispensés de maigre les vendredis qui coïncident avec le fête de Noël, celle de l’Assomption ou celle de la Toussaint.

Hareng les jours d’abstinence

Le hareng a régné sur les tables médiévales, pauvres ou riches, austères ou gargantuesques. Les jours d’abstinence étaient fréquents, la pénitence rude, on pouvait consommer ni viande, ni œufs, ni lait. Le hareng est apparu au moment où, après le cataclysme des invasions barbares, le passage ravageur des Normands, on put respirer un peu et reprendre la pêche en mer sans trop de risque. De plus, le hareng est très prolifique au Moyen Age, de nombreuses famines furent réduites grâce à ce poisson. Les harengs devinrent plus tard une véritable monnaie. On réglait en harengs les barriques de vin, on héritait en harengs, on recevait des rentes en harengs, on apportait des dotes en harengs…

 

Flegel Georg, Nature morte de poisson avec cerf-volant, 1635, huile sur bois, 24 x 36 cm. Cologne, Wallraf-Richartz Museum.

Chez Flegel le motif du jeûne apparait nettement. Le hareng et les tiges de poireaux sur l'assiette soulignent le caractère "maigre" de ce plat. Le poisson placé entre le vin et le pain (les symboles eucharistiques) est assimilé au corps du Christ contre lequel se manifeste le Mal, sous la forme d'un cerf-volant.

 

Claesz Pieter, Nature morte de poisson, 1636, Huile sur bois, 36 x 49. Rotterdam, Museum Boymans-Van Beuningen.

Le plat de posson fait partie des nombreuses natures mortes de jeûne réalisées par les peintres hollandais.

 

L’œuf, symbole eucharistique

Tel le poisson, le pain, le vin, l’œuf est un symbole eucharistique. On le retrouve dans certaines scènes religieuses comme par exemple le tableau de Vélasquez intitulé Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (cf. Luc 10, 38-42).

Selon l’évangile de saint Luc, Jésus s’est arrêté en Béthanie dans la maison de Marthe et Marie, sœurs de Lazare. Alors que Marie écoute la parole du Seigneur, Marthe s’agite aux soins du ménage et se plaint qu’on ne l’aide point. Le Christ lui répond que Marie a choisi la meilleure part. Affairement, zèle et labeur ne suffisent pas, la prière et la foi doivent aussi s’y ajouter.

Diègo Vélasquez, Le Christ chez Marthe et Marie, 1618 ?- 1620, Huile sur toile, 60 x 103,5 cm. Londres, National Gallery.

 

Dans ce tableau, la cuisine a été placée au premier plan : une jeune servante pile une gousse d’ail dans le mortier pour assaisonner les quatre poissons disposés par paires sur une assiette. A l’arrière-plan se déroule la scène religieuse. La scène prend également une signification religieuse par la présence de la nature morte. Le poisson sur un plan est traditionnellement le symbole du Christ (2), le mortier celui de la passion (ou encore emblème de la puissance).

On retrouve ces œufs et ce mortier dans un autre tableau de Vélasquez. Des éléments constituant une nature morte sont à nouveau présentés dans Vieille femme faisant cuire des œufs. Les objets sont disposés sur la table à droite : une coupelle au vernis blanc sur laquelle un couteau a été posé en travers, projetant son ombre ; un mortier de laiton avec son pilon, un oignon rouge, une cruche de terre ainsi qu’un pos à lait vernis blanc. La femme fait cuire des œufs dans un plat de terre cuite rempli d’eau chaude sur un fourneau. A gauche se tient un jeune garçon dont le regard sérieux s’évade du tableau. Il tient de la main gauche une carafe de vin sur laquelle brillent des reflets de lumière. De la main droite, il entoure un melon tâché de brun et ficelé en croix d’une mince cordelette. Appuyé contre le foyer, se dresse une marmite de cuivre. Ici, la présence de l’œuf semble moins symbolique. La simplicité du repas présenté est peut-être une allégorie de l’a^ge et du temps, s’appuyant sur le contraste entre la naissance (l’œuf) et le déclin (la femme).

 

Diègo Vélasquez, Femme âgée cuisinant des oeufs, 1620- 1622, Huile sur toile, 99 x 117 cm. Edimbourg, National Gallery of Scotland.

 

Toujours dans un cadre biblique, mais au Moyen Age, on retrouve l’œuf et la forme en coque dans les panneaux de Jérôme Bosch illustrant des thèmes tels que je jugement dernier, le paradis…


  1. MERCIER, L-S, Le tableau de Paris. Paris : La découverte, 1979.
  2. Au début du christianisme, le poisson était un signe secret représentant le Christ étant donné que les lettres du mot grec ICHTYS (= poisson) correspondaient auxinitiales de la formule « Jesos Christos Theo Hios Sotér » (« Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur»).


Added Feb 7, 2018
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La symbolique de l'oeuf (1/3)

Le symbole est destiné à l’origine à voiler aux profanes les vérités sacrées tout en laissant celles-ci apparentent pour ceux qui savaient lire. Une fois intégrées dans les symboles, ces vérités deviennent transmissibles selon les possibilités de l’esprit et de la sensibilité de chacun ; la connaissance de clés pour déchiffrer les symboles pouvait être nécessaire. C’est pour cette communication que le symbole a été choisi par les civilisations anciennes et par les cultures primitives. Le concept de symbole leur a survécu mais il a été vivement attaqué par le cartésianisme et le monde moderne.

Le symbole, ce langage à la fois mystérieux et révélateur, a toujours été étroitement liés à l’art. Et bien souvent, les artistes ont appliqué leur talent à exécuter des œuvres dont le contenu symbolique leur était suggéré par d’autres hommes attachés aux traditions ou même par les prêtres, qu’il s’agisse de religion païenne ou du Christianisme.

Le symbole a un sens proche de celui d’analogie emblématique (la colombe est le symbole de la paix, la croix latine le symbole du christianisme…). Le symbole indique une figuration condensée, une idée générale. Le mythe lui est narratif et déploie un univers d’images et de paroles. Ainsi, la symbolique se prolonge dans le mythe qui est un discours tandis que le symbole est par essence, soit muet, soit énigmatique.

1- L'Œuf primordial

L’histoire de l’œuf commence dès l’origine du monde et s’enrichit rapidement d’une forte symbolique quasi-universelle selon laquelle notre univers serait né à partir d’un œuf. Cette naissance cosmogonique revêt autant de formes qu’il y a de peuples. Seront retenus ici, surtout les symbolismes les plus répandus.

En Grèce primitive, le mythe de l’Œuf originel narre comment la Nuit primordiale, surnommée « la déesse aux ailes noires a été courtisée par le vent du Nord, c’est –à-dire par le serpent. De cette rencontre est né l’œuf d’argent, autrement dit la Lune. C’est le mythe orphique où l’Œuf d’argent symbolise la révélation de la vie et de l’Être.

Selon la doctrine d’Hermopolis, l’œuf du monde est « pondu » par un « oiseau merveilleux ». L’oiseau est en fait, le Grand Étang Marécageux (le chaos originel). L’acte (« la ponte ») est le fait de la révélation du mystère et non un phénomène naturel.

La genèse de P’en Kou en Chine décrit comment l’Ancêtre des mille êtres de l’univers » est née de l’Œuf primordial dans lequel se trouvait, à l’état indistinct, le Ciel et la Terre avec toutes les créatures non encore parvenues à l’existence. D’autres héros chinois sont nés ultérieurement d’œufs fécondés par le soleil ou de l’ingestion d’œufs d’oiseau par leur mère.

Les Égyptiens qui croyaient à la renaissance promise par Osiris, font prononcer au mort au moment de son passage dans l’au-delà, la formule de l’Œuf primordial avec lequel désormais il s’identifie. L’œuf est d’une grande importance dans la religion égyptienne, il est le symbole du cycle naissance-mort-résurrection.

L’image de l’oiseau revient dans la pensée indienne. L’Œuf du monde a été pondu par la farouche et solitaire Durga. Même le dieu Brahmâ est né de cette déesse-vie. Durga doit être symboliquement identique au cygne qui a pondu l’œuf d’or d’où est sorti Brahmâ.

Ainsi, l’Œuf primordial, ou Chaos en forme d’œuf, est toujours défini comme réservoir de toutes les possibilités d’existence. Le symbole de l’œuf concerne ici la connaissance de ce qui était avant la création. Le fond sacré de l’œuf est représenté par le principe de l’Un (l’Un comme le principe des choses) et par la finalité de la Genèse créatrice du monde (Cosmos, Dieux, Hommes). L’Œuf primordial se révèle donc comme le passage de l’Incréé à la Création. Toutes les origines et tous les commencements dont rend compte l’œuf symbolique décrivent le passage de l’Un au Multiple, du Chaos à l’Ordre, de la non existence à la vie. En même temps, l’Œuf symbolise la nostalgie de l’état primordial, le retour à l’informel, à l’état embryonnaire, à la matrice des choses. Et le cycle de la naissance et renaissance se poursuit…

 

Vishnu. Gouache sur toile, 155 x 102 cm (XVIIIè s.), Népal. Vishnu est une manifestation de l'homme cosmique. Il émane de son nombril une tige de lotus sur laquelle Brahma est assis.

 

L’œuf cosmogonique

Le mythe de l’œuf cosmogonique se retrouve chez la plupart des peuples où la pensée traditionnelle n’a pas été remplacée par la théologie de type biblique.

Selon le texte de la Chândogya Upanishad (Inde), « au commencement il n’y avait que le non-être. Il fut l’Être. Il grandit et se changea en œuf. Il reposa toute une année, puis se fendit. Deux fragments de coquilles apparurent : l’un d’argent, l’autre d’or. Celui d'argent, voilà la terre ; celui d'or, voilà le ciel. Ce qui était la membrane externe, voilà les montagnes ; ce qui était la membrane interne, voilà les nuages et les brumes; ce qui était les veines, voilà les rivières; ce qui était l'eau de la vessie, voilà l'océan. »

La même symbolique cosmogonique se retrouve dans la pensée chinoise ou le Tao : l’œuf en tant qu’état pré-ontologique du mystère se fend en deux principes : le Yin et le Yang. Le Yin représente la coquille « terre » et le Yang, la coquille « ciel ».

Dans d’autres mythes, il est fait appel au serpent pour qu’il « couve » l’œuf pondu par la déesse-oiseau. Il s’agit d’Ophion, le serpent qui s’enroule autour de l’œuf primordial à sept reprises (7 jours). L’œuf éclot et se brise passant ainsi de l’état virtuel à l’état visible. Le serpent qui couve l’œuf du monde se retrouve également chez les Dogons d’Afrique occidentale.

L’œuf cosmogonique traduit donc le passage de l’Un qui devient deux.

Mona Bessaa, Oeuf orphique. Pointe sèche, 15 x 12 cm.

Le serpent couvant l'Oeuf du monde est le symbole mythologique de l'énergie créatrice.

 

3- L’œuf androgyne

L’Œuf du monde, dès lors qu’il est à l’origine des dieux ou des hommes (anthropogonie), possède une nature double ou androgyne. En l’occurrence, le Principe assume le rôle du masculin et la Finalité, celui du féminin. Platon aborde cet aspect dans Le banquet : « Jadis, raconte Aristophane (l’un des convives), notre nature n’était pas ce qu’elle est à présent, elle était bien différente. D’abord il y avait trois espèces d’hommes, et non deux, comme aujourd’hui : le mâle, la femelle et, outre ces deux-là, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en reste aujourd’hui, l’espèce a disparu. C’était l’espèce androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, mâle et femelle, dont elle était formée ; aujourd’hui elle n’existe plus, ce n’est plus qu’un nom décrié ».

L’androgyne ovulaire tient une grande place dans la cosmogonie des Fali. On sait que pour ces habitants du Kangou au Cameroun, la terre est née d’un œuf de crapaud et d’un œuf de tortue, chaque œuf tournoyant dans le sens contraire de l’autre. A ce moment raconte le mythe, « les sexes n’étaient pas complètement différenciés, les enveloppes internes représentaient à la fois la semence masculine et l’humidité féminine. Chacun des œufs considérés séparément est comparé à un couple procréant, et leurs mouvements contrariés sont ceux d’un accouplement ; les deux œufs ensemble sont considérés comme formant un couple » (1).

L’état d’androgynie primitive convient davantage aux dieux qu’aux hommes. Éros, le premier des dieux, avait des ailes, deux sexes et quatre têtes. Éros représente la vie dans sa finalité germinative. Dans le chaos de la cosmogonie japonaise, c’est d’un œuf androgyne qu’il s’agit (naissance du ciel masculin et de la terre féminine).

La naissance des Dioscures renvoie à l’œuf créateur. Les quatre jumeaux (deux mâles et deux femelles) sortent de l’œuf de Léda. Ils forment deux couples, ainsi l’œuf de Léda devient androgyne. En effet, Castor est associé à Clytemnestre et Pollux à Hélène. Les deux couples ressemblent à deux jumeaux « androgynes » dans l’œuf scindé en deux.

Léda, attribué à Francesco Melzi (1493 ? - 1570), huile et résine sur bois, 130 x 77,5 cm. Florence, Italie, Palazzo Vecchio.

 

Le premier couple de jumeaux à comme père légitime le roi Tyndare de Sparte, époux de Léda. Le second couple doit sa naissance aux ébats amoureux de Zeus métamorphosé en cygne. Selon une autre version, Léda avait trouvé dans le marais un œuf rouge orangé qu’elle rapporta chez elle et cacha dans un coffret. De cet œuf sortie Hélène de Troie. « Selon certains, cet œuf tomba de la Lune, comme celui qui autrefois fut immergé dans l’Euphrate, puis tiré sur le rivage par des poissons et couvé par des colombes. L’œuf lunaire s’ouvrit pour laisser sortir la déesse syrienne de l’Amour. D’autres disent que c’est la déesse elle-même qui pond l’œuf du monde, après s’être unie avec le serpent Ophion, pour le couver ensuite sur les eaux en prenant la forme d’une colombe » (2).

L’androgynat constituait la perfection de l’état primordial.

 

4- L’œuf pascal

L’œuf pascal symbolise la foi en la Résurrection, le « germe » de la vie nouvelle, celle d’après la mort, la vie éternelle. C’est une sorte de naissance spirituelle dans une nouvelle cosmogonie. La résurrection apporte une nouvelle dimension à l’existence, celle de l’immortalité. C’est pourquoi le rite sacré de l’Œuf est aussi une « sortie du tombeau ». Dès lors, l’œuf pascal est à la fois tombeau et nid. Il est tombeau pour l’ancien : Adam meurt dans le Christ, la nature meurt en hiver, l’homme meurt au monde. Il est berceau pour la renaissance du « nouveau ».

L’œuf est « pascal » parce que son sens comprend la mort (le tombeau) comme un élément de la trinité osirienne (vie-mort-survie). Il est normal que chez les Égyptiens qui croyaient fermement à l’immortalité, l’œuf soit évoqué dans toutes les formes funéraires.

Osiris a été tué par son frère Seth. Les deux frères se partageaient les 24 pyramides enfermées dans l’œuf d’Osiris. La pyramide, c’est évidemment le tombeau. Osiris dispose de 12 pyramides blanches, Seth de 12 pyramides noires. Le symbolisme est clair : seules les pyramides osiriennes sont porteuses d’une immortalité car elles sont pures (blanches). Osiris tué par son frère renait dans la vie éternelle, suprême métamorphose de la vie. L’œuf d’Osiris est pascal parce qu’il s’agit de sortir de la mort. La position recroquevillée du mort dans la tombe est osirienne. Elle imite la position du fœtus dans la matrice : la seconde naissance répète la première mais sur le plan de l’âme. C’est ainsi qu’on devient « Osiris », comme on devient selon la parole de Saint Paul, identique au Christ ressuscité.

Le symboliste de l’œuf pascal trouve son expression universelle dans l’oiseau-Phénix. En effet, cet oiseau fabuleux illustre bien le processus de l’immortalisation de la vie qui « renait de ses cendres ». Le Phénix est un oiseau d’Éthiopie, grand comme l’aigle royal, dont on disait qu’il vivait pendant 500 ans ou même plus. Au terme de ses années, lorsque la mort approche, le Phénix construit un nid auquel il communique un principe de fécondité d’où doit naitre son successeur. Ainsi donc, le Phénix qui se sent mourir, pond l’œuf (principe de fécondité) : c’est son retour à la vie informelle, au principe Un de l’œuf. Son nid devient sa tombe. Mais l’œuf est, de par sa nature fécondatrice, finalité de la vie : la tombe devient le berceau du nouveau Phénix.

La sublimation pascale de l’œuf (passage, résurrection, immortalité) s’identifie désormais au symbolisme de l’oiseau qui renait de ses cendres.

L’œuf de Pâques symbolise donc le principe du renouveau. Jadis on échangeait des œufs colorés en rouge, à la fête de l’équinoxe de printemps. Aujourd’hui encore, on en offre à Pâques dans une partie de l’Europe de l’Est et de l’Ouest). Dans les pays orthodoxes, on prononce en même temps la phrase « le Christ est ressuscité ». L’œuf est donc estimé là encore être un symbole de résurrection.

A Pâques, fête de la résurrection du Christ, les enfants cherchent dans les jardins des œufs cachés qu’ils pensent tombés du ciel.

La vierge avec l'Enfant, Piero della Francesca (1410-1492), Milan, Italie, Pinacothèque Brera.

Dans ce tableau de Piero, un oeuf est suspendu à la voûte, au dessus de la vierge, sans doute l'oeuf cosmologique ou symbole de résurrection (d'autres interprétations ont été proposées : évocation de perfection formelle ou d'un espace centralisé, harmonieux et symétrique propre à de nombreux peontres de la Renaissance...).

 

A notre époque, les œufs en chocolat ou en sucre sont vendus au printemps, saison du renouveau de la nature qui sort du tombeau de l’hiver. C’est aussi le « nouvel an » car jusqu’au décret de Charles IV en 1594, le Nouvel An commençait au printemps.

En Iran, les œufs colorés sont le cadeau spécifique du Nouvel An (dans ce pays, l’année commence en mars). Et, en Perse, Babylone, Chine, il était de coutume de manger des œufs le Jour de l’An.

L’œuf est donc lié à la renaissance du printemps. Ce symbolisme est tellement fort que l’œuf prend un rôle important dans le rituel agricole de certains pays qui enterrent des œufs dans les labours, ceci est encore observé au XXème siècle dans les contrées d’Europe septentrionale.

Dans le repas de la Pâque juive, la nourriture présente sur la table, si elle est consommable, est surtout symbolique. Les trois pains non levés disposés sur le plateau sont l’évocation à la fois du pain de misère, de la servitude vécue chez les Égyptiens et le souvenir de la fuite précipité des fils d’Israël, qui ne laissa pas à la pâte le temps de gonfler. Six récipients sont placés autour du plateau de ce repas rituel (Seder). Le premier contient de la verdure (persil, cerfeuil, radis ou céleri) ; le deuxième est un verre rempli de vinaigre ou d’eau salée ; le troisième est une coupe pleine de laitue ou de raifort, herbe amère comme l’était la vie des fils d’Israël en Égypte. Le quatrième récipient contient une pâte brunâtre composée de pomme râpées auxquelles on ajoute selon les pays, des amandes, de la cannelle, des dattes, des figues, le tout est pilé, rappelant le mortier et l’argile employés par les Hébreux en Égypte pour fabriquer les briques. Sur le cinquième récipient est déposé un os garni de viande, en souvenir de l’agneau pascal. Enfin, le dernier récipient contient un œuf dur (beitzah), rôti ou cuit la cendre, en signe de désolation. Il est consommé en signe de deuil en souvenir de la destruction du Temple.

En Grèce, au cours de l’après-midi de Pâques, on va manger des œufs au cimetière, en apportant une assiette qui recevra la part des disparus. Mais le plus bel œuf reste à la maison auprès de l’icône, il protégera de la foudre. Cette efficacité des œufs contre le feu se retrouve dans le Sud-Ouest de la France où l’on jette un œuf pondu le Vendredi saint dans un incendie, et ce dernier s’éteint aussitôt. Au pays messin, un tel œuf offert à un sorcier le démasque. Dans les Hautes-Alpes, il préserve de la colique et en Franche-Comté, des chutes dangereuses. En Roumanie ou en Ukraine, ces œufs ne prennent pas la couleur. Conservés toute l’année, ils ne se gâtent pas et préservent de toutes les maladies et calamités. C’est la raison pour laquelle on jette leurs coquilles brisées sur le toit des maisons afin de les protéger des esprits maléfiques ou qu’on en fait des colliers pour les femmes stériles.

5- Œuf et alchimie

Appliqué à l’alchimie, le symbolisme analogique de l’œuf concerne le vase dans lequel s’opère la transmutation de la matière. Ce vase est apparenté à un œuf de par sa forme mais surtout en raison de son rôle de matrice. Cet Œuf philosophique est en quelque sorte le symbole de l’Œuf du monde, tel un modèle réduit de la création. L’œuf, dans ce symbolisme par analogie, s’explique également dans le processus qu’est la cuisson. La transmutation alchimique répète la genèse ovulaire. En effet, les trois éléments constitutifs de l’œuf ont leurs correspondants alchimiques : la coquille est semblable à la terre (c’est-à-dire aux métaux imparfaits : cuivre, fer, étain, plomb), le blanc renvoie au mercure (eau d’argent, eau de soufre natif, eau divine), le jaune d’œuf à équivalent symbolique misy (sulfate basique de fer, couperose de cuivre, ocre grec, vermillon…). Les alchimistes font aussi entrer dans la composition de leur cuisson, l’œuf lui-même, c’est le cas par exemple dans la production de l’or brillant.

Nicéphore Blemmidès (savant byzantin du XIIème) conseille de prendre la coquille des œufs, la laver, la purifier, la refroidir et la broyer avant de la mettre dans la marmite. L’orifice du récipient étant ensuite bouché, on fait chauffer la poudre calcaire pendant huit jours jusqu’au moment où elle devient blanche. C’est la fameuse « chaux » des alchimistes. On prend alors le blanc intérieur de l’œuf qu’on fait monter dans un vase en forme d’œuf. On mélange la chaux et le liquide obtenu auxquels on ajoute l’eau distillée. C’est avec cette préparation appelée « eau divine » qu’on blanchit le corps de la magnésie (oxyde de magnésium). L’opération continue avec le jaune d’œuf qui doit produire une huile spéciale qui sera mélangée à la chaux des coquilles crues ainsi que la « cendre des jaunes d’œufs ». Blemmidès attire l’attention sur la propreté des œufs, sur leur nombre et leur poids (3).


  1. GRAVES R. Les mythes grecs. Paris : Fayard, 1967 - p. 170-171
  2. LEBEUF J-P. L’habitation des Fali. Paris : Hachette, 1961 – p. 367.
  3. BERTHELOT, M. Collection des anciens alchimistes grecs. Troisième livre. Paris : 1888 –pp. 424-426.


Added Jun 2, 2017
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Journée de l'Estampe Contemporaine 2017

Place Saint Sulpice. Paris 6ème

Monday 12 June 2017
Monday 12 June 2017

Duperré CMA - Technique de l'image gravée. Stand 412

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Added Aug 2, 2016
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Festival Raconte-Arts - Treizième édition. Algérie

Village de Souamaa. Daïra de Mekla,Tizi Ouzou.

Sunday 24 July 2016
Sunday 31 July 2016

"C’est un festival multidisciplinaire, on y croise du théâtre, de la chanson, de la peinture, les arts de la rue, des conférences-débats, etc. Des artistes d'Algérie et d'Europe prennent part dans une ambiance conviviale aux animations. Il est question de favoriser la créativité et le brassage." Hacène Metref (un des fondateurs du festival)

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Added Jun 8, 2016
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Journée de l’estampe contemporaine

Place Saint-Sulpice, Paris 6ème

Monday 13 June 2016
Monday 13 June 2016

Nouvelle édition de la Journée de l'estampe contemporaine : lundi 13 juin 2016
Place Saint-Sulpice, Paris 9ème
Stand n° 412. CMA / ESAA Duperré

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Added May 1, 2016
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Exposition du 15 au 26 septembre 2015.
L'exposition présente conjointement des Spécimens et des Oeufs. La collection comprend des peintures sur panneaux en fibre de bois, des peintures sur cartons entoilés, des peintures sur toile (châssis entoilés), des dessins et des gravures (eau forte).
Les techniques sont variées. Concernant les peintures, l’acrylique est le médium principal. Usage de l’encre de Chine, encres de couleurs, marqueurs et feutres divers, collages de cabochons et autres éléments hétérogènes.