Added Oct 11, 2019 | Comments

GAËTAN DE SÉGUIN

Gaëtan de Séguin : Le singulier et le multiples

Gaëtan de Séguin aime peindre des personnages, qu’il multiplie volontiers pour en faire des foules. Plus récemment, il a peint des paysages… un par toile, mais a choisi ensuite d’associer ces toiles pour en faire des « foules de paysages ». Rencontre avec un artiste qui aime cette confrontation entre le singulier et le multiple, quel que soit le sujet.

En janvier 2015, des terroristes font irruption dans la rédaction de Charlie Hebdo et tuent plusieurs personnes dont les dessinateurs emblématiques du titre.  Dans ses terres audoises, Gaëtan de Séguin qui a toujours peint des personnages ou des silhouettes humaines depuis son enfance, réagit immédiatement avec son pinceau : « J'ai tout de suite eu envie de voir mes personnages se rassembler et déborder de la toile. Des foules denses ou clairsemées, gaies, dignes, silencieuses ou rugissantes, poignantes ou abjectes, etc... ».

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Les foules apparaissent. Des personnages nombreux sur la toile, mais qui ne fonctionnent que par leur intégration à l’ensemble. Parfois, ils sont rapidement individualisés (des stries, des rayures de couleurs différentes, des cercles, mais quasiment jamais de visages), mais le travail reste un travail sur la masse : « Je recouvre ma toile d’une couleur dominante très dense, presque criarde. Ensuite cette sous-couche est entièrement recouverte. La tonalité redevient claire et les teintes se fondent dans un camaïeu de gris colorés. A partir de là je peux commencer à peindre en ajoutant ou en soustrayant de la matière. La musique que j’écoute alors va rythmer l’apparition du groupe. En grattant avec les outils les plus divers je peins tout autant qu’avec brosses et pinceaux. Chaque aspérité, chaque rayure est un motif unique qui caractérise l’individu tout autant qu’il lui permet de se fondre dans une dimension beaucoup plus globale et abstraite ».

A ses peintures, l’artiste va bientôt rajouter des foules en relief, en travaillant avec son voisin, ébéniste, et créateur de mobilier contemporain Eric Blanc. Celui-ci a des idées à revendre et un outillage qui lui permet un travail de découpe pointu dans différents matériaux dont le corian. Les panneaux de bois prolongent les peintures : une même famille de foules, parfois en couleurs, parfois en relief, mais qui se donnent pour ce qu’elles sont, une masse, un ensemble dont il est difficile d’extraire un individu. C’est tellement évident que dans sa dernière exposition, au printemps 2017 à l’Abbaye Saint André de Villeneuve-les-Avignon (30), l’artiste avait réalisé un triptyque composé d’une foule… en invitant les visiteurs à personnaliser chacun des personnages, à l’aide de feutres à disposition.

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Et puis de temps en temps, certains personnages s’extraient de la foule. La toile choisit alors le personnage comme sujet à part entière, mais la foule reste présente, parfois en filigrane discret dans le fond du tableau. L’individu tire sa singularité du seul fait de sortir de cette masse qui sature l’horizon. Il n’a pas forcément de visage, mais il a une activité : il joue, il médite, il retrouve une vie de couple, etc. La vie reprend ses droits.

Plus récemment, l’artiste a poursuivi ce travail sur le singulier et le multiple, mais appliqué aux paysages. Gaétan de Seguin peint volontiers des paysages, c’est même une nécessité pour son équilibre : il vit au milieu de la campagne audoise et cet environnement est au cœur de son travail. Contrairement aux foules, où c’est le multiple qui a mené à l’individu, ici c’est l’inverse : le peintre peint un petit paysage, sur un petit format (20 x 20), puis un autre sur une autre toile, encore un autre, sur une troisième toile, indépendante des deux premières. Comme dans ses grands paysages, l’artiste aime à animer ses paysages par une présence humaine, plus ou moins précise, plus ou moins fantomatique. Chaque petit carré est ainsi une scène qui se suffit à elle-même.

Mais l’artiste a été repris par l’envie d’assembler, de réunir, de faire se dialoguer ces différentes scènes.  Il a donc commencé à les étaler devant lui, et à chercher comment elles pourraient dialoguer entre elles :  « Je n’ai pas conçus ces paysages pour cela au départ, mais je cherche jusqu’à ce que je trouve des tableaux qui se répondent, le plus souvent par la tonalité, mais parfois aussi par le jeu des lignes de construction». Et voilà comment ces paysages sont devenus des morceaux d’une œuvre plus complexe, composée de neuf, voire de 16 pièces, qui, assemblés, semblent donner un aperçu d’un lieu vu sous différents angles. Ce ne sont plus les personnages qui se pressent tous pour rentrer dans la toile, ce sont les toiles qui se serrent les unes contre les autres pour proposer un patchwork qui renouvelle le regard.

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En parallèle de ce travail de peintre, la collaboration avec l’ébéniste Eric Blanc a donné naissance à un nouveau travail : « Avec notre travail à quatre mains sur les foules, j’ai pu voir comment le corian est vraiment un matériau qui se prête à toutes les fantaisies ». Après avoir découpé des silhouettes de foules, les deux hommes ont adapté le principe à la création de plusieurs meubles contemporains qui ont séduit la galerie Mougin, située rue de Lille à Paris et qui n’expose que des meubles uniques. Les deux artistes sont en train de concevoir ensemble une troisième création… le début d’un nouvel ensemble.  Texte : A.D

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Gaëtan de Séguin est né en 1971 à Montpellier au sein d’une famille de cinq enfants. 

Un peu d’école, un peu de service militaire, une formation artistique (ESAG Penninghen), puis différents métiers liés de près ou de loin au dessin et enfin le choix plus radical de la peinture. 

« Depuis toujours j’ai souhaité deux choses : vivre dans un endroit bien précis et «vivre» de ma peinture » : l’artiste vit et travaille donc entouré des siens (sa femme et ses trois enfants) dans une maison/atelier qu’il a bâtie sur une période de dix ans, à Marcorignan, près de Narbonne.

Galeries

Actuellement représenté par
- la Galerie Visiodellarte à New York
- la Galerie MMB à Avignon
 - la Galerie Mougin à Paris


sculpture personnages paysage meubles

Added Sep 30, 2019 | Comments

CONSUELO WALKER GUZMÁN

Les épingles ne se cachent plus

Généralement, les couturières font un grand usage des épingles, des ciseaux, des mètres rubans, du fil ou des aiguilles. Et puis, quand l’ouvrage est terminé, elles rangent toute
cette quincaillerie pour ne plus montrer que la réalisation finale, la robe haute couture, le chapeau de mariage, la cape d’hiver. Comme le jardinier qui range son rateau après avoir ratissé les allées, ou le cuisinier qui range ses casseroles.

Bref chaque artisan aime montrer le résultat de son travail, pas ses outils.

L’artiste chilienne Consuelo Walker a choisi de réconcilier ces deux univers, et de détourner l’usage de ces outils pour en faire la matière première des vêtements créés: la robe met alors en valeur les ciseaux, les mètres rubans sont  entrecroisés et deviennent tissu, les épingles à nourrice permettent de réaliser une somptueuse robe dorée, pendant que les épingles à tête ronde forment une écharpe qui semble d’une douceur infinie… même s’il ne s’agit là que d’une illusion.

“Mon travail trouve son origine dans les travaux domestiques. Les travaux d’aiguille, la broderie sont généralement associés au monde féminin. J’ai trouvé de l’intérêt à manipuler ces objets utilisés pour ces différentes techniques. Ces objets ont aujourd’hui un charme nostalgique, même s’ils sont toujours présents dans n’importe quelle boîte à      couture. En travaillant sur leur accumulation, sur le “trop-plein” de ces objets, j’arrive à leur trouver une nouvelle signification. On en oublie leur nature première.

Avant de trouver sa voie dans la réinterprétation de la couture, l’artiste avait suivi un chemin plus classique, avec une formation solide en gravure sur métal, en aquarelle et en sculpture, toutes matières qu’elle a ensuite enseignées.

Des acquis qui lui ont certainement servi pour franchir les étapes qui l’ont menée à cet univers, qui concilie une grande technique associée à un sens de l’esthétique qui se voit dans les objets mêmes, mais également dans leur mise en scène ou dans les prises de vue qui en sont faites.

Car pour magnifier les objets qu’elle invente, Consuelo Walker les met en scène et les photographie avec autant de soin qu’un
photographe de mode avec une robe haute couture.

Finalement, sa démarche s’apparente à celle des artistes du mouvement Support-Surface qui mettaient en valeur, dans les années 70, le châssis, la toile, non plus comme support de l’oeuvre mais comme représentant l’oeuvre elle-même. Elle lorgne aussi du côté d’Arman qui a joué sur le principe d’accumulation des objets pour en renouveler le regard (et insister aussi sur la profusion parfois inepte d’une époque de production intensive).

Le travail de l’artiste est donc à la croisée de plusieurs chemins, permettant à son travail de parler aussi bien aux petites mains des maisons de couture qu’aux théoriciens de l’art contemporain. Une gageure pas si fréquente que cela.

Artmajeur a remis un prix à Consuelo Walker lors de la finale de l’Arte Laguna Prize à l’Arsenal de Venise le 17 mars 2018.   Texte : A.D

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épingles ciseaux épinglesànourrices sculptures installations

Added Sep 24, 2019 | Comments

DARIO AGRIMI

L’Italien Dario Agrimi ne se donne aucune limite : peinture, sculpture, installations, au gré de son inspiration et de son envie de transmettre une idée, une émotion.

Dario Agrimi peut peindre, dessiner, inventer de nouveaux objets, poser une phrase sur un socle et la transformer en œuvre. Bref, il ne s’interdit aucun thème ni aucun médium. 

Et cette gourmandise ne fait que se renforcer année après année, de manière selon lui toute naturelle : « Chaque artiste s’inspire de sa propre expérience. Et plus vous avez d’expérience, plus vous êtes inspiré ! Et puis, je me laisse facilement contaminer par tout ce qui m’entoure ». 

Il résulte de cette curiosité insatiable, de cette écoute attentive à tout ce qui l’entoure une œuvre abondante et extrêmement variée. Si l’on regarde les objets et les sculptures, certains évoquent évidemment Duchamp et ses ready-made, quand l’artiste met sous vitrine un objet non transformé, mais d’autres penchent davantage vers des artistes de l’absurde quand il donne vie à de nouveaux objets, comme ce balai-béquille, intitulé sobrement : « faire de nécessité vertu »…

Dans tous les cas, ce qui intéresse l’artiste, « c’est l’idée et la réaction que j’ai décidé d’éveiller chez le spectateur. Mes sculptures ont clairement pour but de le troubler, et si ces bouleversements sont négatifs (vis-à-vis de l’œuvre ou de l’artiste qui l’a produite !), finalement tant mieux. L’art n’est pas fait juste pour faire sourire. Ce qui compte, c’est que l’oeuvre laisse une trace dans l’âme humaine, et finalement ce sont les expériences négatives qui y parviennent le mieux ».

Quelle que soit le sujet et le medium, l’artiste pense son œuvre très en amont : « Le début des travaux est prévu et étudié en détail. Il n’y a pas de spontanéité dans ce que je fais. Une étude, des calculs et de la précision ».

Tout comme il réfléchit au sujet de ses sculptures et installations, l’artiste ne choisit pas au hasard ses mediums quand il s’attaque à des représentations figuratives: quand il réalise des portraits avec des cheveux, la démarche a un sens : « L’idée est de représenter quelqu’un ou quelque chose en utilisant son patrimoine génétique. Les cheveux contiennent ces éléments. Ils peuvent permettre de revenir au propriétaire. Je comprends que certaines personnes puissent éprouver de dégoût, mais personne n’a dit que l’art est pour tout le monde ».

L’artiste ne s’interdit rien, et estime que c’est même là l’essence de l’art : « N’ayant pas de limites, l’art offre d’infinies possibilités d’accomplissement à la fois économique et esthétique. Aujourd’hui, l’art est un véritable business. La société de masse tend à sous-estimer les chances de gagner dans ce secteur. Finalement l’art et la politique sont très proches l’un de l’autre».

Cette approche globale, cette responsabilité qu’il se donne en tant qu’artiste le ne laisse pas lui-même exempt de toute inquiétude et angoisse. Même s’il avoue que le temps nourrit son œuvre, le temps lui apporte aussi son lot d’interrogations et de peur : « La peur de ne pas être en mesure de réaliser ce que je devrais. La peur de cesser un jour d’exister en tant qu’artiste. J’imagine mon esprit, un jour bloqué, incapable d’accomplir ce pour quoi il a été fait. Le temps est la chose qui m’effraie le plus ». Et pour rajouter encore à cette angoisse qui le ronge, quand on lui demande son œuvre préférée, il répond : « Celle que je n’ai pas encore créée».     Texte  A.D

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Dario Agrimi
Italy


sculpture peinture éclectisme peur

Added Sep 23, 2019 | Comments

ART ESPACES

Construire « un pont culturel » entre la Russie à l’est et l’Europe à l’ouest, tel est le but que s’est fixé l’association ART ESPACES. Grâce à deux espaces galeries situé à Moscou et à Bruxelles, Art Espaces accueille de nombreux artistes et organise de nombreux événements artistiques.

Fondée par la célèbre artiste russe Julia Smolenkova, l’association Art Espaces s’est donnée pour  mission  l’élaboration de  projets  culturels russo-belges et européens afin de créer de nouveaux liens entre les peuples, les villes et les pays. Elle souhaitait montrer que même si parfois la politique a tendance à nous éloigner les uns des autres, au contraire « la culture » nous rapproche et nous rassemble autour de valeurs fondamentales.

L’association, outre l’organisation d’expositions d’artistes dans ses espaces à Moscou et Bruxelles, organise des rencontres artistiques et musicales, des rencontres littéraires et scientifiques, des conférences, des tables rondes, des ateliers pour petits et grands, des stages, des cours et aide les jeunes artistes et la recherche sur l’art. Elle veut permettre aux artistes d’exposer partout dans le monde dans des lieux privilégiés, aux chercheurs en art de publier leur travail les aidant pour qu’ils puissent continuer leurs recherches, aux musiciens et danseurs de montrer leurs savoir-faire, aux jeunes artistes de les aider à émerger et aux jeunes de les mettre en contact avec le monde de l’art. La culture, l’éducation, et la recherche étant des éléments fondamentaux du développement de l’homme et des nations selon Julia Smolenkova.

L’association publie également quatre fois par an le travail de différents chercheurs d’art qui étudient scientifiquement des œuvres anciennes ou contemporaines dans un journal : TEXTS (art-texts.com). Ce travail réalisé par des chercheurs d’universités renommées, des curateurs, et des spécialistes de l’art apporte de nouvelles connaissances sur des œuvres majeures injustement oubliées. Elle participe aussi à l’édition de livres où l’art est présent. Le dernier titre Horace est un livre destiné aux enfants, écrit par l’auteur américain Austin Washington descendant du président des États-Unis Georges Washington, et illustré par une artiste russe Maria A. Burganova.

Toutes les personnes désireuses de devenir membres de cette association sont les bienvenues. L’espace bruxellois et moscovite étant ouverts à toutes les personnes ayant une idée pouvant faire avancer ce vaste projet. Alors si vous aussi vous avez envie de partager votre passion pour l’art et la culture, n’hésitez pas à pousser la porte d’Art Espaces.

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Julia Smolenkova
Bruxelles, Belgium


artespace sculpture painting texts museum

Added Sep 19, 2019 | Comments

BENOIT PONSOLLE

Vous avez un parcours atypique. Qu’est ce qui vous a amené à devenir artiste ?

Après un Bac S en poche, je voulais devenir architecte, mais pour des raisons financières, je n’ai pas pu continuer mes études. J’ai commencé à réaliser des créations tout d’abord par passion, puis j’ai eu l’idée de les montrer et le succès fut immédiat avec à la clé plusieurs ventes.

Pourquoi travaillez-vous cette matière peu utilisée qu’est le papier ?

J’ai cette passion du papier depuis toujours. Je me souviens de ma passion pour l’origami dans mon enfance. En grandissant cela à un peu évolué. Je m’amusais notamment à créer des réalisations en papier à l’aide d’un scalpel pendant certains cours ennuyeux.

Comment concevez-vous une oeuvre ?

Je démarre toujours d’après des croquis que j’ai réalisés auparavant. Je pars de la forme globale que je veux créer, puis je vais travailler la découpe et la couleur. Mon travail étant très minutieux, la moindre erreur est fatale. Il n’y a pas de gomme pour effacer un coup de scalpel de travers ! Lorsque je commence une nouvelle oeuvre, je suis tellement absorbé par la réalisation, que j’y travaille en continu, quitte à y passer une nuit complète.
La précision et le geste sont très importants dans mon travail. Ils se sont grandement perfectionnés au fil des années.

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